samedi 7 août 2021

Films de l'été

Reflets dans un œil d'or  John Huston. Parce que j'avais entendu parler du roman de Carson Mc Cullers. Atmosphère rance d'une garnison militaire somewhere en Georgie, avec un officier supérieur rance, lui aussi (Marlon Brando) et psychorigide, affligé d'une stupide épouse qu'il délaisse. Une petite bourgeoise allumeuse (Sophia Loren), qui outre le fait qu'elle a un amant, évidemment (un officier, marié à une autre névrosée, évidemment) parade dans la microsociété de la garnison et prend un malin plaisir à bafouer son époux. Et dans tout ça, les chevaux. Sophia Loren les monte à la perfection (elle en profite pour s'envoyer en l'air dans les fourrés au cours de balades avec son amant). C'est un sous-fifre de la caserne qui s'occupe de son étalon favori, qu'elle seule est capable de monter. Le soldat est fasciné par la dame, et s'introduit la nuit en douce dans sa chambre pour la mater, il fascine l'époux, qui le mate en douce quand il monte à poil dans la forêt... et ça finit mal. Ça vient d'une époque où l'hypocrisie sociale et sexuelle faisait encore le ciment des couples, c'est gluant, irrespirable, les personnages sont médiocres, frustrés, insupportables, chacun à sa manière (sauf le soldat, hors-caste, énigmatique, semant le trouble).

Gagarine : Fanny Liatar, Jérémy Trouilh.  RésuméAllociné : Youri, 16 ans, a grandi à Gagarine, immense cité de briques rouges d’Ivry-sur-Seine, où il rêve de devenir cosmonaute. Quand il apprend qu’elle est menacée de démolition, Youri décide de rentrer en résistance. Avec la complicité de Diana, Houssam et des habitants, il se donne pour mission de sauver la cité, devenue son " vaisseau spatial ". Moyennement engageant, a priori, mais ayant cru comprendre "que c'était bien", j'y suis allée. Bien m'en a pris, avec ce sujet improbable la réalisatrice a réussi un film "neuf" surprenant, plein de délicatesse, d'humanité et de poésie.

Bonne Mère, Hafsia Herzi : encore de l'humanité en veux-tu en voilà, et de la désespérance, à suivre le quotidien de cette brave femme de ménage des "quartiers nord" (l'actrice est extraordinairement touchante).

Le Mandat, Ousmane Sembene (1968) : cruelle histoire des bouleversements occasionnés par l'arrivée d'un mandat postal dans une famille sénégalaise. Le destinataire écartelé entre le devoir de solidarité et les exigences de l'administration et celles des quémandeurs. Ancré aux vieilles valeurs de la société traditionnelle, le bonhomme ne fait pas le poids face aux prédateurs en tout genre, notamment ceux de la modernité.

Les Voleurs de chevaux Yerlan Nurmukhambetov et Lisa Takeba. Kazakhstan et Japon. Un beau film, une histoire extraordinairement simple dans une nature extraordinairement belle. Un éleveur de chevaux, sa femme, ses enfants, le monde dans lequel il vivent. C'est minimaliste et super dense, vu principalement à travers le regard d'Olzhas, le fils aîné, un presque adolescent. J'irais le voir rien que pour les paysages extraordinaires, mais il y a aussi cette finesse de regard sur la famille, sur l'enfance (les petites sœurs), sur Olzhas, à la frontière de l'âge adulte, sur les jeux des gamins, sur la société villageoise.

 Oss 117 : Alerte rouge en Afrique noire aimable divertissement au racisme sexisme (d'époque ?) assumé

Bergman Island Mia Hansen-Løve. Hem. C'est une curiosité pour les amis de Bergman : sans avoir à faire le voyage, on visite "son" île, Farø, divers lieux de tournage de ses films, sa tombe, sa maison... et on découvre la bergmania ambiante ; on apprend aussi quelques détails de son caractère (désagréable). Le reste (notamment la délicieuse Vicky Krieps) a un certain charme, mais pas grand intérêt. C'est une aimable balade qui évoque les interférences entre la création, le cinéma et la vie en effleurant des sujets comme l'amour, le couple, les tourments de la création. Comme Bergman, en somme, mais en version vraiment soft.

 

dimanche 1 août 2021

True mothers

Quelle empathie pour la complexité des histoires humaines, quelle grâce, quelle délicatesse, quelle peinture subtile : le couple d'abord, leur entente, leur amour, leur écoute, leur délicatesse et leur manière d'évoluer ensemble vers l'idée de l'adoption quand ils apprennent qu'ils auront du mal à avoir un enfant. Puis leur relation de parents, l'édifice d'amour, d'écoute et de respect qu'il ont su établir autour de leur fils, combien ils sont attentifs à son éducation et inquiets que quelque chose aille de travers, comme si un incident -même mineur - pouvait menacer l'harmonie de leur famille.

Kawase livre aussi un magnifique portrait de cette jeune fille toute en timidité, qui découvre avec un collégien de son âge les émois et l'intensité d'un premier amour "pour toujours". Mais elle perd tout : son amour, son bb, sa famille, les perspectives de la réussite scolaire. Plus elle est en roue libre, plus on redoute qu'à force de détresse et de solitude, elle déclenche une catastrophe dans la famille adoptante. 

Et cet étrange institution qui accueille les jeunes filles en détresse, comme une parenthèse entre deux vies.
Kawase raconte ce qui lie et ce qui casse, c'est une narration sensible et subtile, pleine de nuances et de respect pour les personnages. Elle les observe à fleur de peau, de ressenti, en ajoutant une dimension qui dépasse l'individu, de l'ordre du temps qui passe, de la communion avec les saisons, les clairs de lune, la nature, le vent dans les arbres, la mer...

vendredi 30 juillet 2021

La Loi de Téhéran

Saeed Roustayi. Le film commence par une haletante course-poursuite aux trousses d'un dealer. Un semi-échec, prélude à un changement de méthode. Lassé du menu fretin et pour mettre la main sur un gros poisson, le chef de la brigade des stupéfiants de Téhéran orchestre un gigantesque coup de filet dans les bas-fonds de Téhéran (incroyable traque dans le bidonville de canalisations, suivie d'une non moins spectaculaire scène d'incarcération dans des geôles sordides). Les raflés, c'est la "matière" de l'enquête, c'est ce ramassis de voyous et de drogués que les flics vont cuisiner, acculer, menacer pour qu'ils lâchent des infos sur leurs fournisseurs. Curieusement, au gré des scènes "coups de poing", des interrogatoires, chantages, arrestations, trahisons, brutalités, manipulations, menaces pour mettre la mains sur le "boss", le réalisateur porte sur cette misère un regard d'une humanité étonnante. Même chez le dealer, malgré ses ruses, mensonges et autres échappatoires, une forme d'humanité transparaît à mesure que l'étau se resserre. On en vient à admettre, dans ce chaos, que la drogue est un des rares vecteurs d'ascension sociale quand on vient des bas-fonds, le moyen de protéger sa famille, l'extraire de cette vie de merde, envoyer les enfants à l'université... Quant au final, c'est une conclusion d'une violence glaçante. Film puissant, noir, désespéré, désespérant avec en filigrane une impression de fatalité et d'impuissance et l'idée que tout sera toujours à recommencer.

lundi 26 juillet 2021

Titane

Julia Ducournau

Apparemment j’ai passé l’âge. C’est trash et cash (et un peu long et chiant puisqu’on reste assez extérieur à ce torrent de violence convulsive), et ça raconte une sombre histoire de blessures de l’âme, du corps et du cœur. Personne ne va bien là-dedans, le spectateur non plus, vu que les scènes du début sont vraiment dégueulasses. C’est aussi un peu pompier (et pas seulement parce que la deuxième partie se passe dans une caserne avec à sa tête un bizarre commandant stéroïdé en mal d’amour paternel - Vincent Lindon fait bien le job). Sous son commandement, et avec l’irruption de la déglinguée du début, toute la caserne prend une étrange couleur, toute de noirceur, de flammes et de fureur, et vas-y que je balaie les thèmes dans l’air du temps : la question du genre, de l’amour (ou l’absence d’amour) paternel, de la filiation, la machine érotisée, et au-delà, un peu de fantastique pour égarer l’entendement. Au passage, les hommes ne servent à rien, là-dedans, soit ce sont des gros machos relous, soit une tribu étrange -les pompiers- , soit Vincent Lindon, complètement barré. En fait, à part la sociopathe (Agathe Rousselle) et le commandant,  il n’y a pas d’individus ni de personnages dans ce film, il n’y a que des figures dépersonnalisées.
Donc après une ouverture en forme d’accident de voiture, (conclusion d’un pénible conflit entre un père et son enfant - fille ou garçon ?) l’enfant émerge avec une plaque de titane dans le crâne. On est alors propulsé 10 ou 15 ans plus tard, dans une sorte de salon de l’érotisme automobile, ou de l’automobile érotique ? où des créatures de rêve se livrent à des attouchements, frottements, et glissements suggestifs contre les flancs ou capots des voitures. (Métal, quand tu nous tiens !) C’est quoi, ça ? Une critique ? Un cliché ? Bref, l’une de ces créatures qui n’est autre que la petite rescapée, se révèle passablement sociopathe, agitée de pulsions meurtrières hyperviolentes dès qu'on l'approche : elle est portée à la fois sur le meurtre sans préméditation et la jouissance automobile. Il semble qu’il est possible de jouir férocement d’une bagnole et de s’en trouver engrossée. Ça, c’est pour le 1/4 d’heure fantastique façon Alien, avec les fuites de d‘huile de vidange qui en découlent. Comme c’est étrange, mais il est vrai que depuis l’épisode « titane dans le cerveau », Alexia entretient d’étranges rapports avec le métal et ensuite, avec la chose étrange qui pousse dans son ventre.
D’ailleurs, tout ce film entretient d’étranges rapports avec la réalité. Le salon de l’automobile, le parking, la caserne, tout a une drôle de couleur mais rendre tout déroutant, ça ne suffit pas à rendre le film captivant. C’est too much.

lundi 19 juillet 2021

Gabriel Chabrat, fresques et vitraux de Sous-Parsat

 Une découverte extraordinaire à l'église de Sous-Parsat dans la Creuse : les fresques et vitraux contemporains de Gabriel Chabrat, un peintre creusois né en 1936. L'église est entièrement décorée de ses fresques, il a aussi conçu les vitraux ; le résultat est une immersion dans un univers incroyablement dense et puissant, à la fois familier et énigmatique. C’est une étrange inspiration entre réalisme, expressionnisme et abstraction. Réalisme, parce qu’on reconnaît bien les sujets et poncifs de l’ancien et du nouveau testament et autres « morceaux de bravoure » : l’Arche de Noé, Abraham et Sarah, l’Exode, l’Annonciation, la Cène, la lutte du bien et du mal, l’Apocalypse etc, mais aussi expressionnisme parce que les sujets sont traités avec une féroce acuité d’expression, une épure des traits, des formes, des corps, des visages, et des couleurs pures, tranchées, vivaces. Sous certains angles, le sujet frise aussi l'abstraction parce que le trame se fond par endroit dans une autre vision, une perception mosaïque en carreaux et triangles de couleur qui ne garderait que l’essentiel des lignes de force.
Cette puissance d’expression prolifère sur les murailles, bourgeonne jusqu’au voûtes, s’infiltre dans les angles, n’épargne aucun recoin, toute l’église en est enduite, vibrante, habitée. On reste scotché, stupéfait et médusé par ce qui est à la fois une création extraordinaire et une puissante interrogation adressée au ciel.







jeudi 1 juillet 2021

Close up, Abbas Kiarostami

Abbas Kiarostami

Le film commence par une arrestation dans une villa d'un quartier chic de Téhéran. Un journaliste en quête de scoop accompagne la police pour mettre en scène et photographier l'arrestation d'un imposteur : il s'est introduit dans une famille bourgeoise en se faisant passer pour Mohsein Makhmalbaf, un cinéaste connu. Intrigué par l'article paru dans la presse, Kiarostami décide de rencontrer l'homme et de filmer son procès. 
 
Quel film puissant, d'une extraordinaire et foisonnante limpidité et sensibilité. 
D'un côté, l'accusé, Sabzian : un homme sensible et intelligent,  mais sans valeur, sans pouvoir social ni pouvoir d'expression. Il raconte, au fil du procès, le rôle du cinéma dans sa vie et l'importance de Mohsein Makhmalbaf, ce cinéaste qui exprime tout ce que lui-même n'a jamais su exprimer. Notamment dans le film Le Cycliste, qui le touche au delà de tout, par ce qu'il y trouve d'analogies avec sa propre vie. (C'est aussi ce film qui lui sert de clé pour entrer dans l'univers de la famille Anhakan).
En face, les plaignants, la famille Anhakan, des possédants (pouvoir économique et social), des bons bourgeois de Téhéran, abusés par Sabzian par le hasard d'une rencontre en bus où quelque diable a poussé Sabzian à se faire passer pour ce Makhmalbaf. Sésame qui lui donne accès à tout ce dont l'exclut sa classe sociale (modeste imprimeur qui arrive à peine à faire vivre sa famille). Il est accueilli dans la villa chic, il est écouté, apprécié, consulté, respecté. Sa parole et son avis comptent. Il réussit même à faire rêver un des fils, ingénieur au chômage, de jouer dans le film qu'il a en projet. 
Jusqu'à ce qu'il soit démasqué, arrêté, jugé. D'où le procès conduit par un juge enturbanné et barbu que l'on découvre très humain, attentif au pourquoi et comment de cette étrange affaire. D'un côté, la frustration humaine et sociale d'un "petit". En face, des possédants en quête de réparation, blessés/vexés d'avoir été abusés par le faux cinéaste.
En plus du regard du juge, il y a celui de Kiarostami qui filme. Et à l'arrière plan, celui du public élargi qui verra le film du procès. Un procès étonnamment équilibré, avec un juge attentif à rendre une justice qui soit aussi une morale, attentif à maintenir la cohésion du lien social, où chacun doit tenir sa place dans le respect de soi-même et de l'autre, attentif à obtenir à la fois le pardon des plaignants et la repentance de l'accusé. D'ailleurs, personne n'est perdant et chaque protagoniste garde son humanité et sa dignité. 
C'est finalement le journaliste qui a le mauvais rôle avec sa mise en scène de l'arrestation qui chosifie le suspect, fait de l'arrestation un spectacle et rend tout superficiel. Le voyeurisme en prime.

mardi 1 juin 2021

Hospitalité

Film japonais, réalisé par Kōji Fukada (sorti en 2010). C'est pas mal au début mais finalement lourdingue. La première partie met en place les personnages, à priori respectables dans un quartier respectable, et qui tient à le rester. L'élément perturbateur, c'est l'irruption du soi-disant fils d'un ami. A mesure qu'il affirme son emprise sur la famille, les personnages révèlent un certain nb de failles, mensonges et non-dit qui permettent au type et à sa compagne de mener un curieux jeu d'invasion et de prise de pouvoir. A ce stade, ça devient fastidieux. La mécanique de l'escalade est lourde, le final farcesque est caricatural, bien trop long. Même si tout ça souligne justement le conformisme étouffant, la peur de se faire mal voir, la peur de l'autre (étranger, déviant, sdf...)

mardi 27 octobre 2020

Michel-Ange (Il Peccato), Andreï Konchalovsky

 Un film âpre, décapant, déroutant et sauvagement beau sur un personnage dont on connaît l'œuvre dans ses grandes lignes mais qu'on ne connaît pas, et qu'on découvre à plus d'un titre. On est loin du biopic classique avec des assauts de costumes raffinés, de décors léchés et de personnages prévisibles et élégants. On plonge dans une Renaissance "roots", un univers populeux, crasseux et puant, pour découvrir un Michel-Ange impossible, invivable. On traîne avec les ouvriers des carrières de marbre, les cabaretiers pouilleux, leurs clients ivrognes et ripailleurs, on côtoie des prélats cyniques et puissants, des seigneurs hystériques, on patauge dans le cloaque des rues, les retournements de luttes d'influences et de pouvoir. On plonge aussi dans l'opacité et les contradictions d'un génie paranoïaque, occasionnellement halluciné, hanté par Dante, tiraillé entre Rome et Florence et les familles Della Rovere et Medicis, entre l'inachèvement des œuvres en cours et la projection des nouvelles, entre trahisons et voltes-face. Mais pourquoi s'appelle-t-il Il Peccato ? La dimension du péché m'échappe, sauf s'il est partout, dans l'ubris, la trahison, et cette obsession constante de Michelangelo pour Dante et L'Enfer.

Les clés, c'est Konchalovsky qui les donne : 

Michel-Ange (Il Peccato) a été conçu comme une « vision », un genre
populaire à la fin du Moyen Âge auquel appartient la «Divine Comédie »
de Dante. Ce dernier pousse le spectateur à de multiples interprétations
des personnages comme des événements, éclairant ici la conscience
d’un génie : celle d’un homme de la Renaissance avec ses superstitions,
ses exaltations, son mysticisme et sa foi. Je voulais montrer non seulement
l’essence de Michel-Ange, mais également les couleurs, les odeurs,
et les saveurs de son époque, et de la capacité de l’oeil humain à capturer
l’éternelle beauté du monde et de l’humanité, qui devrait être transmise
aux générations à venir. ANDREÏ KONCHALOVSKY

mercredi 7 octobre 2020

Dans un jardin qu'on dirait éternel



 Film japonais sur la cérémonie du thé. La lente initiation d'une jeune fille à l'essence du thé, du temps, de l'être, ou comment, à force de gestes codifiés, répétés à l'infini, tout au long d'une vie, accéder à une forme d'accomplissement et de plénitude.

Yalda, La Nuit du pardon

 Massoud  Bakhshi. Un épouvantable film iranien sur le procès d'une jeune femme qui a tué son mari. Le verdict final est soumis à un jeu télévisé où le public vote pour sa condamnation ou son acquittement, en même temps qu'elle doit obtenir le pardon de la partie lésée (en l'occurrence la fille de la victime, producteur télé imbu de son pouvoir et de son ascendant sur la jeune femme). Horrible suspense, horrible peinture d'une séquence de lutte des classes, horrible irruption de l'obscénité télévisuelle dans le champ de la justice

dimanche 23 août 2020

Jardin intérieur à ciel ouvert : un jardin remarquable en Normandie

 

L’entrée dans cet univers est inattendue et surprenante, ça pourrait être un labyrinthe où l’on est constamment dérouté ou dépaysé, c’est bien mieux parce qu’on est toujours ailleurs mais jamais perdu, parce qu’aucune perspective n’est banale ni prévisible ni convenue, et qu’on en rencontre une infinité : on chemine dans une surprise et un émerveillement continus. Même la haie bocagère qui borde une extrémité du jardin (et qui existait avant lui) oublie d’être ordinaire et crée des vues étonnantes sur un simple pré habité par des vaches. Ce jardin est un ravissement où l’infinité des essences, le mystère des sentiers, le jeu des points de vue, des recoins et bifurcations déjouent la banalité du déjà-vu.
Au détour d’une pierre, d’un arbuste, d’un ruisseau, on découvre des retraites inattendues, des associations déroutantes, des micro-climats. On a du mal s’arracher à ce jardin, chaque station opère un charme étrange, né d’une profusion d’impressions, de formes, d’ombres et de lumières changeantes, mouvantes, graciles, vives comme l’eau vive, dans le bruissement des feuilles, le murmure des fontaines, le ramage des essences dans le vent. On ne sait pas où l’on va ni ce qu’on va rencontrer mais chaque pas, chaque regard est neuf. Tout le jardin cultive l’art de se renouveler sans cesse, comme une ode aux infinies variations sur le thème du branchu, du feuillu, du touffu, de l’aérien, de l’aquatique, de l’unique, du simple, du multiple, du symphonique… La rencontre de plantes étranges ou familières crée des impressions  inédites, captivantes, comme un enchantement. On a l’impression de renouer avec l’essence du végétal, dans une nature élégamment construite et déconstruite. C’est mystérieux, mouvant, familier, captivant.


 


http://www.jardin-interieuracielouvert.com/le-jardin/

jeudi 13 août 2020

Eté 85

François Ozon. Le film a un charme certain, charme de la nostalgie, nostalgie de l'adolescence, du premier amour, de la fascination pour une personnalité solaire qui affiche hédonisme, anticonformisme, envie de vivre sans entrave, et un soupçon de perversité ? A moins de mettre ça sur le compte de l'insouciance de l'adolescent pressé de séduire et de recommencer. Pour Alexis, qui devient Alex, tout est nouveau, surtout cette aisance personnelle et sociale. L'adolescent (16 ans) tombe évidemment sous le charme du jeune bourgeois "affranchi" (David, 18 ans) il tombe même violemment amoureux, sauf que les deux jeunes gens ne sont pas sur la même longueur d'onde. Au fil des séquences-clé d'une idylle naissante (la fête foraine, la moto, le cinéma, les premiers moments d'intimité...) le filme capte parfaitement la fraîcheur de la rencontre et des premiers émois, l'atmosphère de vacances sur une plage normande, le charme sexy des garçons. C'est bien vu, bien senti, aussi bien entre les deux personnages que dans leurs milieux sociaux respectifs, et la  narration est habile : pour expliquer ce qui s'est passé, Alex doit revenir sur l'enchaînement des faits et démêler ainsi ce qui a été un maëlstrœm d'émotions, comme un film qui est allé trop vite. Et même si on connaît la fin, on se demande tout le temps ce qui a bien pu se passer. Donc, c'est bien avec un bémol : ici ou là, un soupçon d'artificialité chez David et sa mère. Ils sont un peu trop parfaits dans leurs rôles respectifs. Mais après tout, c'est peut-être aussi cet excès qui éblouit le jeune Alex. Tellement loin de la bienséance de son milieu et des braves gens que sont ses parents.


mardi 4 août 2020

Beloved

 
Yaron Shani. On s’attend au pendant de Chained, la même histoire vécue par Avigail, la femme de Rashi. Ça l’est en effet, mais c’est autre chose car Beloved prend une dimension plurielle en gravitant autour de divers personnages féminins. Autant Chained est focalisé sur Rashi, le mâle dominant, autant Beloved gravite autour d’Avigail et des femmes qu’elle rencontre et qui deviennent ses amies, principalement la sage-femme. Comme si la femme (ou ses ancrages) était plus complexe ou multiple que l’homme.
La sage-femme exerce une version new-wave de son métier, où l’écoute et le « care » dominent (avec une empathie quasi gourouesque sur ses patientes/groupies/suiveuses). Etre à l’écoute de soi, son corps, ses besoins, ceux du bébé. Aussi bien les besoins physiologiques que relationnels. On est loin de Rashi qui compte seulement sur la technologie pour avoir son enfant et qui d'ailleurs sent bien que sa femme lui échappe. Elle doit louvoyer pour justifier ses absences et sorties avec ses nouvelles copines.
Cette vision intime des relations humaines donne de très belles scènes : entre les femmes, avec les bébés, la naissance, les cheveux... Avigail se libère de ses chaînes subtilement, presque timidement et réalise avec beaucoup de grâce et de douceur que toute sa vie avec Rashi est en porte-à-faux, à l'encontre de ce qu'elle est et veut vraiment.
Le « care » est le thème omniprésent du film : prendre soin de la femme et du bébé avant, pendant et après l’accouchement, mais aussi soin des vieillards (Avigail est infirmière dans un Ehpad) et aussi, le plus compliqué : prendre soin de soi. Au delà des bonnes intentions, il reste le mystère des personnes cachées derrière les non-dit, conventions, rancœurs de l'histoire familiale... La sage-femme et sa sœur pètent un câble, deviennent des blocs d'émotions, violemment opposées dans leur manière d’être au monde, de vivre leur filiation, leur relation à leur père et à leur mère. Leur histoire prend de plus en plus de place dans le film, qui d’ailleurs tourne court ; ça finit bizarrement en queue de poisson, sans même aboutir au final de Chained (qu’on connaît déjà). Mais on retient que la quête de soi est une aventure douloureuse.

Chained. Yaron Shani. Un flic israélien intègre et balourd mène sa vie professionnelle et familiale sans douter de ses valeurs ni de la manière de faire respecter la loi : il braque ses suspects, se met à dos sa belle-fille adolescente et la met en porte-à-faux avec sa mère, et sème conflits et tensions sur son passage. Le film raconte son enfermement dans sa vision de ce qui est bien, et sa manière de l'appliquer jusqu'à l'impasse. Son amour pour sa femme et sa volonté bornée d'agir selon ses principes le mènent droit dans le mur.

lundi 3 août 2020

Tout simplement noir

Jean-Pascal Zadi. J'y suis allée avec une petite méfiance, craignant les blagues franchouillardes convenues, j'ai découvert un auteur et acteur intelligent, plein de dérision et d'autodérision, qui invite à une aimable pérégrination dans toutes les nuances du noir, à commencer par celles du mot lui-même : noir, ce n'est pas black, ni nègre, chaque terme renvoyant à des acceptions différentes, c'est tout simplement noir.
Quant au fait d'être noir, Zadi en épluche un certain nombre de spécificités en faisant défiler une galerie de personnages plus ou moins noirs : de scène en scène, chacun renvoie à une identité, une histoire, une expérience, une revendication, une manière différente d'être et de se sentir noir : africain, antillais, américain, d'origine, de France, de banlieue... chacun a sa façon d'être noir et sa manière de le porter : fière, agressive, militante, communautaire, opportuniste, politique... ou de le nier.
Ça se complique quand deux identités (ou plus) s'affrontent et se disputent la manière d'être le plus légitimement noir ; s'ensuivent prises de bec, joutes oratoires savoureuses, voire empoignades dans une série de séquences drôlatiques, traversées par les gaffes et bévues du héros, passablement naïf ou gentiment ahuri, quand ce ne sont pas ses personnages qui s'emmêlent les pinceaux et s'enfoncent dans des contradictions douteuses. Bref, c'est excellent

mercredi 29 juillet 2020

The Climb 😠

Michael Angelo Corvino. Et voilà comment les méfaits d'une bande annonce efficace, de quelques critiques volubiles, dont le mystérieux TTT de Télérama (il faut payer et s'abonner pour en savoir plus), et de distinctions comme "Prix du Jury au festival de Deauville" et "accessit au festival de Cannes", peuvent tromper le chaland. On se dit qu'on va voir du lourd. Et on a raison, parce que pour être lourd, c'est lourd. Passé la 1ère séquence (la montée du col est bien vue - et encore, le tabassage par l'homme à la 2CV rouge est totalement inutile, à moins que ce ne soit la lourde métaphore du châtiment que Kyle voudrait infliger à Michael). Bref, on devrait déjà se douter que le réalisateur se laisse aller à des facilités regrettables. Ensuite, on revisite les temps forts de l'american way of life : la scène des funérailles, Thanksgiving, l'enterrement de vie de garçon etc, etc. On devrait y trouver des sommets de drôlerie, de "décalage", de bien vu - bien senti... D'ailleurs, j'ai lu quelque part "Succession désopilante de saynètes" MAIS NON. Rien de désopilant. Que des clichés et des lieux communs. Que du blabla visuel et verbal. On se met assez vite à aspirer à la fin qui n'en finit pas d'advenir, tellement on est englué dans ce cauchemar de répétition : de séquence en séquence, le méchant et toxique Michael vient encore mettre des bâtons dans les roues du gentil Kyle.
Tout est convenu, sans surprise, sans ressort, même le lien étrange qui unit ces deux gars reste improbable et non-élucidé. Bref, c'est à fuir. Sans parler d'une étrange bande musicale avec des chansons françaises bruyantes, et un certain nombre de références au cinéma français (ce qui est plutôt inquiétant pour le cinéma français).
Bref, c'est A FUIR

mardi 28 juillet 2020

The King of Staten Island

Judd Apatow. Portrait drolatique d'un glandeur professionnel et de ses potes. Une bande de bras cassés allergique à toute forme de sérieux, de travail ou de projets d'avenir, à moins qu'ils ne soient particulièrement fumeux. En attendant, le héros parasite éhontement sa mère, avec pour justification diverses séquelles post-traumatiques consécutives au décès de son pompier de père, ce héros. L'équilibre foireux se disloque quand un homme entre dans la vie de sa mère. Les dialogues et situations cocasses s'enchaînent à un bon rythme, c'est drôle et bien mené, et la rédemption possible se dessine dans la deuxième partie du film, moins surprenante.

Lands of murders

Lands of murders, Christian Alvart : une adaptation de La Isla minima (2014, Espagne), à savoir une enquête sur la disparition de deux jeunes fiĺles. Ça se passe dans l'ex Allemagne de l'Est, pas longtemps après la réunification. La collaboration est délicate entre le flic de l'Ouest, plus jeune, et le flic local, plus âgé, aux méthodes musclées. L'enquête donne une peinture sociale déprimante de ce trou du cul du monde dont on n'a qu'une envie, se tirer. Bonne ambiance, c'est à dire que l'atmosphère glauque est efficacement dépeinte, il y a des fausses pistes et des rebondissements, c'est bien mené. (Mais à revoir l'excellente La Isla Minima, c'est étonnamment calqué sur ce modèle, et étonnamment réussi).

Madre, Rodrigo Sorogoyen ; une mère espagnole chez elle, son fils de 6 ans est en vacances avec son père. Il l'appelle au téléphone depuis une plage française déserte, son père l'a planté là, il est censé revenir. Le gamin a peur, sa mère encore plus, le téléphone s'éteint. 10 ans plus tard, la mère vit en France dans le secteur où son fils a disparu et travaille dans un bar de plage. Elle se laisse troubler par un adolescent qui pourrait avoir l'âge du fils. Le film raconte l'histoire de leur relation avec une certaine finesse, chacun dans sa bulle et ses projections, ils arrivent pourtant à se rencontrer sur un fil délicat et intense, et dans l'incompréhension générale des témoins (les amis de la plage, la famille du jeune homme...) Le compagnon de la mère est un personnage intéressant, plutôt subtil. Il y a de jolies scènes, mais... il manque quelque chose pour que ce soit émouvant ou captivant.


dimanche 8 mars 2020

Le monde selon Roger Ballen

A la Halle Saint-Pierre.
Une exposition dérangeante avec une esthétique de la décharge, des bas-fonds et de la marge, comme si Roger Ballen regardait à côté de l'apparence, au delà du normal ou du réel, du côté du rebut et de la frontière. Frontière sociale ou mentale. L'étrange artiste borderline porte un drôle de regard sur un monde glauque, inquiétant, cassé, dévasté, dérangeant. Des têtes crevées ou coupées, des bras cassés, des orbites vides, des pieds déformés, des oiseaux pourris ou morts, des cadavres d'hommes ou de chien, des rats, des chats, des pantins comme des enfants et vice-versa. Au 1er étage, ce sont principalement des photos, toutes étranges, proposant des images inconvenantes, c'est à dire qui déroutent, suscitent l'inconfort du regard comme si elles montraient quelque chose d'obscène. Comme si on se demandait en permanence "mais qu'est ce que je suis censée voir, quel est cet envers du décor dans cette absence de décor : un pied de poupée, un ressort cassé, un vieux grillage tordu, une ficelle qui traîne sur le sol suffisent à générer le bizarre et le malaise. Comme une promenade dans la zone, à la marge du monde civilisé.
Au rez-de-chaussée, il donne corps à cet univers, il l'incarne en un décor de décharge, toujours bizarre et déglingué, et bizarrement, l'univers qu'il a construit en photo à l'étage prend ici du volume et offre une autre dimension de la dévastation.

https://www.hallesaintpierre.org/2019/05/21/roger-ballen/

jeudi 5 mars 2020

La Communion


Jan Komasa. Délinquants, ivrognes et bigots. Sur la base de cette trilogie typiquement polonaise (?) voici un film qui s'élève comme une flamme dans un univers dévasté, celui d'un jeune délinquant, a priori voué, à titre de réhabilitation post-incarcération, à un travail de merde dans une scierie au fin fond de la Pologne.
Dévasté, son univers l'est dès les premières scènes du film qui montrent la violence qui régit son univers : il s'y passe d'infinies violences et turpitudes à l'abri de la loi du silence carcéral. Il se trouve que le héros, meurtrier au demeurant, - on apprendra par la suite que c'est le fait d'un enchaînement stupide de conséquences lié à la stupidité de la jeunesse et à un machisme ontologique hypertrophié par l'alcool- , donc, ce délinquant semble frappé par... quoi ?  la grâce ? ou simplement la lumière émanant de la liturgie, ou peut-être la foi ? Bref, il se sent une vocation pour le séminaire, mais vu ses antécédents, c'est exclu. A sa sortie du centre de délinquants, il devra se contenter de la rédemption par la scierie. Le voilà donc qui débarque au fin fond de la Pologne. Devant l'univers de merde auquel il est voué, il renâcle, et se retrouve chez le curé local, auquel, dans un éclair de génie, ou de démence, il se présente comme prêtre.
Un concours de circonstances fait qu'il devient très vite le curé remplaçant. C'est là qu'il révèle un vrai talent, ou une vraie résonance pour rencontrer les villageois, via une parole authentique, c'est à dire débarrassée des scories, hypocrisies et convenances du culte ordinaire. Il sait parler vrai, du fond de son cœur, et toucher ainsi la communauté de ses paroissiens. Il les rencontre au fond de leur âme, et entre littéralement en communion avec cette communauté dans un registre qui relève aussi bien de l'humanité que de la foi chrétienne. Ou plutôt, il réconcilie l'humanité et la foi chrétienne. En somme, il restitue la puissance de la parole de Dieu. Après, évidemment, le réel le rattrape, et le film suit son cours, sauf qu'entretemps, il y a eu cette communion entre un curé et sa paroisse.
Le titre original est "corpus christi", ce qui est bien plus juste au regard des dernières scènes, (et qui est l'essence de la communion : incarnation et sacrifice / offrande du corps du Christ à la communauté). La fin du film développe d'ailleurs une étrange dimension fatale et sacrificielle. Une forme de réponse (la seule réponse possible ?) quand on atteint le fond de l'impasse.
L'acteur Bartosz Bielenia (Daniel ou le père Tomas) est un personnage magnétique, il crève l'écran, mais tous les personnages du film ont une présence, une réalité extraordinaire. Ce film est un chef d'œuvre de puissance, de densité et de tension.
10/10

mercredi 4 mars 2020

La Lettre à Franco


Alejandro Amenabar.
Film historique montrant la position, plutôt fluctuante et indécise, de l’écrivain Miguel de Unamuno (1864-1936), recteur de l'Université de Salamanque, face à la montée en puissance de Franco, dont le rôle était censé se limiter au renversement de la République, "tant que durerait la guerre". Cette prise de pouvoir se fait dans un contexte de luttes d'influence et de pouvoir au sein de la junte militaire qui semble instrumentaliser un Franco apparemment falot.
Miguel de Unamuno, d'abord favorable aux Républicains, s'en est éloigné, au nom de la civilisation chrétienne menacée par le communisme. D'où son soutien initial au soulèvement contre la République. Le film montre ses indécisions, ses revirements, son incompréhension de ce qui se passe réellement quand son ami le maire de Salamanque est arrêté, puis son jeune collègue à l'université. Avec un leit-motiv dans le film : ouvre les yeux, Miguel".
Le titre original du film est : Mientras dure la guerra = Tant que durera la guerre/ Le temps que durera la guerre. Cette phrase figurait dans le brouillon du texte donnant les pleins pouvoirs à Franco. Elle était censée limiter ces pouvoirs à la durée de la guerre contre les Républicains (guerre civile espagnole). Elle a été supprimée. Le traducteur a choisi un autre angle pour le titre : Lettre à Franco, sans doute plus accessible au public français, en référence à la scène finale.
Très intéressant.

samedi 29 février 2020

La fille au bracelet, Stephane Demoustier. Lise porte un bracelet électronique jusqu'au procès qui jugera si oui ou non elle a assassiné sa meilleure amie un lendemain de fête. Qui est elle vraiment, que pense-t-elle, que ressent-elle ? C'est assez efficace, tout en sobriété, pour tenter de cerner l'opacité de l'adolescence, et la complexité d'un jugement.

Lara Jenkins, Jan-Ole Gerster. Un jour dans la vie d'une femme froide et antipathique, en l'occurrence le jour du premier concert de son fils, pianiste et compositeur. Elle est glaciale et glaçante dans son mépris du monde et son absence totale d'empathie, monstrueuse dans sa manière d'interférer avec "la" soirée de son fils qui a pris ses distances. Le film est tendu de A à Z, on se demande sans cesse quelle indélicatesse ou vacherie perverse - son registre est étendu- elle est capable d'infliger et on finit par comprendre le ressort de son immense frustration (on s'en doutait un peu).

It must be heaven, Elia Suleiman. Délicieux et improbable film, super subtil, en une succession de saynètes en Palestine, à Paris, NewYork... Un air à la Tati
7/10


vendredi 28 février 2020

Invisible man

Leigh Whannel; se laisse voir avec plaisir, et un léger frisson d'horreur, tant la machination mise en œuvre par le mari pervers est efficacement ourdie et sophistiquée. On a peur, on s'effraie, on s'apitoie, on s'horrifie, on en a pour son argent. Ou comment un génie de l'optique peut traquer sa femme jusqu'à la faire passer pour folle. En extrapolant, ça montre aussi comment une femme harcelée a du mal à rendre crédible sa parole.

bof bof

Un divan à Tunis, Manele Labidi. L'installation à Tunis d'une psychanalyste tunisienne de France. C'est mignon, avec bien des embûches prévisibles et convenues. L'actrice est fort jolie.
5/10

1917, Sam Mendes. Un message qui doit arriver à tout prix pour empêcher une attaque piège, qui sera meurtrière. Les aventures des deux soldats messagers au cœur des lignes, en 1917. Tout ce qu'il faut là où il faut comme il faut. Gros moyens, gros effets, mais ça reste convenu. Il manque quelque chose.
5/10

mardi 11 février 2020

3 films chinois

Le Lac aux oies sauvages, Diao Yinan. Hem, vu il y a (2?) mois, mémoire de poisson pour un scénario embrouillé entre chefs de gangs qui s'embrouillent, au moment de se partager les zones de rackett, prostituées qui s'en mêlent, flics en chasse, et un magot planqué quelque part. C'est un film bien noir, qui se passe souvent la nuit, sous la pluie, avec une humanité avide et sale. Ou plutôt très peu d'humanité dans le monde de la pègre. Meutres, trahisons, courses-poursuite, c'est très bien ficelé et complètement déprimant, avec une super image ultra-noire. Le personnage principal est joli garçon.
8/10

L'Adieu, Lulu Wang : la grand-mère et mère est atteinte d’une maladie incurable. Ses proches décident de lui cacher la vérité, mais organisent le mariage du petit-fils  pour provoquer une réunion de famille et être une dernière fois tous ensemble. Billi, la petite fille, née en Chine et élevée aux Etats-Unis, a du mal à accepter ce mensonge fait à l'aïeule. C'est pas mal, intéressant comme enquête sociologique : la vie, l'amour, la mort : comment font les Chinois.
7/10

Séjour dans les monts Fuchun, Gu Xiaogang.
Une autre vision du quotidien en Chine, à travers la chronique d'une vie d'une famille. Ils sont quatre frères : un restaurateur prospère, un pêcheur qui vit sur sa barque avec sa femme et son fils, un frère poursuivi par la mafia locale pour ses dettes de jeux et son fils trisomique et le 4ème ?... ? Ils ont des problèmes d'argent, de logement, de mésalliance (projet de mariage compliqué entre deux jeunes) et doivent s'occuper de leur très vieille mère (qui la prendra en charge ? avec quel argent ?). C'est la chronique douce du quotidien d'une famille de la classe moyenne, leurs usages et traditions. Une peinture ample, harmonieuse qui montre à la fois la Chine active et moderne (la ville en pleine reconstruction) et en arrière-plan une Chine éternelle, ancestrale, codifiée. Une image de la Chine presque sereine, voire poétique dans cette majestueuse peinture au fil du temps, des saisons et de la rivière Fuchun.
8/10


dimanche 9 février 2020

Psychomagie

Un art pour guérir.  Jodorowski met en scène plusieurs séquences / exemples de sa thérapie qui permet de libérer des blocages (pas par les mots ni la parole, mais par des actes théâtraux et poétiques = action directe sur l'inconscient.) On voit entre autres un bègue qui cesse de l'être, un patient qui mime sa renaissance (un peu dégueu) et d'autres fantaisies jodorowskiennes.
"Il s’agissait de proposer à une personne de faire quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Un acte poétique, toujours constructif, jamais destructif. Très vite, j’ai senti que cela avait une vertu thérapeutique".
... "la Psychomagie [...] a le même but, rendre à la personne la conscience de soi, éliminer ce qui l’empêche d’être soi. [...] J’ai envisagé la Psychomagie comme un acte guérisseur, qui permet de toucher en soi son véritable être". Cette thérapie artistique est gratuite et s'adapte à chaque patient. Chaque acte est différent du précédent.

C'est curieux et intéressant, mais il n'y a que Jodorowski pour mettre en œuvre un truc pareil.

mardi 4 février 2020

El Greco, Cardinal Fernando Niño de Guevara

Peint en 1600. Metropolitan Museum of Arts, New

S’il n’était pas le Grand Inquisiteur, on pourrait lui trouver l’air simplement sérieux d’un chirurgien, ou le regard sans concession d’un avocat. L’oeil d’un homme de pouvoir, froid ou sévère. Mais c’est l’Inquisiteur : une sévérité sans concession lui sied d’autant mieux. Pas une once de moëlleux chez cet homme. On peut voir une nuance d’amertume ou de mépris dans le dessin de la bouche. L’austérité de la figure contraste extraordinairement avec le chatoiement du costume, sa matière opulente et somptueuse. La délicatesse des mains dément elle aussi la rigueur du visage : bagues, dentelles, et un mol abandon pour l’une tandis que l’autre se crispe, dans un reste de vigilance, ou bien un reste de contrariété causée par la lettre qu’il a laissée tomber. Est-il réellement assis, ou sur le point de se lever pour donner un ordre fatal, son regard en biais visant celui qu’il a dans le collimateur. En fait, tout est biaisé chez cet homme, il est là, pétri d’arrière-pensées, en train de préparer le coup d’après. On pourrait aussi lui trouver l'air simplement désabusé et le regard dessillé d'un homme qui ne se fait pas d'illusions sur le genre humain.
C'est fou toutes les complexités que propose le peintre dans ce tableau éblouissant.









lundi 3 février 2020

Histoire d'un regard, Gilles Caron

Et quel regard : celui du photojournaliste Gilles Caron, disparu à 30 ans en 1970 au Cambodge.  En 6 ans, il a couvert pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, le conflit nord-irlandais ou encore la guerre du Vietnam. La réalisatrice Mariana Otero  plonge dans les 100 000 clichés du photoreporter pour lui redonner une présence et raconter l’histoire de son regard.
8/10

vendredi 17 janvier 2020

Les Siffleurs

Assez déroutant, vu que tout le monde trahit tout le monde, tout le monde espionne tout le monde, à coup d'écrans de filatures ou de vidéosurveillance, et tout le monde ment à tout le monde. En gros, flics et truands sont sur la piste du magot de la drogue, qui a disparu, mais tout le monde parle double ou triple langage, et plus encore quand il s'agit de parler la langue des siffleurs, qu'eux seuls comprennent, pour communiquer de loin et à l'insu des autres. Donc personne ne sait plus qui en est où, pour quoi et contre qui.
L'histoire va et vient de personnages en circonstances et revient sur des points de vue différents, selon les personnages. C'est assez virtuose, dans un univers tout aussi déroutant que le déroulé de l'intrigue : paysages étranges des Canaries, décors improbables et non sans poésie lugubre, motel bizarre avec un non moins bizarre tenancier de motel et fan d'opéra, et des références multiples au cinéma et aux studios de cinéma,
Le tout dans une lumière et une ambiance limite sinistre avec des studios de tournage à l'abandon, des salles d'interrogatoire glauques, des appartements aussi glauques, le paysage minéral des Canaries...
Ajoutez une dérision certaine, avec une tonalité entre cynisme et humour noir... Ça donne ce drôle de film intelligent, irracontable et somme toute assez drôle.

dimanche 12 janvier 2020

Le Mans 66

James Mangold. Je n'ai jamais eu le moindre intérêt pour les automobiles, les courses automobiles ou les 24 Heures du Mans, mais j'ai adoré ce film plein de tension et de suspense qui raconte comment un ex-pilote devenu ingénieur-artisan mécanicien, Carroll Shelby (Matt Damon) recyclé dans le business automobile conçoit, avec un pilote de génie, Ken Miles (Christian Bale), une Ford capable de damer le pion aux Ferrari etc.
En gros, une histoire où la passion et le génie des deux "potes", des free-lance, affrontent l'autorité du boss (Henri Ford 2) et de son staff hiérarchisé et manipulateur. Deux versions antagonistes de l'esprit d'équipe, deux visions du monde et un excellent moment de cinéma, avec une solide facture classique, de l'adrénaline et des personnages bien campés, qui racontent à la fois l'Amérique pionnière et l'Amérique industrielle et capitaliste.

vendredi 3 janvier 2020

Brooklyn affairs

(Motherless Brooklyn), Edward Norton : New York années 1950. Lionel Essrog est détective privé. Il enquête sur le meurtre de son mentor et ami Frank Minna. Est-ce parce qu'il souffre du syndrome de la Tourette qu'il est si vigilant et efficace pour détecter de rares indices, et en tirer de brillantes déductions. Au fil d'incursions dans les clubs de jazz de Harlem, les taudis de Brooklyn, le très chic Manhattan, il découvre des secrets compromettant sur l'administration de la ville de New York…  Bien prenant et scotchant
8/10

jeudi 19 décembre 2019

Une Vie cachée, Terrence Malick

Est-ce que cette obsession de scruter la nature, l'immense, immuable, somptueuse et muette beauté de la nature n'est pas une manière de scruter le divin, d'interroger sa présence, sa permanence, ou son absence. Terrence Malick y revient incessamment, entretenant un dialogue décalé avec... qui, d'ailleurs ? Dieu ou l'absence de Dieu et son mutisme obstiné. Dieu à qui on a envie de rendre grâce de ce miracle qu'est la nature, son immense beauté, les sublimes mises en scène de ses paysages, et rendre grâce aussi du miracle du vivant, des saisons, du jour et de la nuit, de cette terre qui produit fleurs et fruits, animaux, céréales, rivières et ruisseaux... Dieu omniprésent dans la plénitude et obstinément muet dans la Passion de Franz.
Ce film est un immense point d'interrogation sur la plénitude et la gratitude (rendre grâce de ce miracle) et ce qu'il advient quand survient le Mal. Comme un conflit, une rupture, une solution de continuité entre sa vérité intime et la réalité du monde. Les scènes du début mettent en image l'harmonie d'un couple dans son monde, une petite communauté où les hommes vivent à la sueur de leur front, engendrent des enfants et des récoltes. Une vision idyllique, quasi biblique, troublante et presque gênante dans un monde de scepticisme et de doute. Le Franz, pétri de l'harmonie et de l'ordre (divin, ou moral ?) du monde, entre donc en opposition quand survient l'inacceptable, l'abus de pouvoir qui rompt la justice et l'équilibre, l'isole de la communauté villageoise et le désigne aux autorités militaires. L'Anschluss est cette fracture, la trahison de la souveraineté, de la légitimité, de l'autorité morale : inacceptable et non négociable.
S'ensuit ce dialogue en images, Fani dans sa campagne, Franz dans sa caserne ou sa prison, leur solitude, leur amputation l'un de l'autre, leur amour et leur foi l'un en l'autre, et l'infini questionnement de Franz. L'apothéose est cet entretien bouleversant avec le juge qui lui demande s'il a le droit de faire ça (s'obstiner à refuser l'allégeance aux nazis, comme un orgueil insensé qui met tout le monde - à commencer par sa famille- dans l'embarras ou la douleur). Franz lui demande en retour "s'il a le droit de ne pas le faire". La Passion de Franz, comme celle du Christ, dans un univers muet où ses interrogations restent sans réponse. Le film comme un immense point d'interrogation sur ce qu'on se doit à soi, sa conscience, ou à ce Dieu caché.
On sort de là la gorge serrée par l'absolue, démente pureté de cet homme et en se demandant où et combien de fois on a trahi sa propre conscience.

mercredi 18 décembre 2019

Lillian

Andreas Horvath
Etrange film, étrange personnage porté par son idée fixe, son obsession, sa folie, sa clôture sur son objectif : retourner en Russie à pied.
Elle trace, sans interférer, enfermée dans son mutisme et son isolement (elle ne parle pas anglais ou si peu), ou son "dérangement"
Elle trace
et c'est prétexte à revisiter les paysages de la mythologie et de la réalité américaine à ras de bitume, de poussière, de champ de maïs, de trous du cul du monde
Elle traverse des paysages et des scènes de genre qu'on a vus mille fois, mais son regard ne s'arrête pas, ne comprend pas, n'interfère pas,
c'est définitivement une étrangère sur un territoire immense, même pas hostile, juste inhumain où elle organise sa survie au jour le jour
On voit ainsi passer l'Independance Day dans un patelin lambda, des high way et des free ways qui s'effacent à mesure qu'elle s'enfonce au milieu de nulle part, c'est à dire de l'Amérique profonde, on voit passer le MidWest et ses champs (de maïs), le pervers de l'Iowa, les Badlands, les bouseux du Montana, le flic de comté, les charity shops, les Indiens des réserves, et la grande, l'immense nature où elle avance
et elle regarde tout ça sans équipement, sans voiture, à hauteur d'humain et à distance de pieds.
On revisite aussi la mythologie des hobos, des supertramps, de La Route, sauf que c'est débarrassé de tout lyrisme, de toute emphase, de toute littérature
et il s'en dégage une étrange poésie sauvage, une sorte de mysticisme de la quête, ou de folie, et de grande liberté ou de grand enfermement.
C'est un beau film poignant.

samedi 2 novembre 2019

Joker

Todd Phillips.
Quel film bizarre et dérangeant.  Autant j'ai détesté la bande-annonce qui ne rend que le pire du film, autant j'ai adoré le film. Outrance clownesque et cascade de malheurs. Et pourtant c'est un excellent film où on avance constamment sur le fil du rasoir entre l'outrance, justement, et une tristesse profonde devant une réalité sociale désespérée et déprimante, avec une certaine empathie pour les laissés pour compte. Ce qui est fascinant,  c'est cette peinture de la mutation d'Arthur Fleck, ou comment, de clown miteux, il devient Joker. Chaque séquence du film est une pure tranche d'horreur et de séquence en séquence, on s'affranchit de toute convention pour entrer dans la peau et le mental d'un maboul, dont la folie est effroyablement logique, comme la conséquence d'un fatal enchaînement de circonstances.
Donc, Athur Fleck est un paumé, un minable, un raté, rêvant de percer dans le "stand up". Et c'est aussi un être humain naïf et psychotique à la fois. Il scanne le réel et en tire les conclusions délirantes qui s'ensuivent. On en est à la fois horrifié et de son côté. Et on finit par transgresser tous les codes quand on se réjouit de ses exactions. Le clown triste devient un fou de plus en plus lucide et de moins en moins naïf qui jubile et qui danse, et on se retient d'applaudir des deux mains (expression idiote, comment pourrait on applaudir autrement) devant cette étrange prise en main de son destin de sociopathe.

vendredi 1 novembre 2019

Martin Eden, Pietro Marcello

Pietro Marcello
Étonnant Martin Eden (magnifique Luca Marinelli) transposé dans une Italie du 20ème siècle avec une tonalité dominante années 50 et une référence aux mouvements sociaux du siècle. Le film est ponctué de séquences photos, comme des arrêts sur image de visages, de scènes de rue populaires comme des rushes de vieux films sur la réalité de la misère, de la rue. Ce qui brouille la stricte référence historique mais renforce l'empathie humaine et sociale du fim. L'ascension de Martin Eden est une peinture subtile de la lutte des classes, a priori le travailleur inculte vs le bourgeois, et montre plus finement au sein d'une même classe, les divers étages de conflits entre plus ou moins pauvres et plus ou moins dominés. Les ouvriers, les tout petits commerçants et entrepreneurs... et l'ex marin devenu fainéant (il écrit et ne gagne rien au début).
Au déterminisme de classe s'oppose la détermination de l'individu qui émerge au sein du groupe social. A lire ça, on pourrait s'attendre à un film didactique, mais c'est vraiment une peinture riche et complexe d'un individu dans une époque, un milieu et sa propre histoire. Comment va-t-il se démarquer et se déterminer, appartenir ou pas, intervenir ou pas. Ainsi la première scène où "il s'en mêle" et sauve un jeune bourgeois en train de se faire tabasser. Ce qui le propulse dans un nouveau monde et une dynamique d'ascension sociale par la culture et d'exclusion de son propre milieu. Martin Eden trahit sa classe en sauvant ce bourgeois et à partir de là ne trouvera plus sa place nulle part. Ni chez les bourgeois, ni chez les socialistes. Son credo, c'est l'individu. Le personnage lumineux, solaire, puissant perd sa vitalité et son éclat à mesure qu'il gagne son statut d'écrivain, son argent et sa notoriété. Mais il n'appartient plus. Ni aux pauvres ni aux bourgeois. Dans un film où chacun, les sympathiques comme les antipathiques, appartient à un groupe, sa classe ou son camp, il y a deux ovnis : l'écrivain Martin Eden et l'étonnant personnage du mondain, génie et poète à ses heures, Russ Brissenden. Très beau film.

lundi 21 octobre 2019

Chambre 212, Christophe Honoré

Christophe Honoré signe un film plein de grâce, léger et profond sur le couple mature, la fidélité ou pas, la transformation physique, l'évolution des relations. Quand son mari découvre qu'elle l'a trompé, Chiara Mastroianni part réfléchir dans une chambre de l'hôtel en face de son appartement, d'où elle revisite les fantômes de son passé : son mari jeune, l'amour et le désir qui les liait, le premier amour de son mari, ses amants à elle... Les séquences sont légères, enlevées, bien jouées pour illustrer le mystère du couple, les caprices du désir, ou son absence, la manière dont les corps s'éloignent, même malgré soi, la frontière ténue entre ce qui définit l'amour et ce qui le rend éternel ou pas. Agréable surprise sur un sujet éculé et vieux comme le monde, c'est un très bon moment de cinéma, avec un excellent casting autour de Chiara Mastroianni : Vincent Lacoste, Benjamin Biolay, Camille Cottin.

mardi 15 octobre 2019

Sonnenallee

Leander Haussmann.
Dans la série comédie "ostalgique", ce film vu sur Arte est très plaisant. Voici la présentation d'Arte :
La Sonnenallee des années 1970 a deux particularités : elle est traversée par le Mur et fait office de poste frontière entre les deux Berlins.
Côté Est, Micha, Mario et leurs copains mènent une vie d'ados ordinaires. Ils fantasment en permanence sur la mode et la musique venues de l'Ouest. Il faut dire que Micha a bien du mal à trouver des modèles dans son entourage, entre une mère prête à usurper l'identité d'une touriste pour passer de l'autre côté, un oncle de l'Ouest pourvoyeur de bas nylon et un voisin informateur de la Stasi.
Et c'est aussi la nostalgie de l'époque foisonnante de l'adolescence et du premier amour.

lundi 14 octobre 2019

Phèdre de Michel Hermon

Magistrale interprétation/incarnation de Phèdre que celle de Michel Hermon. Il élague toutes les scories des représentations qu'on a du théâtre classique, peuplé de colonnes, de toges et de tirades poussiéreuses et il restitue la langue de Racine dans sa somptuosité, sa rigueur, sa sinuosité, sa précison, ses envolées, l'exacte expression des nuances, altérations, concavités... des émotions et envolées de la passion humaine. Il interprète tous les personnages, Phèdre, Oenone, Hippolyte, Thésée (on ne s'y perd jamais) et il nous tient en haleine sur le fil de leur parole, une parole rendue à sa densité, sa résonnance, sa profondeur extrême. Il donne aux mots un espace incroyable, l'espace que mérite la langue somptueuse de Racine et manifeste combien cette langue est riche et sublime. Combien elle incarne les personnages, les nuance, les fait avancer sur le fil d'émotions et de passions dont les fluctuations sont admirablement cernées.
Vibrante, chancelante, émouvante, troublante, Phèdre se fourvoie et chancelle sur les variations infinies du sentiment amoureux, elle va trop loin, elle se reprend, se repent, elle y revient et fait inlassablement le tour  de l'impasse qu'est sa passion pour Hippolyte. Elle se fourvoie, mais rien ne peut l'empêcher d'avancer au bord du précipice, de revenir sans cesse à l'inéluctable, et c'est la commune Oenone, responsable et garante de l'ordre établi, qui la rattrape au bord de l'irréparable. Elle l'empêche de se suicider, et pour que tout rentre dans l'ordre, elle construit la perte d'Hippolyte en inversant les propositions : ce serai lui le fourbe séducteur, le fauteur de désordre, le bafoueur de l'honneur du père : elle construit ainsi la perte du fils.
Au fil du texte, on rencontre les tirades les plus célèbres qui retrouvent soudain une beauté, un éclat,  une résonnance oubliée. On est suspendu au fil de ces mots qui sculptent l'espace de l'ordre et de la passion, du désordre amoureux, du déshonneur, de la fatalité. Et on découvre aussi une sorte de folie de Racine, que l'on croyait policé dans le maniement des alexandrins, mais qui joue à merveille de la peinture des circonvolutions, complexités, délires et excès de l'âme.

vendredi 27 septembre 2019

Bacon en toutes lettres


 

Le cadre et le cercle, l'onirique et la matière, la tension et le relâchement, la lutte et la dissolution, le surréalisme et le rêve. Un cadre limpide, lumineux, transparent, et le surgissement de figures dont le sens est opaque dans le théâtre ou cirque de la vie.
La distorsion, la dissolution, l'éjaculation.
Une porosité organique.
Des figures solitaires, des corps à corps.
De la chair, de la chair, de la matière et des idées.
De la nonchalance aussi, dans le balancement d'un corps.



Le cru de la vie, selon Picasso, ou selon le cri de la nurse (Eisenstein dans Le Cuirassé Potemkine)... explique Bacon, quand il parle des peintres ou des œuvres qui l'ont marqué. "Trap" la réalité, dit-il, dans l'excellent film à la fin de l'exposition, qui donne des clés de lecture. Réinventer le réalisme, pour qu'il soit intense et abrégé. Abréger pour faire un concentré de réalité.

Je ne sais pas ce que j'aurais vu si je n'avais pas suivi une visite guidée, je pense que j'aurais aussi beaucoup aimé cette expo, mais j'ai trouvé l'éclairage particulièrement utile et intéressant (avec des clés que l'on retrouve en partie dans ce fameux film à la fin)


mercredi 25 septembre 2019

Bacurau

****
Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, coréalisateurs de « Bacurau »
Excellent, déroutant, plein de références à plein de genres cinématographiques (western, film de mercenaires/action, science-fiction, conte social, fable politique... tout ça). On est embarqué on ne sait trop où et comment, et on est régulièrement surpris, intrigué, inquiet...
C'est surprenant, attachant, un très bon film au fin fond de nulle part, (Nordeste) dans un patelin en butte aux manoeuvres d'un politicien pourri (pleonasme ?). Là dessus, un arrière-plan culturel et social bien brossé. C'est une excellent surprise qui fait un tabac au Brésil.

vendredi 30 août 2019

Inception, Christopher Nolan

Christopher Nolan (21 août 2010)
Bien fait, scotchant, intelligent, quelques scène bluffantes, trop d'action (les "défenses" en font trop, ça fait basculer une idée intéressante dans une caricature façon Mission impossible). Des longueurs. Ellen Page (vue dans Juno) est superbe.
J'ai écrit ça ! Bizarre, j'ai été bien plus enthousiaste en le revoyant hier (au cinéma, bien sûr, en plein son et grand écran, c'est obligatoire). Je n'ai pas vraiment trouvé de longueurs (bon d'accord, un tout petit peu), et j'ai été complètement bluffée par l'intelligence du scénario, la virtuosité de la réalisation, et la splendeur des décors.
L'idée (et la conception) virtuose, c'est de pénétrer l'esprit d'autrui via le rêve pour y soutirer des secrets (genre espionnage industriel). C'est la spécialité de Cobb (Leonardo di Caprio) et son équipe. Jusqu'au jour où il va plus loin. Son donneur d'ordre (asiatique) veut circonscrire l'extension de l'empire Fischer. Cobb assure qu'il peut implanter une idée chez un sujet, en l'occurrence le fils Fischer, pour obtenir le comportement adéquat. Inception. Ce à quoi il s'emploie avec son équipe en créant le scénario de plusieurs niveaux de rêve, en fonction des résistances rencontrées. Avec le concours de l'architecte des décors (Ariane -Ellen Page). Plus on descend dans les niveaux de rêve, plus c'est complexe et dangereux évidemment, avec le risque de s'y perdre. Et le film ne va pas manquer de faire planer la menace, d'évoquer les fantômes et souvenirs de Cobb, et les frontières perméables entre rêve et réalité. Au point de s'y perdre. C'est du grand cinéma. 

lundi 26 août 2019

So long my son, Wang Xiaoshuai

Wang Xiaoshuai

C'est un maelström d'images, de moments, de références, d'émotions, et un fil continu d'humanité. De A à Z le film est à fleur de peau, de sensibilté, d'impression. De touche en touche, les personnages acquièrent densité, profondeur et humanité. Il y a des lieux clés (le barrage, l'appartement ouvrier, l'atelier) qui cristallisent les émotions, événements, souvenirs, et à force de voir et de revoir divers angles ou époques d'une scène, ou de multiplier les versions, ou les points de vue, à force d'avoir des regards différents selon les protagonistes, le film prend toute sa dimension.
En plus, c'est une formidable mine de renseignements sur l'évolution de la Chine des 30 dernières années, qui commence au moment où la Chine engage la politique de l'enfant unique et finit quand la spéculation immobilière enrichit les plus malins (ou simplement les plus avisés ; le film est tellement peu manichéen qu'on peut admettre que tout est possible chez tout un chacun, sans qu'il se soit forcément livré aux pires turpitudes ? Quoique. Le pouvoir et la réussite sociale sont toujours du même côté).
Le scénario (ou le montage, virtuose) est assez intelligent pour rendre les acteurs beaux, intéressants, émouvants, intelligents, et encore une fois, d'une formidable humanité, une valeur magnifiquement mise en scène (alors qu'elle semble absente du cinéma occidental, tout en noirceur, désespoir, amertume...) Bémol : ça change aussi de la plupart des films chinois que j'ai vus, qui montrent une société désespérante, gangrenée par l'avidité et l'argent.
Et puis c'est aussi une magnifique manière de parler de la filiation et du fait d'être père ou mère.
Bref, ce film est un chef d'œuvre

lundi 12 août 2019

Une Grande fille

Quelle déception. Pourquoi un film aussi léché, soigné et "annoncé" ne tient pas ses promesses ? Pourquoi le scénario s'étire-t-il en scrutant sans fin les visages de ces deux femmes complémentaires et antagonistes ? Le début est intéressant, avec cette mutique énigmatique, facilement tétanisée, qui s'occupe si bien de son petit garçon dans un univers dévasté par la guerre (les + ou - grands blessés à l'hôpital, le froid, la faim, la ville grise, l'appartement communautaire.) Iya intrigue.

Puis arrive Masha, on apprend peu à peu ce qui les lie, au delà des horreurs de la guerre, et l'étrange protocole de réparation qui se met en place : il faut que naisse un enfant pour des raisons à la fois claires et obscures : l'enfant comme réparation et reconnaissance de dette, et aussi le besoin qu'elles ont l'une de l'autre, à moins qu'il ne s'agisse de désir homosexuel non abouti. Le film détaille les péripéties pour arriver - ou pas - au résultat. C'est interminable, et l'idée même du film est suspecte : obliger une femme à lui faire un enfant ?


dimanche 11 août 2019

Fanny et Alexandre

Ingmar Bergman. Tout a été dit et redit, mais j'ai besoin de recenser l'incroyable richesse des images, des couleurs, des idées, des émotions qui peuplent ce film fleuve, construit comme une tragédie en 5 actes, comme le théâtre de l'existence, comme un concentré de vie familiale et théâtrale, où l'on regarde des personnes, des personnages, des tranches de vie, des scènes chorales ou intimistes, des morceaux de bravoure avec toujours cette acuité du regard de Bergman pour cerner ce qu'il y a d'intime, de profond, de non-dit, mais aussi tout ce qu'il peut y avoir de sadisme et de cruauté affichée ou sournoise dans les échanges des personnages. Sans qu'il y ait jamais rien de bavard. Ce sont des échanges intimes et vrais, ou trop pleins d'émotion, ou des affrontements percutants, des paroles au vitriol, et de la légèreté, principalement chez le personnage de la grand-mère, qui s'est affranchie par son âge des tourments de l'existence, mais a gardé la générosité d'être sensible à ceux des autres.
C'est aussi le monde de la magie et de l'illusion, de l'imaginaire et de la création, à la fois dans la vie de ce petit théâtre dont le directeur meurt subitement, et à travers le personnage d'Isaac, le vieux juif usurier, collectionneur et brocanteur, le vieil ami-amant de la grand-mère, qui souligne dans le film la dimension magique et mystérieuse de la vie. Les scènes et les décors de son magasin-caverne d'alibaba sont extraordinaires, notamment celle où Alexandre rencontre Ismaël, le "possédé".
Et bien sûr, s'il est question de la puissance de l'esprit et de l'imagination, le personnage d'Alexandre, supra-imaginatif et supra-sensible aux moindres ondes de ce qui l'entoure, et où l'on devine en filigrane la figure de Bergman enfant.
Le film commence par cette incroyable fête de Noël dans cet incroyable décor de maison opulente et théâtrale, avec tout le luxe et la sérénité que donne l'argent, et où l'on est littéralement inondé par la joie de cette fête familiale, affectueusement entourée des soins des servantes. Un époque et une ambiance d'antan, tout comme est perdu le monde des fêtes de l'enfance qui laissent une empreinte indélébile
Dans ce concentré d'émotions et de notations, dans cette profusion, cette opulence, Bergman raconte la générosité des personnages, et l'amour pour les acteurs, leur sensibilité, leurs débordements, leur posture sur le fil, à la frontière du rêve et de la réalité, du masque et de la vérité, du vrai et du faux semblant, du jeu et du drame. Un monde où la vérité porte plusieurs masques.
Bergman raconte alors comment l'univers soudain rétrécit et se glace, perd ses couleurs en basculant dans l'univers atroce de l'évêque, un univers où la vérité n'a qu'une figure, celle du Christ, et qu'une revendication, la pureté. Un monde totalitaire où la pensée doit être transparente, où la liberté de penser est une menace, l'imagination un vice. Dans ce monde, Alexandre devient forcément l'adversaire à soumettre. Le Malin.
Les personnages déroulent une magnifique galerie de caractères, à commencer par la grand'mère, pilier et référent de la famille, ses 3 fils (l'homme d'affaires et sa débonnaire épouse Alma, l'homme de théâtre et sa femme, la belle Emilie, mère de Fanny et Alexandre, l'horrible Carl, toujours fauché et amer, et sa pitoyable épouse), le monde des servantes, la vieille Esther, la délicieuse Maj... L'irruption de l'extraordinaire évêque et de sa maisonnée (famille et servantes), un monolithe de noirceur et de cruauté, n'en est que plus angoissante.
Il faudrait aussi parler des décors, des couleurs, des lumières... et détailler chaque scène pour raconter l'incroyable richesse de ce film incroyable : beau, prenant, émouvant, merveilleux, angoissant, touchant, léger, profond.

lundi 5 août 2019

Les Faussaires

Marielle Heller. On hésite à trouver le personnage répugnant ou attachant : Lee Israël (Melissa McCarthy) est une bientôt vieille femme alcoolique, moche, mal attifée, négligée voire sale, dans son appartement crasseux. Elle fait de  lamentables tentatives pour continuer à exister dans l'édition, monde où elle a été en grâce pour ses biographies mais où elle est en train de perdre tout crédit. D'autant plus sûrement qu'elle piétine éhontément les codes et usages du système. Moins on l'aime, moins elle se rend aimable.
Donc elle est financièrement aux abois, et trouve une combine lucrative pour survivre, avec son pote Jack Jack, homosexuel drôle, solitaire et fauché. Regard caustique sur une société où les losers sont condamnés. Pas mal, dans un genre assez mordant.

mardi 2 juillet 2019

Le Daim, Quentin Dupieux

Quentin Dupieux. Un ovni, avec Jean Dujardin. Difficile de dire pourquoi j'ai bien aimé cette obscure et improbable dérive dans un paysage montagne où rien ne ressemble à rien, ni l'histoire, s'il y en a une, ni les personnages, ni le fil (à peine) conducteur.

vendredi 28 juin 2019

La Femme de mon frère

Monia Chokri. Bruyant, bavard, sans intérêt. Encore une fois victime de la critique positive qui s'enthousisme pour quoi d'ailleurs ? la réalisatrice (parce qu'elle a travaillé avec xavier Dolan?), pour l'actrice (insupportable) qui ne supporte pas que son frère (ait une femme ?) j'ai déjà oublié où était le problème, à part que c'était effroyablement long, voire exaspérant.

vendredi 21 juin 2019

Parasites (et autres)

PARASITES, Bong Joon-ho, coréen,  Palme d'or à Cannes, tout le monde à écrit partout l'excellente comédie noire qu'est cette confrontation riches-pauvres. Ou comment une famille de sous-produits de la société s'infiltre dans le monde lisse d'une famille de très riches. Un humour décapant, c'est drôle et horrible.

ZOMBI CHILD : d'après l'histoire vraie d'une zombification à Haïti. A travers l'histoire de la petite fille du zombifié avec ses copines au pensionnat de la Légion d'honneur à Saint-Denis. Étrange, intéressant, des longueurs, une ambiance.

SYBIL : une psychanalyste aux prises avec le démon de l'écriture casse tous les codes du métier en se laissant embarquer dans l'histoire tordue de sa patiente, actrice aux prises avec ses ambitions professionnelles, son amant, qui est aussi celui de la réalisatrice du film où elle joue, un début de grossesse... Entre identification (souvenirs d'une passion ancienne) et vampirisation pour l'écriture de son roman, Sybil déconne sérieusement. Dommage que le film s'égare un peu dans des diverticules parasites. La partie à Stromboli est la plus réussie.

NEVADA, film un peu prévisible sur la réhabilitation de prisonniers par un programme de dressage de chevaux sauvages. Pas mal

dimanche 26 mai 2019

Douleur et gloire

Pedro Almodovar. Un film touchant d'humanité et de profondeur, avec l'adoucissement que l'âge apporte au regard sur sa vie, l'indulgence et le recul que permet la maturité. L'auteur peut ainsi revisiter des pans de sa vie, porter un nouveau regard sur son oeuvre, sur sa relation aux autres et au monde. Il mêle avec subtilité les scènes de son enfance, irradiant d'évidence et de simplicité, et dont émane une beauté lumineuse. Tout comme la beauté de sa mère, pivot de l'existence et référence de la plénitude. La grotte où habite cette famille pauvre devient un lieu quasi magique, où se tisse le cocon familial. Le garçonnet est intelligent et lecteur, sa mère sait qu'il doit échapper à l'abrutissement du travail des pauvres, donc aller au séminaire, lui se méfie, devine qu'il sera chassé de la plénitude de l'enfance. Ce n'est qu'un exemple, en quelques images, et 2ou 3 répliques, on perçoit la cruelle nécessité de cette séparation d'avec son monde qui fera de lui l'adulte qu'il est devenu.
Dans son présent de solitude voulue et de corps douloureux et vieillissant, divers personnages reviennent de son passé, il les revoit à la lumière de leurs présents respectifs. Ces rencontres ont la saveur des routes séparées qui se recroisent avec une indulgence, une tendresse et une saveur nouvelles. C'est un très beau film de maturité, voire de "seniorité". Avec l'exceptionnel Antonio Banderas (et tous ses acteurs magnifiques).

jeudi 23 mai 2019

Hem. Mon enthousiasme pour La Flor 3 et surtout La Flor 4 a nettement faibli. Ça devient un film de plus en plus à la dérive, témoin (dernier épisode -le 6-  film4 ) ces prisonnières qui marchent infiniment pour échapper au désert, où elles ont été retenues 10 ans, avec une image brouillée dégradée, une sorte de film expérimental qui aurait été tourné il y a 100 ans, pour en venir finalement à ce générique défilant plus de 10 minutes sur une image à l'envers (sur une musique captivante certes). L'épisode 5 (partie de campagne ?), bof.
Dans le film 3, le tout début, en forme d'histoire d'amour muette entre espions, garde un peu de la saveur nostalgique et déroutante de cette œuvre inclassable. La suite de l'histoire des espionnes se noie un peu dans l'immensité (siberienne) comme un requiem pour les films l'espionnage à l'ancienne.
Bref, c'est long.

lundi 13 mai 2019

La Flor 1 et 2

https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/08/09/la-flor-dinguerie-labyrinthique_5340755_3476.html

Mariano Llinas
C'est tout comme il a dit, le critique. (Et pourtant, on se demande parfois où ils vont chercher leur satisfecit quand ils se mettent à encenser des films nuls). Un film magique, donc, poétique, foisonnant, envoûtant, qui opère comme une drogue. On en veut encore et encore de cette floraison infinie d'images, d'idées, de poésie sans fin ( au fait on pourrait penser au magique Poésie sin fin de Jodorowski). Des scènes d'une beauté inouïe, par exemple quand le prisonnier rêve en scrutant le ciel, l'immeuble Casterman la nuit (haha, ce cher Tintin), les images de la jungle dans le récit de la Niña... On peut pas tout retenir, il y a tellement de plans sublimes, de poésie, ou de vacuité, ou de densité, et de distance amusée. Il galope sur tous les registres avec une virtuosité de compositeur, la musique d'ailleurs, fait partie intégrante du film, non seulement dans le sublime (! Encore) épisode du couple de chanteurs et son ambiance noire et intense, tragique et désespérée, avec l'hyperviolence d'un couple qui se déchire. Là, ça fait cliché, alors qu'il n'y en a pas un atome. C'est juste magique et tragique. Bref j'en suis qu'à l'épisode 2, les espionnes (complètement)  barrées dans une histoire abracadabrantesque, pleine de tiroirs et de ressorts,  j'attends la séance 3 avec impatience (demain) avec la fin de cet épisode échevelé. Et évidemment les 4 actrices qu'on aime de plus en plus.  Belles ou pas, selon les plans, intéressantes, toujours, captivantes, de plus en plus.
Quant au 1er épisode ( la momie) disons qu'il sert de préambule, pour donner le ton d'un film inclassable, puissant et magique. Vivement demain

jeudi 2 mai 2019

Gloria Bell vs Gloria

Sébastien Lelio. J'ai peine à croire que ce soit le même réalisateur qui ait tourné ce film. Autant le Gloria chilien montrait une femme complexe, pleine de charme, de vitalité, de soif de vivre, de légèreté, autant celui ci est pesant, lourdingue, ennuyeux. Une femme banale, une vie banale, une histoire banale, et rien dans le film qui donne une étincelle à tout ça. Non qu'il faille des personnages exceptionnels pour faire de bons films, l'autre Gloria aussi était une femme ordinaire, sauf que "ça" marchait. Le film communiquait quelque chose de vibrant. C'était une Gloria qu'on avait envie de rencontrer. Alors que l'américaine est terriblement barbante. Quelle soit mère, femme, ex-épouse, maîtresse, grand-mère, elle reste un énorme cliché plaqué dans une succession de scènes horriblement prévisibles . Résultat, un film interminable, où il ne se passe rien que de très convenu.
Et bizarrement, les critiques sont plutôt bonnes.


Gloria (2014) : portrait juste d'une femme seule, âgée, intelligente et sympathique (Paulina Garcia) qui prend ce que la vie peut encore lui offrir. Le quotidien, les réunions de famille, les enfants, le dancing, éventuellement l'amour. C'est fait avec finesse et empathie.