samedi 29 août 2026

L'inconnue

Arthur Harari. J'ai bien aimé me laisser captiver par cette histoire dérangeante, cette ambiance déroutante, cette quête et enquête sur Je est un autre. Ce film fait scruter les visages, les ambiances, les indices, les fausses pistes, le vertige de  l'inconnu dans le familier, c'est une belle dérive dans le doute. Peut on vivre dans la peau d'un autre.

Au départ, David a des problèmes d'identité (malaise, voir mal-être social, corps furtif, visage émacié, regard fuyant), il ne vit que dans la photo, son regard sur les autres (mariages etc) et son regard sur les choses qui disparaissent (les banlieues avant/après. Où d'ailleurs il poursuit le travail d'un autre, son papa). Bref, il zone dans la vie sauf quand il se laisse captiver par... quelque chose qui fuit, en l'occurrence une mystérieuse inconnue, entrevue dans une réception champêtre. 

Quand "la chose" arrive, sorte de transsubstantiation païenne dans une fête délirante, pleine de bruit, de fureur et de masques (qui en prennent plein la gueule au sens propre : éclater la piñata) où il a avalé une petite pilule, il tombe sur cette mystérieuse inconnue, ou c'est peut-être elle qui lui tombe dessus et il devient elle et vice versa. Elle, c'est le corps archi plein et triomphant (Léa Seydoux après sa maternité) que ce personnage furtif se met à habiter. Vertige. D'autres péripéties, une nouvelle victime de "la chose" (vampire, alien, capteur d'âmes...) et de nouvelles divagations pour cerner le mystère qui n'en finit pas de s'épaissir de fausses pistes en chausse-trapes. On sort de là légèrement ébahi (pince-moi, je rêve) avec une durable impression de vertige.  

jeudi 27 août 2026

Plumes du paradis

 Et ça, bien sûr : je n'étais pas du tout attirée,  belle surprise, c'est passionnant sur plein d'aspects évoqués par l'exposition, la réalité ornithologique, la valeurs symbolique des parures, la dérive commerciale jusqu'aux froufrous et fanfreluches de la Belle-Epoque puis les prises de conscience modernes (pillage éhonté et désastre écologique)

https://m.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/plumes-du-paradis


dimanche 23 août 2026

Soudain : drive my "care"

 Ryusuke Hamaguchi. Marie-Lou, directrice d’Ehpad, défend l’humanitude, un concept du « care »  fondé sur le regard, le toucher, la parole, la verticalité (concept magnifique dont je n’aime pas le nom). Mais ce qui semble évident sur le principe ne l’est pas dans la pratique, notamment par manque de personnel, manque de moyens et manque de formation à l’humanitude et résistance d’une partie des soignants. Marie-Lou est au bord du burn-out... quand elle rencontre la Japonaise Mari (sa mise en scène d'une pièce sur l’antipsychiatrie et l’ouverture de l’Institution sur l’extérieur). Naissance d'une amitié soudaine et exceptionnelle, une vraie relation entre deux âmes et une rencontre qui soudain pourrait, à la lumière de ces deux femmes, rendre possible l’impossible : l’application de l’humanitude dans l’Ehpad et d’une nouvelle intention dans le soin, brouillant la frontière intérieur/extérieur.
De belles séquences d’application : verticalité et marche dans l’herbe, amalgame de toucher-sentir avec les vieux et les soignants en pelote dans l’herbe en train de se masser les pieds, les siestes dos à dos…

Beaucoup de tendresse et d’humanité, une belle dimension sur le fil et au fil du temps, une belle captation des échanges entre deux âmes accordées et en roue libre. C’est un beau film profond, intelligent et intéressant avec deux actrices exceptionnelles et de très beaux moments. Mais pour une raison obscure, la magie n’opère pas comme elle opérait dans le captivant Drive my car. Des longueurs dans la démonstration. Mais l’intention est belle et on a envie d’appliquer et de croire qu'on pourrait se donner les moyens. 

lundi 17 août 2026

Un Grand raccourci

Un film plein de drôlerie et de légèreté qui raconter les aléa de l'entrée dans l'âge adulte dans un monde rural sans perspectives. A moins d'en inventer. Dans chaque paire (deux cousins d'un côté, deux copines de l'autre) il y en a un pour embarquer l'autre dans un projet douteux. Il y a Corentin, improvisé dératisateur, d'un optimisme arnaqueur désarmant, et son cousin dont l'amitié indéfectible peine à modérer les foireuses ardeurs dudit Corentin, il y a Louise, délicieuse "conseillère funéraire" de 23 ans, merveilleusement empruntée et timide dans le concours de Miss locale où l'a catapultée son entreprenante copine. La justesse du film, c'est l'enchaînement de situations cocasses où personne n'est vraiment à sa place. Et comment, en décalage avec le réel ou en porte-à-faux avec eux-mêmes, ils cafouillent dans des projets improbables jusqu'à ce que ce réel, justement, les rattrape. Un Grand raccourci est un sans faute pour raconter aimablement la bancalité et la précarité de la sortie d'adolescence, comme un brouillonnement juvénile qui vise n'importe quoi, mais quelque chose. A la différence du père et oncle, restaurateur aussi vieillissant que son restaurant. Il galère, lui aussi, mais comme un vieux, à un stade où il vise le rien de la retraite. Il y a aussi, support à ces mésaventures cocasses, la peinture d'un monde rural deshérité où l'instinct de survie pousse à aller voir s'il peut y avoir une solution ailleurs. Même si on en vient à douter qu'un train arrive jamais dans une gare aussi abandonnée.

dimanche 16 août 2026

 Qu'est-ce que j'ai vu - et oublié- depuis février 2026 ? 

***The Last Viking, Anders Thomas Jensen : quand le grand frère Anker (Nikolaj Lie Kaas) sort de prison, il veut mettre la main sur le butin d'un casse, confié il y a 15 ans à son petit frère Manfred (Mads Mikkelsen). Sauf que Manfred est un peu barge depuis l'enfance. Difficile de lui arracher une vérité qu'il ne connaît peut-être même plus, d'autant plus qu'il se prend pour John Lennon. Entretemps, une brute affreuse, complice d'antan, veut piquer l'introuvable magot. De péripéties en rebondissements, une collection d'improbables personnages se retrouvent dans l'ancienne maison familiale avec l'objectif avoué de reconstituer le groupe des Beatles et celui sous-jacent, de récupérer le butin, et peut-être la mémoire. C'est très bien mené, déjanté, enlevé, loufoque : une comédie absurde et cruelle qui recouvre une réalité d'un pessimisme noir.


***Le Garçon qui faisait danser les collines, Georgi Unkovski. Ahmet, un grand adolescent, arraché au lycée parce que son père veuf a besoin de lui pour garder les moutons. Il a un petit frère étrangement muet et collant et un père rude; ça se passe au milieu de nulle part (les montagnes de Macédoine). Ce qui fait vibrer Ahmet, c'est la musique, électronique de préférence, et sa jeune voisine, d'une famille riche du village et récemment revenue d'Allemagne pour un mariage arrangé. La musique, c'est aussi ce qui occupe la jeune fille, qui répète en cachette une "choré" avec ses 4 copines du village pour un concours local. Ahmet observe, arrive à se rapprocher timidement de la jeune fille, notamment pour lui permettre de jouer la musique de sa choré. Quelques épisodes savoureux de mouton égaré, de découverte d'une "rave", de muezzin qui cafouille en voulant sonoriser le minaret... et de scandale au village. Le film progresse avec justesse pour exposer la connivence timide entre deux jeunes, incompatibles par leurs milieux mais quand même capables d'une amitié complice : le monde des jeunes modernes en butte à la tradition rurale, à la famille, aux "vieux". C'est délicat, sensible, sans caricature, et touchant. (Le Monde livre une critique injuste et assassine de ce film)


***La Bataille De Gaulle 1&2, Antonin Baudry : tout a été dit sur ces deux films, c'est très bien fait, documenté et intéressant, j'ai appris plein de choses.


***L'Aventure rêvée, Valeska Grisebach : le monde étonnant des confins, aux frontières de l'Europe, un monde de l'entre-deux où l'ordre et la loi n'ont plus vraiment cours. De drôles de personnages cabossés, des tranches de passé troubles, des trafics en tous genres, et une figure mâle dominante, celle du mafieux et de ses sbires. Sauf qu'en face, il y a Veska, femme puissante (et actrice inconnue, Yana Radeva), archéologue de son état, et Saïd, qui se fait voler sa voiture : troisième figure dominante, mais à sa manière, comme en sourdine, puisqu'il disparaît longuement de la circulation, le temps que Veska se distraie de son chantier de fouilles pour fouiller son passé et régler quelques comptes ou redresser quelques torts. D'un passé commun à ces trois personnages émergent des résonances comme restées en suspens jusqu'à l'heure de leur régler leurs comptes pour aller de l'avant. C'est un beau film puissant et dépaysant, avec un univers et des personnages marquants (mais hélas des longueurs dans les 2h44 que dure le film).


***André is an idiot, Anthony Benna : si seulement il avait fait, comme il se doit, sa coloscopie en temps utile, il n'en serait pas au stade 4 de son cancer, devenu métastatique et incurable. André décide donc de faire le film de sa vie et de sa maladie jusqu'à sa mort, principalement pour le parti d'en rire, et aussi pour convaincre d'autres idiots de prendre soin d'eux quand il en est encore temps . On découvre un personnage attachant, irrévérencieux et farceur, comment il rencontre sa femme, construit sa vie et son métier, puis passe par toutes les étapes de son cancer. Il y déploie une drôlerie et un humour infaillible, le refus de s'apitoyer sur son sort et la profonde humanité d'un personnage et d'une famille attachante. Un formidable pub pour le dépistage du cancer colorectal.


***Le Héros de Berlin, Wolfgang Becker : aimable film sur un propriétaire de video-club plutôt amorphe, au bord de la faillite en sa boutique, jusqu'au moment où son passé d'ex-employé des chemins de fer en ex-RDA le rattrape, ou plutôt une version augmentée de ce passé : à l'occasion de l'anniversaire de la Chute du mur, un journaliste le propulse en héros, celui qui aurait trafiqué un aiguillage pour permettre à un S-Bahnn (metro) de Berlin-est de passer à l'ouest. De mensonges en semi-vérités, l'affaire s'emballe, la télé s'en mêle, le héros n'en peut mais... l'histoire est rondement menée, c'est drôle et très distrayant.

 **La Corde au cou , Gus van Sant, une histoire vraie, Allociné : Tony Kiritsis, ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire... Bien vu, haletant.   

**La baleine et le musicien, Valentin Paoli : des navigateurs ont envoyé au compositeur Rone des films montrant que les dauphins et cétacés ont un comportement spécial quand ils diffusent sa musique, comme s'ils étaient attirés. Le compositeur embarque donc à La Réunion avec son matériel et la complicité de spécialistes (navigation, plongée, baleines) pour  tenter d’établir un dialogue musical en pleine mer avec une baleine à bosse. Assez captivant et émouvant. La démarche est intéressante et la passion du musicien convaincante, communicative et touchante. 

Juillet-août 

**De la Comédie Française, comédie charmante et enlevée pour décrire les grandeurs et misères de la fameuse troupe. Agréable et distrayant. 

**L'Odyssée, Christopher Nolan, du grand spectacle là où il faut comme il faut (à part le look de Charlize Theron en Calypso, comme échappée d'un resort 4* en Grèce, à part l'interminable scène finale où Ulysse dégomme les prétendants et où Antinoos -Robert Pattinson- n'en finit pas de démontrer qu'il est un vilain gros lâche). On regarde tout ça avec une curiosité épatée, ça ne manque pas d'emphase, mais il manque l'émotion, le merveilleux et la magie que suscitaient les aventures d'Ulysse racontées autrefois. Trop grand spectacle ? 

**Blue Heron, Sophy Romvari : le film commence au nième déménagement d'une famille, comme une tentative de soustraire leur fils aîné -et eux-mêmes - à la lourdeur de ses antécédents, comme un nouveau départ. Mais l'adolescent quasi mutique continue les infractions aux codes de la famille, de l'école, de la sociabilité. Apparemment étanche aux attentions et inquiétudes des parents aimants et déroutés, comme au malaise de la fratrie, comme aux innombrables consultations pédopsychiatriques et autres... En forme de résurgences des souvenirs et impressions de la petite sœur, le film raconte très bien l'impuissance et le désespoir d'une famille aimante menacée de décomposition à travers celle de l'adolescent étrange, parfois violent, toujours insondable, qui se met en péril et sa famille avec lui. Sans issue et flippant.

**Le Triangle d'Or, Hélène Rosselet-Ruiz : un hôtel particulier très clos au luxe effréné et cameras de surveillance omni-présentes, abrite la sublime Souria, objet de tous ces privilèges : elle est la maîtresse choyée d'un émir saoudien, étanche à ce qui n'est pas son univers et aveugle à ce qui cloche dans ce huis-clos. Elle se voit en presque deuxième épouse, selon les promesses de son amant. Laura, embauchée au service de Souria, dévoile, au gré de son service, tout ce qui cloche dans la prison dorée. 

*Backrooms, Kane Parsons : un marchand de meubles, architecte raté,  découvre un étrange univers labyrinthique derrière une porte du sous-sol de son magasin. C'est flippant comme un mauvais rêve, il y a à l'évidence une menace dont on croit comprendre la teneur à la fin, mais l'entre-deux, où il n'en finit pas d'explorer son univers, est terriblement lent et ennuyeux.

samedi 15 août 2026

Kwame Akoto

My friend the bushman


Les yeux d'un homme sont dans sa tête 



 Kwame Akoto est à la tête de Almighty God Art Works, l’un des plus importants ateliers de peintres d'enseignes de Kumasi, au Ghana. Remarquable exposition au Musée de Quai Branly :

https://m.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/kwame-akoto

L'atelier est à un carrefour plein de garages, donc les automobilistes et chauffeurs routiers sont nombreux à vouloir décorer leur voiture ou camion. Sinon, ses tableaux parlent de tout : dieu ou le diable, prévention routière, dangers du tabac, sagesse populaire... C’est foisonnant et debridé, réjouissant de vitalité créatrice. 

mercredi 25 février 2026

The Mastermind, Kelly Reichardt : ironie du titre, il s'agit d'un médiocre qui s'imagine qu'un casse va le remettre à flot et restaurer l'image de loser qui l'affecte aussi bien que sa famille. Un type qui traîne en caleçon chez lui en faisant miroiter des projets de travail alors qu'il prépare le casse de l'année (pas du siècle). Pendant ce temps, sa femme bosse et assure. Sauf que le réel est plus coriace, brutal et résistant que ne peut l'imaginer ou l'encaisser ce minable qui se révèle de plus en plus "pauvre type" au fil de l'histoire. Le filme se déroule en 1970, l'image un peu crasseuse est en tonalité d'époque, on voit passer une Amérique moyenne, banale, pas celle du rêve américain. Le musée est moyen, les maisons moyennes, les banlieues quelconques et ses complices aussi minables que lui, en pire. On voit aussi passer en arrière-plan la guerre du Vietnam, (télé, manifestations, évocation des réfractaires qui passent au Canada...) une réalité à laquelle il est étanche.  L'ambiance est intéressante, intéressante aussi l'idée de prendre le contre-pied du film de braquage, mais certaines scènes sont exaspérantes de lenteur, quand elles sont filmées sans ellipse, comme en temps réel (par ex l'exaspérante scène de l'échelle et du fenil). 

Marty Supreme,  Josh Safdie : film survitaminé, conduit à 100 à l'heure pour décrire les contorsions frénétiques de Marty Mauser, surdoué du ping-pong qui veut à tout prix participer au top des championnats internationaux. On se laisse prendre au jeu avec un mélange de stupéfaction et de répulsion pour  cet arriviste au bagout intarissable, jamais en reste de manipulations, bassesses et trahisons. Rebondissements en cascade, scènes choc etc, ça fait un bon film, mais pas "le" grand film annoncé à grands coups de promo et critiques. 

Palestine 36, Annemarie Jacir : sur fond de colonisation britannique et d'implantations juives, le film raconte les germes du conflit (avec aussi des images d'archives) à travers l’histoire d’une révolte palestinienne ( grève de 36) et d’un village palestinien.  Désespérant. 

Un Monde fragile et merveilleux, Cyril Aris : un long cours tendre et désenchanté, ou comment une histoire d'amour peut-elle, ou pas, survivre au Liban. Personnages justes et attachants, à la limite de la fracture, dans un monde chaotique.

Alter ego,  Ne pas confondre performance d'acteur (Laurent Laffitte est excellent) et qualité d'un film survendu. Tout le monde semble adorer ce film sur le double : c'est convenu et plein de facilités, sauf le dernier 1/4 d'heure où enfin ça déménage. 

Victor comme tout le monde : convenable mais transparent

mardi 24 février 2026

Les Voyages de Tereza = O Último Azul Gabriel Mascaro : délicieuse et horrible histoire d'une vieille femme de 77 ans qui veut échapper à la "Colonie" et à l'avenir radieux qui y est promis aux plus de 75 ans. Ça se passe au Brésil, dans un futur plausible. Atmosphère de traque "soft", flicage et délation pour que personne ne passe entre les mailles du filet. Mais Teresa a du ressort et s'y emploie, enchaînant les "voyages" au fil du fleuve amazonien et les rencontre de marginaux et autres libertaires qui se tiennent en marge de l'ordre et de ses injonctions. Autant d'expériences qui l'ouvrent au monde et l'éloignent de ce destin. Tereza et ce petit vent de subversion qui l'anime sont très attachants. Ainsi que les personnages et paysages de cet étonnant voyage.

dimanche 22 février 2026

Kimmo Pohjonen

 Kimmo Pohjonen : son accordéon casse les clichés, avec en décor la tapisserie Roots, de Kustaa Saksi

En concert à l'Institut Finlandais


samedi 21 février 2026

Films en janvier - février

Les Echos du passé, Mascha Schilinski :
Aïe, gros morceau difficile à commenter parce que c'est riche, ambitieux, obscur et complexe. Et glauque. 4 générations de femmes dans une même ferme sur une petite centaine d'années. Des tranches de vécu/ressenti dans une temporalité fluctuante, on passe volontiers d'une époque à l'autre. Echos du passé. Il est question de la rudesse du monde paysan, de patriarcat, de brutalité, d'inceste, de désir féminin, ou pas, de la violence des hommes (et des femmes), de la mort, de l'enfance, surtout du regard de l'enfant -principalement la géniale petite fille du 1er temps qui interroge le monde et un tas de thèmes abordés principalement sous son regard (le suicide, la mort, le sexe, la guerre...). C'est toujours pointu, intense, jamais bavard, mais c'est labyrinthique et trop long, on s'y ennuie et on s'y perd, rétrospectivement je retiens que c'est quand même ambitieux, intéressant et sinistre.

Los Tigres, Alberto Rodriguez : une histoire de plongeurs de père en fils/fille employés/exploités pour la maintenance des cargos. On découvre le rude monde des plongeurs, vrais OS de la mer et une sombre histoire de détournement de la drogue embarquée dans la coque des cargos. Pas mal dans le genre plombant.

Eleonora Duse : la Sarah Bernard italienne vieillissante et en fin de parcours au moment de l’essor du fascisme mussolinien. Pas mal.

Le Chant des forêts : tout le monde en a dit le plus grand bien, moi aussi.

Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas : pour regarder avec horreur, délices et effroi les rouages et turpitudes du Kremlin.

🎩Au non du père : au théâtre, excellente et touchante  histoire de bâtarde, subtilement mise en route par Ahmed Madani (le catalyseur) puis délicieusement mise en scène par le même : la jeune femme, Anissa, revisite toute son histoire depuis que son père a refusé sa naissance. C'est fin, touchant, intelligent et très plaisant à regarder.

Fevrier 

Le Chasseur de baleines, Philipp Yuryev : Tout au bout de la Russie, en face de l'Alaska, on chasse la baleine. De manière artisanale. C'est ce que fait Leshka. Sinon, rien, rien à faire.  A part se saouler avec son copain et fantasmer sur les belles filles des sites spécialisés. Le miracle internet. Le benêt se lance donc de toute son âme à la poursuite de son rêve, la belle porno-girl dont il est amoureux. Sauf qu'entre lui et la réalité virtuelle de la fille, il y a le détroit de Bering. Le seul obstacle, parmi d'autres, qu'il arrive à peu près à calculer. D'où le récit touchant de cette quête absurde au milieu de nulle part, racontée avec la bienveillance qu'on doit aux adolescents trop puceaux et trop naïfs. Avec en toile de fond l'implacable nature sibérienne. 

La Reconquista, Jonás Trueba. Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent 15 ans après l'adolescence, époque de leurs premières amours. Ils passent la nuit à déambuler à Madrid, revivre ce qui aurait pu être. Joli film 

Grand ciel, Akihiro Hata : une drôle d'histoire de gros chantier de BTP avec son lot de travailleurs sans-papiers et immigrés. Une sombre histoire de disparition mystérieuse au 5 ou 6ème sous-sol du chantier. Des suspicions de malfaçon, à moins qu'une présence obscure et malfaisante soit à l'œuvre ? Le film ne tranche pas, laisse planer le mystère mâtiné des injonctions des chefs qui veulent que ça avance, des réticences des ouvriers qui sentent qu'ils se font avoir, et des contradictions et culpabilités du contre-maître fraîchement promu au détriment du collègue fouteur de merde. Pas mal, mais pas vraiment abouti, cet obscur mystère reste non élucidé au milieu de forces en présence plutôt prévisibles; 

Aucun autre choix, Park Chan-Wook : joyeuse comédie d'une parfaite noirceur sur un sujet on ne peut plus sombre : licenciement expéditif, je m'en foutisme social et humain des dirigeants, vie de cadre prospère sauvagement balayée, tout fout le camp, sauf que le chômeur va déployer des trésors de stratégie pour se débarrasser des concurrents sur le marché du travail. Le sujet est grave, le film est comique et caustique et ne lésine pas sur les gags et rebondissements douteux. Pourquoi bouder son plaisir, c'est rythmé (à part quelques longueurs) et on sort de là avec un grand sourire d'immoralité triomphante même si le "happy end" est désespérant. 

Le Gâteau du président, Hasan Hadi : pauvre parmi les pauvres, Lamia a eu le malheur d'être tirée au sort pour avoir l'honneur de faire le gâteau du président. C'est la tradition dans les écoles pour célébrer l'anniversaire du Raïs. En accompagnant la petite paysanne sortie de sa campagne pour aller à la ville rassembler les ingrédients nécessaires, le film explore le regard de l'enfance en train de découvrir le monde des adultes. Ils sont égoïstes et sournois, au mieux, ou malfaisants et vicieux, sauf exception. Le village flottant, le pays et la ville sont merveilleusement filmés, les scènes sont sobres, intenses sans pathos et la petite fille est scotchante de justesse et de profondeur. Bienvenue au pays de Saddam Hussein et de l'innocence bafouée. 


lundi 2 février 2026

Dreams

 Il rêve de danser aux États-Unis, elle est passionnée par son amant bandant. Ils baisent donc divinement et passionnément, sauf que Jennifer n'envisage pas d’afficher cette liaison avec son sextoy. D'un côté, les misères du pov clandestin sans papiers, de l'autre, la riche bienfaitrice des arts et de la création en son milieu. Le film décrit longuement et platement les deux faces de ces existences ainsi que la relation érotique qui les lie. A condition que le jeune homme reste à sa place. C’est là que la femme de pouvoir se révèle, quand madame trouve une solution pour garder son amant à sa botte et c'est là que le film devient cruel et intéressant. Mais cest le dernier 1/4 d’heure. Jusque là, tout était plat, long et prévisible avec pour se distraire le joli corps du jeune homme et la somptueuse garde-robe de madame. 

 

vendredi 30 janvier 2026

Hamnet

 Hamnet, Chloé Zhao : boursoufflé et lourdingue, centré sur le personnage féminin d'Agnès (il faudrait consacrer une page au portrait qu’en propose le film : elle est indépendante, elle est nature, elle est intense, elle est vaguement sorcière (fille de, mais le thème n'est qu'esquissé)  elle connaît la forêt et les plantes, elle préfère accoucher sauvagement, réfugiée seule dans la forêt qui est son élément -c'est pénible- mais ça doit être une apologie de la femme puissante "fille de la nature". Quand son fils est attaqué par la peste, elle le couvre de baisers en glapissant absurdement que tout va bien maman est là. Mais non, idiote, tout va mal et le gamin meurt quand même. Entretemps, elle a vécu avec Shakespeare (auteur de ses trois enfants) une intense fusion amoureuse mais William, happé par son génie créatif, doit impérativement aller cultiver son art à Londres. Madame reste à Stratford avec les enfants, dont le fameux Hamnet. Allers-retours du géniteur, frustration et manquements, elle souffre, elle patiente, elle endure, il n'est même pas là au décès d'Hamnet, même s'il a fait tout son possible 💣 elle souffre, elle est colère mais oh surprise, Shakespeare expiera ses manquements par la création de son chef d'œuvre Hamlet. Et Agnès, toute tourneboulée, à moité vautrée sur l'avant-scène, se livre encore à une scène bruyante et pénible. J'ai oublié la teneur, mais grosso modo, elle comprend la sublimation du malheur opérée par Shakespeare, elle pardonne et elle aime, tout ça en braillant d'amour/ hennissant d'émotion. Comme s'il n'y avait que cette histoire familiale dans Hamlet ! Pfff tout ça pèse trois tonnes : c'est insupportable. Il paraît que c'est tiré d'un bon livre.

Rêveries de pierres

Exposition « Rêveries de pierres :
Poésie et minéraux de Roger Caillois » 




https://www.lecolevancleefarpels.com/fr/fr/exhibition/exposition-reveries-de-pierres-poesie-et-mineraux-de-roger-caillois#4dfd2a142d36
 

mardi 27 janvier 2026

Otobong Nkanga

 Découverte d'une superbe artiste nigériane multi-pass 






https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-otobong-nkanga