Kimmo Pohjonen : son accordéon casse les clichés, avec en décor la tapisserie Roots, de Kustaa Saksi
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| En concert à l'Institut Finlandais |
Impressions glanées au cinéma, dans les expos ou les musées, en ville ou ailleurs. Et surtout pense-bête pour me souvenir de ce que j'oublie.
Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas : pour regarder avec horreur, délices et effroi les rouages et turpitudes du Kremlin.
🎩Au non du père : au théâtre, excellente et touchante histoire de bâtarde, subtilement mise en route par Ahmed Madani (le catalyseur) puis délicieusement mise en scène par le même : la jeune femme, Anissa, revisite toute son histoire depuis que son père a refusé sa naissance. C'est fin, touchant, intelligent et très plaisant à regarder.
Fevrier
Le Chasseur de baleines, Philipp Yuryev : Tout au bout de la Russie, en face de l'Alaska, on chasse la baleine. De manière artisanale. C'est ce que fait Leshka. Sinon, rien, rien à faire. A part se saouler avec son copain et fantasmer sur les belles filles des sites spécialisés. Le miracle internet. Le benêt se lance donc de toute son âme à la poursuite de son rêve, la belle porno-girl dont il est amoureux. Sauf qu'entre lui et la réalité virtuelle de la fille, il y a le détroit de Bering. Le seul obstacle, parmi d'autres, qu'il arrive à peu près à calculer. D'où le récit touchant de cette quête absurde au milieu de nulle part, racontée avec la bienveillance qu'on doit aux adolescents trop puceaux et trop naïfs. Avec en toile de fond l'implacable nature sibérienne.
La Reconquista, Jonás Trueba. Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent 15 ans après l'adolescence, époque de leurs premières amours. Ils passent la nuit à déambuler à Madrid, revivre ce qui aurait pu être. Joli film
Grand ciel, Akihiro Hata : une drôle d'histoire de gros chantier de BTP avec son lot de travailleurs sans-papiers et immigrés. Une sombre histoire de disparition mystérieuse au 5 ou 6ème sous-sol du chantier. Des suspicions de malfaçon, à moins qu'une présence obscure et malfaisante soit à l'œuvre ? Le film ne tranche pas, laisse planer le mystère mâtiné des injonctions des chefs qui veulent que ça avance, des réticences des ouvriers qui sentent qu'ils se font avoir, et des contradictions et culpabilités du contre-maître fraîchement promu au détriment du collègue fouteur de merde. Pas mal, mais pas vraiment abouti, cet obscur mystère reste non élucidé au milieu de forces en présence plutôt prévisibles;
Aucun autre choix, Park Chan-Wook : joyeuse comédie d'une parfaite noirceur sur un sujet on ne peut plus sombre : licenciement expéditif, je m'en foutisme social et humain des dirigeants, vie de cadre prospère sauvagement balayée, tout fout le camp, sauf que le chômeur va déployer des trésors de stratégie pour se débarrasser des concurrents sur le marché du travail. Le sujet est grave, le film est comique et caustique et ne lésine pas sur les gags et rebondissements douteux. Pourquoi bouder son plaisir, c'est rythmé (à part quelques longueurs) et on sort de là avec un grand sourire d'immoralité triomphante même si le "happy end" est désespérant.
Le Gâteau du président, Hasan Hadi : pauvre parmi les pauvres, Lamia a eu le malheur d'être tirée au sort pour avoir l'honneur de faire le gâteau du président. C'est la tradition dans les écoles pour célébrer l'anniversaire du Raïs. En accompagnant la petite paysanne sortie de sa campagne pour aller à la ville rassembler les ingrédients nécessaires, le film explore le regard de l'enfance en train de découvrir le monde des adultes. Ils sont égoïstes et sournois, au mieux, ou malfaisants et vicieux, sauf exception. Le village flottant, le pays et la ville sont merveilleusement filmés, les scènes sont sobres, intenses sans pathos et la petite fille est scotchante de justesse et de profondeur. Bienvenue au pays de Saddam Hussein et de l'innocence bafouée.
Il rêve de danser aux États-Unis, elle est passionnée par son amant bandant. Ils baisent donc divinement et passionnément, sauf que Jennifer n'envisage pas d’afficher cette liaison avec son sextoy. D'un côté, les misères du pov clandestin sans papiers, de l'autre, la riche bienfaitrice des arts et de la création en son milieu. Le film décrit longuement et platement les deux faces de ces existences ainsi que la relation érotique qui les lie. A condition que le jeune homme reste à sa place. C’est là que la femme de pouvoir se révèle, quand madame trouve une solution pour garder son amant à sa botte et c'est là que le film devient cruel et intéressant. Mais cest le dernier 1/4 d’heure. Jusque là, tout était plat, long et prévisible avec pour se distraire le joli corps du jeune homme et la somptueuse garde-robe de madame.
Hamnet, Chloé Zhao : boursoufflé et lourdingue, centré sur le personnage féminin d'Agnès (il faudrait consacrer une page au portrait qu’en propose le film : elle est indépendante, elle est nature, elle est intense, elle est vaguement sorcière (fille de, mais le thème n'est qu'esquissé) elle connaît la forêt et les plantes, elle préfère accoucher sauvagement, réfugiée seule dans la forêt qui est son élément -c'est pénible- mais ça doit être une apologie de la femme puissante "fille de la nature". Quand son fils est attaqué par la peste, elle le couvre de baisers en glapissant absurdement que tout va bien maman est là. Mais non, idiote, tout va mal et le gamin meurt quand même. Entretemps, elle a vécu avec Shakespeare (auteur de ses trois enfants) une intense fusion amoureuse mais William, happé par son génie créatif, doit impérativement aller cultiver son art à Londres. Madame reste à Stratford avec les enfants, dont le fameux Hamnet. Allers-retours du géniteur, frustration et manquements, elle souffre, elle patiente, elle endure, il n'est même pas là au décès d'Hamnet, même s'il a fait tout son possible 💣 elle souffre, elle est colère mais oh surprise, Shakespeare expiera ses manquements par la création de son chef d'œuvre Hamlet. Et Agnès, toute tourneboulée, à moité vautrée sur l'avant-scène, se livre encore à une scène bruyante et pénible. J'ai oublié la teneur, mais grosso modo, elle comprend la sublimation du malheur opérée par Shakespeare, elle pardonne et elle aime, tout ça en braillant d'amour/ hennissant d'émotion. Comme s'il n'y avait que cette histoire familiale dans Hamlet ! Pfff tout ça pèse trois tonnes : c'est insupportable. Il paraît que c'est tiré d'un bon livre.
Découverte d'une superbe artiste nigériane multi-pass
J'ai vu tout ça au théâtre en 2025 et pas retenu grand chose :
A part ceux-ci, qui sortent du lot :
De bons spectacles :
MACBETT, de Ionesco, Bien (espace Sorano, reprise d'une création des Dramaticules) : https://www.dramaticules.fr/creations/macbett-2/
T.C.H.E.K.H.O.V aimable évocation de la vie de l'auteur (Théâtre du Ranelagh)
Le Penseur, évocation vie de Rodin, pas mal (J.Baptiste Seckler, Lucernaire)
Des spectacles ambitieux, dont je n'ai pas retenu grand chose :
Les autres :
Gypsy, comédie musicale, d’après mémoires de Gypsy Rose Lee, Philharmonie
Ballet Hofesh Schechter, Opera (j'en attendais bcp, étant fan de ce chorégraphe, c'était un peu décevant)
Yolande Zauberman. Une merveille de film de 1993, heureusement restauré. Une histoire magnifiquement racontée de patelin au fin fond de la Pologne de 1930 où une petite colonie de juifs du shtetl coexiste avec des villageois polonais. La vie dure dans un monde clos où les chrétiens oscillent entre méfiance et haine du juif (et du tzigane accessoirement).
Mais Ivan et Abraham sortent du moule, ils sont amis malgré l'antisémitisme ambiant. Une anomalie. L’autre ouverture, c’est Aaron, en fuite et recherché pour ses activités politiques. Et la délicieuse Rachel qui aime Aaron et résiste au mariage prévu par le grand-père.
En quelques tranches de vie (la famille, les enfants, les villageois, le jeune homme en fuite, l'école, la prière, le shabat...) le film montre sans démontrer et questionne l’ordre établi. Il montre aussi l'échappée belle quand les moineaux s’envolent, leur course effrénée dans l’espace, à l’air libre, les étranges rencontres dans la campagne polonaise, où leurs destinées les conduisent et comment elles s’accomplissent finalement.
Et derrière beauté des images et la beauté des personnages, la dynamique captivante et lumineuse de ces personnages qui cherchent à échapper à l'ordre du monde de la campagne et du shtetl, avec arrière-plan menaçant d'antisémitisme larvé ou affiché ou triomphant.
Werner Schroeter.
Et vas-y que je te fais flamber la philosophe dans une cacophonie (se voulant baroque ?) de plans décousus, d'images obscures, de propos abscons. Elle est philosophe donc et devrait maîtriser la loqique et le language. Que nenni, ce serait oublier qu’elle a eu un papa nazi et terrifiant, fouettard, vaguement sadique et queutard, assurément infidèle, de quoi vous détraquer une âme sensible. La voilà donc passablement déglinguée et en roue libre, passablement graphomane, valdinguant au gré de sa psyché exacerbée entre un amant fuyard et un garde-fou domestique. (C'est plutôt W.Schroeter qui est en roue libre pour filmer tout et n'importe quoi lui passant par la tête, fleurissant l’exaltation délirante de l'âme de la dame avec les joujoux et obsessions qui meublent la sienne). Il en ressort qu'il aime l’opéra, les appartements vastes, chics et vides, les rues désertes de Vienne, les bals décadents, les robes des dames, les établissements chics, le whisky, les cauchemars, et foutre un bazar noir dans le bureau de la dame (quand il n'y met pas le feu). Je ne sais pas combien de fois il a filmé la dame en train de fourrager furieusement dans le fatras de ses liasses de papiers et de lettres, combien de fois elle a balayé tout rageusement mais en vain, combien de fois elle y a mis le feu, puisque quelques plans plus tard, la même scène recommence, ses écrits la rendent folle, ou sa folie les lui rend haïssables. C’est une femme en flamme, toute en fêlures et en confusion... et alors ? On a l'impression que l’auteur rembobine pour filmer encore et encore la même chose : diverses variantes et contorsions d'un état de confusion délirante et qu'il y prend un plaisir certain. Isabelle Huppert se sort remarquablement bien de ce rôle impossible, quant aux garçons, Malina et Yvan, très décoratifs, ils font plutôt figure de punching ball au contact desquels la malheureuse n’en finit pas de se désarticuler.
Même si on ne comprend pas trop ce qui se passe, c’est assez intéressant. Surtout quand c'est fini et qu’on est sorti de cette frénésie. (C’est vraiment obscur et long, ce délire cinématographique censé incarner le chaos d'une écrivaine en feu, surtout la fin oû elle n'en finit pas de brûler.)Bi Gan
Trop long, trop virtuose, trop obscur. J'ai passé deux heures dans le crépuscule du monde et une trame non moins obscure d'où il ressort un rendez-vous improbable, un agent secret, une mystérieuse valise, des poursuivants tortionnaires, des corps brisés et des grand trous quand j'ai plongé dans le sommeil, normal, c'est une obscure histoire de rêvoleur et d'extinction (du monde ? du cinéma ? des histoires proprement ficelées?) C'est truffé de références qui m'échappent pour la plupart, on sent que le réalisateur a vu beaucoup de films et qu'il a de l'ambition, c'est virtuose, spectaculaire à sa façon, plombé aussi de références à la fin du monde/ d'un monde/ du cinéma et qu'il aime se promener à l'envi dans ce sale monde plein de déchets, d'épaves, de détritus avec de sales personnages qui ont de sales ambitions, à la poursuite de cet étrange rêvoleur qui poursuit je ne sais pas trop quoi, à part le droit de rêver, voler, dissider de la pensée commune/correcte/conforme. En fait, à part le paysage général, je n'ai rien compris (et trop dormi ?) C'est le genre de film à voir avec un mode d'emploi (ce que je ferai peut-être après avoir lu très soigneusement la critique du Monde). Mais j'hésite (2h1/2 quand même) à aller vérifier si ce grand geste de paranoïa cinématographique valait vraiment la peine.
Intéressante dissection de la descente (même pas aux enfers) d'un personnage pervers, arrogant et antipathique de bout en bout, toujours aussi fermement nazi, toujours convaincu de la justesse de ses choix, de la supériorité des aryens et du système hitlérien, persuadé d'être injustement persécuté par le complot juif. Idéologiquement irrécupérable, c'est humainement une merde, violent, autoritaire, réactionnaire, toujours prompt à abaisser, humilier, insulter. Y compris son fils, venu le visiter pour essayer de comprendre. On constate avec satisfaction que ce tenant de la race supérieure vit une existence médiocre et que l'univers rétrécit autour de lui : sa femme l'a quitté, il a perdu l'abri d'une sociabilité convenable quand il a dû quitter son cercle de nazis argentins, il se retrouve réduit à la vie d'une ferme perdue au milieu de nulle part, en compagnie d'êtres inférieurs (les Hongrois d'abord, et en dessous, les ouvriers agricoles indigènes), il n'a plus d'univers où exercer son talent : qu'il est loin le bon vieux temps de la clinique d'Auschwitz, évoqué par la fameuse tranche de film en couleur où sont filmées ses exactions à Auschwitz. (Impossible de regarder ces scènes de sadisme avéré et de pure boucherie. A quoi ça sert, ce voyeurisme ? ) Il ne lui reste qu'un avortement ici ou là, à Buenos Aires et plus tard, dans sa ferme, quelques cochons à saigner et éviscérer. Un univers où il est traqué par la crainte constante d'être rattrapé et démasqué. Le noir et blanc va bien à cette noirceur crépusculaire mais hélas, Mengele ne s'en tire pas si mal : dans sa dernière retraite au Brésil, où son fils vient rendre visite à l'odieux vieillard, il n'en trouve pas moins une femme pour s'occuper de lui et il finit par mourir, bêtement noyé, sans jugement, sans procès. Maigre consolation et juste retour des choses, -puisqu'il envoyait à des instituts de recherche les corps de ses victimes d'Auschwitz- son squelette à été exhumé et sert d'objet d'études à des étudiants au Brésil (les premières images du film).
Musée Cernuschi
Nouvelle vague, Richard Linklater : le making of du film À Bout de souffle. Godard, Jean Seberg, Belmondo, le producteur et les autres (les cinéphiles reconnaîtront). Les acteurs sont étonnamment crédibles et pleins de charme, le film est très juste et plein de grâce pour raconter le mélange d'improvisation et d'énergie qui ont fait le miracle de ce film de 1959.
L'étranger, François Ozon : plutôt élégant et juste, parfaitement fidèle au roman, mais l'acteur est trop beau pour un personnage aussi indifférent, neutre, étranger à lui comme aux autres. J'aurais vu quelqu'un de plus passe-muraille. Le noir et blanc est sublime.
L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier. Un bel éclairage sur une histoire intéressante : la genèse de ce monument, le Cube, et de sa mise en œuvre. L'architecte, Johann Otto von Sprekelsen, visionnaire et intransigeant, paraît un "albatros" aux prises avec les méandres politico-administratifs d'un grand chantier voulu par le prince.
On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys : l'audition au tribunal des protagonistes d'une sombre histoire de conflit de garde d'enfants sur fond d'accusation d'abus sexuel. Cest scotchant de vérité. La mère, Myriem Akheddiou, est une actrice incroyable
Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa, peinture glaçante de la rencontre des systèmes pénitentiaire, judiciaire et totalitaire. Ou comment un jeune procureur idéaliste et loyal se confronte à la réalité stalinienne.
Les Aigles de la Republique, Tarik Saleh : George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Égypte, est contraint de jouer le role du chef de l'état dans un film commandé par les plus hautes autorités du Pays. De manipulations en complot, l'engrenage pourrait lui être fatal. Un bon moment avec de bien mauvaises personnes. A mon avis, moins credible et moins abouti que La Conspiration du Caire ou Le Caire confidentiel.
Kika, Alexe Poukine : intéressante réflexion sur la sexualité tarifée, la domination, la souffrance, le travail social et le travail du sexe. L'actrice Manon Clavel tient formidablement son rôle, au propre et au figuré, où elle s'aventure timidement avant d'en prendre la mesure.
Lumière pâle sur les collines, Kei Ishikawa, adapté du premier roman de Kazuo Ishiguro. Une femme, sa fille, deux époques : l’Angleterre des années 80 et Nagasaki des années 50. La fille veut écrire un livre sur l'histoire de sa mère japonaise, épouse modèle à l'époque de Nagasaki qui a émigré en Angleterre. Aller-retours entre les deux époques, (femme au foyer, irradiation , suicide d'une fille...) C’est une interrogation sur la mort, l'identité, le déracinement, la guerre, la condition féminine, le tabou de l’irradiation... c'est juste, sensible, agréable à regarder sans rien de vraiment remarquable, comme la ditribution d'un jeu de cartes. C'est étrange à définir, mais cette juxtaposition de tranches de vie et de temporalités différentes manque de.. corps ?
Ce que cette nature te dit, Hong Sang Soo.
Un jeune couple où le jeune homme, rêveur et poète désargenté,
rencontre un peu par hasard et pour la 1ère fois sa belle famille dans
leur superbe propriété près de Seoul. Des gens prospères, sensibles,
éduqués qui passent au scanner la fragilité ( ou l’inconsistance ?) du
jeune homme, qu'ils prennent pour un médiocre et un poseur. 24 heures
corrosives scannées avec finesse et humour.
| **** |
Johan Grimonprez : montage virtuose de documents d'archives et interviews, aussi passionnant qu'un thriller, autour de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Patrice Lumumba en 1961, dans le contexte de l'indépendance du Congo. Et la musique omniprésente (jazz, blues, be-bop...) outil de soft power de la domination américaine
Shih-Ching-tsou
Une petite fille complètement craquante et gauchère, un mère séparée, cuisinière de street food dans un marché de Taipei, une grand-mère magouilleuse, un grand-père traditionnel, une grande sœur rebelle qui essaie de se désengluer... dans un univers où il faut survivre tant bien que mal. Très scotchant de finesse, justesse, tendresse.
Cf l'interview de la réalisatrice, shih-ching-tsou
https://www.semainedelacritique.com/fr/articles/entretien-avec-shih-ching-tsou
Radu Jude
Un 'policier', le zapciu Costandin et son fils parcourent à cheval la campagne de Valachie avec pour mission de ramener un esclave rom échappé. Oui, un esclave, c’est comme ça vers 1840 (?). Au fil de leurs pérégrinations ils rencontrent toute la diversité qui peuple la campagne (villageois, roms, orpailleurs, paysans, aubergistes, marchands, meuniers, turcs, artisans ...) auprès desquels ils s’enquièrent du fugitif. A chaque rencontre, les dialogues illustrent l’arriération d'une population inculte, pétrie de superstitions et de préjugés, raciste, antisémite, homophobe, aveuglément soumise au culte, aux popes et aux boyards, à tout ce qui est plus puissant que soi. Et les femmes soumises à la toute puissance des hommes. Violence sociale, domination universelle, loi du plus fort sont inscrits dans l’ordre figé de ce monde où l’esclavage est un simple fait de société et où un boyard peut rendre la justice comme bon lui semble sans procès ni jugement. Malheur à ceux qui sont tout en bas, les roms, car tel est leur destin.
Pour l'authenticité des propos, il paraît que les scénaristes ont utilisé des œuvres littéraires du XIXe siècle, dont ils ont repris des proverbes, des dictons et d’autres phrases complètes. Ils ont utilisé des archaïsmes se mélangeant aux vocables, insultes et jurons les plus vulgaires encore d'actualité. Autrement dit, l'accent du vrai.
Entre parodie et satire, le film est très captivant, la reconstitution d’un début de 19ème siècle dans une province arriérée est convaincante, et c’est d'une grande beauté.
Bien joué ! Ou Bravo (Traduction du turc Aferim)
Continental 25 du même Radu Jude : dans la Roumanie de nos jours, la culpabilité d'une procureure qui a fait expulser un pauvre gars, lequel en est mort.
Nadav Lapid. Un musicien de jazz précaire, et sa femme, danseuse, animent des soirées de riches israéliens. Sexe, alcool, drogue, excès. Ce sont les fêtards friqués qui mènent le monde et paient leurs valets pour les égayer sur fond de guerre à Gaza. Un jour, on demande à Y. de mettre en musique le nouvel hymne national à la gloire de cette guerre et de ses combattants. Est-ce qu'il pourrait sauver sa dignité et dire non ?
Nadav Lapid : c’est lui qui en parle le mieux, cf l'interview sur France Inter :
Downtown Abbey, suite et fin, prévisible et distrayant
La Femme la plus riche du monde : prévisible, Isabelle Huppert impériale, il manque sans doute au personnage du photographe - irrévérencieux, goujat, avide et vulgaire-, le "plus" qui l’a rendu irrésistible. Sinon, un aperçu de comment vivent les ultra-riches.
Oliver Laxe
Un père et son fils atterrissent dans une rave party au fin fond du Maroc. Il cherche sa fille disparue. Un brave mec égaré au milieu d’une faune marginale, toute aux vibrations de sa musique. Un étrange équipage se constitue quand le duo père-fils dans leur voiture se greffent à un convoi de deux camions et leurs exotiques occupants : ils sont en quête de la prochaine rave quelque part au sud, et lui en quête de sa fille. C'est parti pour une dérive démesurée, dangereuse et hallucinante au fin fond du désert, deux quêtes improbables sur arrière-plan de guerre et de fin du monde. Un univers extrême, une tension constante, une intensité croissante dans l’immensité du désert qui devient un cul-de-sac, une histoire de fuite en avant vers ce qui ressemble au néant. Hypnotique et sidérant, ça condense assez bien un certain air du temps entre violence du monde, cultures altrenatives et no future.
VALEUR SENTIMENTALE, Joachim Trier, Danois,Norvégien : Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux (Allociné) Profond, sensible et sans concession. Très beaux portraits de femmes et d'artistes.
REVES, AMOUR, DESIR, ou la Trilogie d'Oslo Dag Johan Haugerud, Norvège : Une lycéenne tombe amoureuse de son enseignante (Rêves). Un infirmier gay et une médecin hétéro confrontent leurs expériences et leurs divergences sur un ferry (Amour). Un ramoneur hétéro perturbe les certitudes de son entourage en révélant une aventure homosexuelle (Désir ). Les chemins de traverse de l’amour et de l’attirance physique. Comme le dit L'Obs : l’impact fantasmatique du discours, sa façon de nourrir et de déstabiliser notre imaginaire érotique, ainsi que les limites de notre prétendue libération. Remarquable d’intelligence. Mon préféré reste le premier, Rêves, parce que l'écriture du film est sous-tendue par l'écriture du journal de la jeune fille, d'une remarquable finesse.
TOUCH, Nos étreintes passées, Baltasar Kormákur, Islande : Au crépuscule de sa vie, Kristofer, un islandais de 73 ans, se met en tête de retrouver la trace de Miko, son amour de jeunesse. Il s'envole alors pour Londres, à la recherche de ce petit restaurant japonais où ils se sont rencontrés cinquante ans plus tôt. Kristofer l'ignore, mais sa quête, à mesure que les souvenirs refont surface, va le mener jusqu'au bout du monde (Allociné). Très subtil et émouvant, m'a donné envie de lire des livres de l'auteur Ólafur Jóhann Ólafsson
A NORMAL FAMILY Hur Jin-ho, Corée : 2 couples ont l'habitude de se retrouver dans un restaurant chic. Sourde rivalité entre les 2 frères (l'avocat riche, le médecin altruiste). Leurs enfants sont impliqués dans un sordide fait divers. Qui va réagir comment ? Froid dans le dos.
BRIEF HISTORY OF A FAMILY Jianjie Lin, Chine: Wei est le fils unique d’une famille aisée, dans la Chine moderne et urbaine. Alors qu’il se rapproche de Shuo, un camarade d’école plutôt mystérieux, celui-ci commence à s’immiscer dans leur quotidien. Peu à peu, sa présence semble perturber l’équilibre familial (Allociné). Efficace et glaçant, de même que l'univers décrit, celui de bourgeois très aisés et occidentalisés
ISLANDS, Jan-Ole Gerster, Allemagne : ex champion de tennis devenu coach dans un complexe touristique des îles Canaries, Ace lance des baballes, s'emmerde, picole. Jusqu'à l'arrivée d'un couple auquel il sert de guide. Ebauche d'idylle avec l'épouse ? L'a-t-il déjà rencontrée ? Mais le mari disparaît. Intrigue, enquête, fausses pistes, rebondissements... le démarrage est un peu flegmatique et convenu mais ça devient distrayant quand l'enquête commence.
PERLA, Alexandra Makarová : Vienne, dans les années 1980, une artiste qui a fui la Tchécoslovaquie communiste avec sa fille Julia s’est construit une nouvelle vie avec Josef, son mari autrichien. Elle est rattrapée par son passé quand Andrej, le père de Julia, tente de la recontacter. Pas mal, sans surprise.
AMELIE : dessin animé qui raconte l'enfance d'Amélie Nothomb. Pourquoi pas.
7 JOURS, Ali Samadi Ahadi, Iran : Myriam, activiste et militante pour les droits de l’Homme, est emprisonnée depuis des années en Iran loin de son mari et de ses enfants. Lorsqu’elle obtient enfin une permission pour raisons médicales, elle a 7 jours pour décider de fuir le pays et retrouver sa famille ou de rester en Iran pour continuer sa lutte(Allociné). Tout est assez prévisible jusqu'à ce qu'elle arrive à passer la frontière. Et là s'impose la figure de l’héroïque militante imbue d'elle-même et de la très haute opinion de sa mission. Son intransigeace, son non lâcher-prise sont déroutants. Inhumains? Très peu pour moi.
Julia Ducournau, C’est un film bruyant à tous les sens du terme avec une complaisance pénible à montrer des trucs dégueulasses, à commencer par cette enfant armée d’un gros feutre qui relie des points. Sauf que ce sont des trous de shoots et que l’innocente enfant dessine sur une peau ravagée de drogué en manque (ou qui l’a été ou qui va l’être). « C’est plus joli comme ça », dit-elle. Pour trouver un sens à cette dévastation ? Se protéger du spectacle de ce type inquiétant et vaguement comateux ?
Le deuxième truc dégueulasse, c’est une énorme aiguille qui bâcle, en énorme gros plan, le tatouage d’un A monstrueux sur le bras d’Alpha dans le contexte sordide d’une fête, càd beuverie entre jeunes pleine de bruit, d’alcool, de drogue où la malheureuse Alpha, 13 ans, au bord du coma éthylique, a l’air à moitié inconsciente, à moitié consentante. D’où l’idée subliminale que cette séquence ressemble à un viol. Alpha est donc marquée - c’est Mélissa Boros, la seule vraie réussite du film et héroïne dudit film, avec ou sans jeu de mot - et potentiellement contaminée dans le contexte d’une mystérieuse épidémie (quelque chose entre sida et covid) qui pétrifie peu à peu les malades : effets à moitié fascinants à moitié répugnants de corps marbrés en phase de pétrification, les maquilleurs/effets spéciaux s’en sont donné à cœur joie dans les effets de marbrures, fissures et fractures. Et après, la mort, la mort, la mort sous forme de corps houssés sur des brancards dans les couloirs de l’hôpital. Soit.
Troisième personnage, la mère (célibataire, bien sûr, et docteure de la misère humaine dans un hôpital débordé de malades à des stades divers de pétrification). En plus de son adolescente de fille, Alpha, elle est affligée d’un frère drogué, qu’on voit complaisamment à toutes les phases de son addiction, entre shoot, catalepsie, manque… tout y passe, mais la sœur veut à tout prix protéger/sauver/aider son frère, même si c’est toxique pour sa fille, même si elle veut aussi la sauver/protéger, et aussi les malades. C’est Mère Courage au cœur universel. Le film bringuebale dans cet univers plombé, sans issue, déglingué. So what, une fois planté ce décor ? Rien, ça tourne en boucle. Quelques scènes intéressantes -ce sont bien les seules - tournent autour de l’adolescence, d’autres sont bruyamment caricaturale (la fête de l’Aïd en famille). C’est quoi, l’histoire ? Protéger Alpha ? Sauver le frère ? Survivre dans un monde saturé ? On attend impatiemment la fin, en se bouchant les oreilles quand la musique joue plus fort pour surligner l’intensité de certaines scènes, et on se demande pourquoi plonger dans ce chaudron infernal. Et pourquoi ces mystérieuses références à l’univers perdu (kabyle ou berbère ?) de la grand-mère, hantée par la malédiction du Vent Rouge. Parce qu’il y a toujours quelque chose qui nous échappe ? Parce l’alpha et l’omega ? Parce que tout a une fin, heureusement, et surtout quand c’est un film m’a-tu-vu et barbant, trop long et trop lourd.
La collection Jean Chatelus fait feu de tout bois et son appartement submergé d'objets (d'art, d'imagination, de provocation, de tout et n'importe quoi) en fait foi : ça méritait une visite, histoire d'y perdre son regard. La logique ? Celle de l'accumulation ? des coïncidences ? Des correspondances ? L'essentiel du cheminement -il y en a un - échappe au profane, les connaisseurs s'y retrouvent sans doute : "cabinet de curiosités contemporain aussi précis et exigeant que dérangeant et provocateur. On y rencontre des œuvres de Cindy Sherman, Jake & Dinos Chapman, Mike Kelley, Yayoi Kusama, Christian Boltanski ou Gina Pane aux côtés de masques Komo et de bondieuseries. Plus de 600 œuvres et documents – sculptures, installations, peintures, photographies, dessins, objets votifs et vernaculaires – témoignent des obsessions du collectionneur : le corps mis à mal, la poétique des ruines, la mort, l'organique et sa décomposition, le spectre apocalyptique, l'interdit, le religieux et son blasphème". in https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=12042&menu=0
Plus surréaliste que la rencontre d’un parapluie et d'une machine à coudre
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| L'Extase du pape Benoît |
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| Ceci est un nez-applique |
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| OUYANG CHUN 1974, Pékin |
https://www.pinaultcollection.com/fr/boursedecommerce/corps-et-ames
Quelques rencontres remarquables :
J'aime bien aussi, au r.d.c, l'étonnant film du magma. Un magma semi-crouteux qui se meut, hypnotisant comme la mer, avec musique Isaac Hayes et ...
A l'étage intermédiaire, des photos énormes, outrées, volontaristes. Deana Lawson. Elle crient très fort, ces photos, mais je ne sais pas ce qu'elles racontent. Trop ! Elles racontent trop. Trop noir, trop blanc, trop kitsch, trop bizarre- cette énorme femme noire dans une posture outrancière, cul par dessus tête, affichant un minuscule slip blanc enfoui entre ses fesses, des photos déroutantes dont on ne décide pas ce qu'elles racontent.
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| Dandora, Cave, Atom Painting... |
et Baselitz, bien sûr : monumentaux corps à l'envers des deux dernières salles
Thomas Ngijol : adaptation d' Un crime à Abidjan (1999), de Mosco Levi Boucault -milieu des années 1990. Ici, c'est Yaoundé : le commissaire Billong, interprété par Ngijol lui-même, intègre et pétri de valeurs est aux prises avec les délinquants, des équipes moyennement fiables, et plusieurs maux endémiques : pauvreté, corruption, coupures de courant, hôpitaux pour ceux qui paient... Aux prises également avec sa famille qui affronte son intransigeance et ses principes d'éducation un poil trop rigides. Sa femme lui reproche d'être prisonnier de son métier et de ne pas voir sa famille. C'est le fatalisme de l'histoire qui est frappant : les voyous sont comme ça, les policiers comme ça, les enfants, les traditions aussi... la vie est comme ça, et chacun se débrouille comme il peut dans un mélange d'actions à entreprendre, d'impuissance et de fatalité. Tout le monde joue son rôle à la place qui est la sienne, (sauf la fille aînée, en conflit avec son père, parce qu'elle essaie de se créer une vie indépendante) et rien ne risque de changer, quel que soit le volontarisme du commissaire. Belles scènes de ville la nuit, de descentes de police, d'interrogatoires musclés. Film prenant et convaincant.
Life of Chuck, Mike Flanagan : on commence par la fin, en plein épisode de ce qui ressemble à la fin du monde et à la fin de Chuck, le comptable, mystérieusement et unanimement remercié. On ne sait pas de quoi, mais séquence suivante, on rencontre le gentil Chuck adulte, une musicienne de rue et une charmante jeune femme. Miracle de rencontre ! Puis on passe à l'enfance de Chuck orphelin, élevé par ses grand parents, dans la maison familiale et son adolescence au collège, où le jeune homme timide s'épanouit par la danse. So what ? c'est mignon, c'est touchant et joli à regarder, il y a le mystère de la vie et de la mort sur fond d'extinction définitive, mais ces 3 séquence juxtaposées, c'est un peu dérisoire et ça ne fait pas un film.
Freud, la dernières confession (traduction racoleuse, c'est last session) Matt Brown. Et en effet, il n'y a pas de confession, juste un dialogue (sans grande profondeur ?) entre Freud et un jeune professeur d'Oxford sur l'existence ou non de Dieu. Dialogue entrecoupé d'alertes aériennnes, de récriminations et exigences freudiennes (il souffre de son cancer à la mâchoire et réclame obstinément sa morphine, son médecin et sa fille). Le vieillard apparaît antipathique et tyrannique, exerçant une emprise malsaine sur sa fille, dévouée, fusionnelle voire servile. Le maître de l'analyse semble étanche à la dimension pathologique de leur relation ! Il en ressort un portrait sinistre et crépusculaire de vieillard souffrant centré sur son égo.
Ça commence comme un bouillon vibrionnant dans une espèce de cabaret vaguement décadent, comme un aperçu de l’enfer où des corps hystérisés se contorsionnent, torturés par le rythme forcené de la musique hypertrophiée (batterie féroce et accents orientalisants). La lumière est crépusculaire, une espèce de fumée aggrave la pénombre, des effets de rideau et de lustre géant cherchent l’emphase. Les corps et leurs mouvements sont parfaits, bien qu’entravés d’un amalgame de costumes (baroques ? C’est à dire une totale liberté de leur mettre tout et n’importe quoi sur le dos, de la robe de soirée en sequins rouges au caleçon en cuir sur tire-chaussettes, façon jeune hitlérien en goguette). Est-ce qu’il faut penser à Cabaret ? A une discothèque infernale, un culte barbare, une bacchanale ? A la longue, le bouillon est brouillon, ils n’en finissent pas de s’adonner à leur enfermement et leur culte d’eux-mêmes, le trop plein de costumes bâtards brouille la perception, c’est répétitif et interminable. Heureusement qu’il y a la deuxième partie, les corps libérés de leurs stupides costumes, l’esprit de la danse s’empare de la scène, les danseurs deviennent individuellement et collectivement un corps de ballet, tout en fluidité et viscosité, ils s’amalgament, se séparent, s’enlacent, se prennent et se déprennent. Ça s’étire et se compacte, c’est fluide et puissant, une magnifique énergie irrigue la scène. Est-ce qu’il faut comprendre qu’il y a un avant et un après, l’après étant celui de la libération ? sublimation ? spiritualisation ? Soit, mais quel dommage que l’avant soit si long et répétitif, alors que l’après est inlassablement captivant.
Bogdan Muresanu
Excellente peinture de l'enfermement complet d'une société figée par la peur : chacun individuellement et tout le monde collectivement est entièrement sous la coupe du dictateur tout en haut et de tous ses relais dans le réseau de flics, informateurs, propagandistes, chefs de section, de bureau etc. Tout le monde est muselé, sous contrôle, soumis à l'ordre et tout le monde se méfie de tout le monde.
Lawrence Valin.
Quel monde étrange que cette communauté tamoule dominée par un chef mafieux, Aya, habités par l'idée de soutenir, à coup de rackett, les rebelles séparatistes du Sri Lanka. Michael, d'origine tamoule, a été élevé loin de tout ça par sa grand-mère à Clermont-Ferrand, il est devenu flic, et il est chargé par la DGSI d'infiltrer cette mafia du quartier Stalingrad à Paris. Tout le monde a vu des images et des films de mafia et d'infiltré, mais ici tout a l'air nouveau et dépaysant. On a l'impression de voir un film neuf sur un sujet éculé. Des bandes rivales, de la castagne, des règlements de compte, des motos, des bagnoles, des amours contrariées, du trafic de migrants, et pour ancrage, un incroyable squat-usine. Sans oublier le culte catholique à la sauce locale, les costumes ébouriffants, sorte de "streetwear" haut en couleurs et motifs survitaminés, comme le rap du crû, comme le rythme d'ensemble, sous haute tension, bourré d'adrénaline et de testostérone. Là-dessus, l'infiltré Michael atterrit dans ce monde qui aurait pu être le sien s'il n’avait pas été élevé dans les valeurs de la république. Il s'intègre aux fêtes, aux sociabilités, aux magouilles de ceux qui auraient dû/pu être sa famille, son clan, ses frères, son univers. Sa solitude d'infiltré confrontée à la cohésion d'une communauté et à la tentation d'une appartenance impossible. Pas assez blanc pour les blancs, pas assez tamoul pour les tamouls. C’est une plongée fascinante dans un impitoyable exotisme urbain.
La Chambre de Mariana, Emmanuel Finkiel : un forme histoire d'amour entre deux êtres qui n'ont qu'eux à aimer dans un monde de brutalité, vénalité, sauvagerie, cupidité, trahison... Toute la bassesse humaine s'arrête à la porte du réduit où Mariana cache l'enfant juif, sanctuaire défendu par la prostituée fidèle à l'amitié et à la promesse faite à la mère d'Hugo. Un monde clos d'où l'enfant écoute le bruit du monde et construit peu à peu l'étrange réalité qu'il devine à travers les interstices de la cloison, les sons, les voix, un espace minuscule qui grandit peu à peu au fil des informations glanées dans la chambre de Mariana puis au-delà (la fenêtre, l'escalier...) et lui fait progressivement cesser d'être un enfant. Mélanie Thierry se révèle lumineuse, attachante, rayonnante dans ce merdier (au scénario relativement prévisible) D'après un roman d'Aharon Appelfeld.