Aïe, gros morceau difficile à commenter parce que c'est riche, ambitieux, obscur et complexe. Et glauque. 4 générations de femmes dans une même ferme sur une petite centaine d'années. Des tranches de vécu/ressenti dans une temporalité fluctuante, on passe volontiers d'une époque à l'autre. Echos du passé. Il est question de la rudesse du monde paysan, de patriarcat, de brutalité, d'inceste, de désir féminin, ou pas, de la violence des hommes (et des femmes), de la mort, de l'enfance, surtout du regard de l'enfant -principalement la géniale petite fille du 1er temps qui interroge le monde et un tas de thèmes abordés principalement sous son regard (le suicide, la mort, le sexe, la guerre...). C'est toujours pointu, intense, mais c'est labyrinthique et trop long, on s'y ennuie et on s'y perd, rétrospectivement je retiens que c'est quand même ambitieux, intéressant et sinistre.
Los Tigres, Alberto Rodriguez : une histoire de plongeurs de père en fils/fille employés/exploités pour la maintenance des cargos. On découvre le rude monde des plongeurs, vrais OS de la mer et une sombre histoire de détournement de la drogue embarquée dans la coque des cargos. Pas mal dans le genre plombant.
Eleonora Duse : la Sarah Bernard italienne vieillissante et en fin de parcours au moment de l’essor du fascisme mussolinien. Pas mal.
Le Chant des forêts : tout le monde en a dit le plus grand bien, moi aussi.
Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas : pour regarder avec horreur, délices et effroi les rouages et turpitudes du Kremlin.
🎩Au non du père : au théâtre, excellente et touchante histoire de bâtarde, subtilement mise en route par Ahmed Madani (le catalyseur) puis délicieusement mise en scène par le même : la jeune femme, Anissa, revisite toute son histoire depuis que son père a refusé sa naissance. C'est fin, touchant, intelligent et très plaisant à regarder.
Fevrier
Le Chasseur de baleines, Philipp Yuryev : Tout au bout de la Russie, en face de l'Alaska, on chasse la baleine. De manière artisanale. C'est ce que fait Leshka. Sinon, rien, rien à faire. A part se saouler avec son copain et fantasmer sur les belles filles des sites spécialisés. Le miracle internet. Le benêt se lance donc de toute son âme à la poursuite de son rêve, la belle porno-girl dont il est amoureux. Sauf qu'entre lui et la réalité virtuelle de la fille, il y a le détroit de Bering. Le seul obstacle, parmi d'autres, qu'il arrive à peu près à calculer. D'où le récit touchant de cette quête absurde au milieu de nulle part, racontée avec la bienveillance qu'on doit aux adolescents trop puceaux et trop naïfs. Avec en toile de fond l'implacable nature sibérienne.
La Reconquista, Jonás Trueba. Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent 15 ans après l'adolescence, époque de leurs premières amours. Ils passent la nuit à déambuler à Madrid, revivre ce qui aurait pu être. Joli film
Grand ciel, Akihiro Hata : une drôle d'histoire de gros chantier de BTP avec son lot de travailleurs sans-papiers et immigrés. Une sombre histoire de disparition mystérieuse au 5 ou 6ème sous-sol du chantier. Des suspicions de malfaçon, à moins qu'une présence obscure et malfaisante soit à l'œuvre ? Le film ne tranche pas, laisse planer le mystère mâtiné des injonctions des chefs qui veulent que ça avance, des réticences des ouvriers qui sentent qu'ils se font avoir, et des contradictions et culpabilités du contre-maître fraîchement promu au détriment du collègue fouteur de merde. Pas mal, mais pas vraiment abouti, cet obscur mystère non élucidé au milieu de forces en présence plutôt prévisibles;
Aucun autre choix, Park Chan-Wook : joyeuse comédie d'une parfaite noirceur sur un sujet on ne peut plus sombre : licenciement expéditif, je m'en foutisme social et humain des dirigeants, vie de cadre prospère sauvagement balayée, tout fout le camp, sauf que le chômeur va déployer des trésors de stratégie pour se débarrasser des concurrents sur le marché du travail. Le sujet est grave, le film est comique et caustique et ne lésine pas sur les gags et rebondissements douteux. Pourquoi bouder son plaisir, c'est rythmé (à part quelques longueurs) et on sort de là avec un grand sourire d'immoralité triomphante même si le "happy end" est désespérant.
Le Gâteau du président, Hasan Hadi : pauvre parmi les pauvres, Lamia a eu le malheur d'être tirée au sort pour avoir l'honneur de faire le gâteau du président. C'est la tradition dans les écoles pour célébrer l'anniversaire du Raïs. En accompagnant la petite paysanne sortie de sa campagne pour aller à la ville rassembler les ingrédients nécessaires, le film explore le regard de l'enfance en train de découvrir le monde des adultes. Ils sont égoïstes et sournois, au mieux, ou malfaisants et vicieux, sauf exception. Le village flottant, le pays et la ville sont merveilleusement filmés, les scènes sont sobres, intenses sans pathos et la petite fille est scotchante de justesse et de profondeur. Bienvenue au pays de Saddam Hussein et de l'innocence bafouée.



























