mardi 27 octobre 2020

Michel-Ange (Il Peccato)

 Un film âpre, décapant, déroutant et sauvagement beau sur un personnage dont on connaît l'œuvre dans ses grandes lignes mais qu'on ne connaît pas, et qu'on découvre à plus d'un titre. On est loin du biopic classique avec des assauts de costumes raffinés, de décors léchés et de personnages prévisibles et élégants. On plonge dans une Renaissance "roots", un univers populeux, crasseux et puant, pour découvrir un Michel-Ange impossible, invivable. On traîne avec les ouvriers des carrières de marbre, les cabaretiers pouilleux, leurs clients ivrognes et ripailleurs, on côtoie des prélats cyniques et puissants, des seigneurs hystériques, on patauge dans le cloaque des rues, les retournements de luttes d'influences et de pouvoir. On plonge aussi dans l'opacité et les contradictions d'un génie paranoïaque, occasionnellement halluciné, hanté par Dante, tiraillé entre Rome et Florence et les familles Della Rovere et Medicis, entre l'inachèvement des œuvres en cours et la projection des nouvelles, entre trahisons et voltes-face. Mais pourquoi s'appelle-t-il Il Peccato ? La dimension du péché m'échappe, sauf s'il est partout, dans l'ubris, la trahison, et cette obsession constante de Michelangelo pour Dante.

Les clés, c'est Konchalovsky qui les donne : 

Michel-Ange (Il Peccato) a été conçu comme une « vision », un genre
populaire à la fin du Moyen Âge auquel appartient la «Divine Comédie »
de Dante. Ce dernier pousse le spectateur à de multiples interprétations
des personnages comme des événements, éclairant ici la conscience
d’un génie : celle d’un homme de la Renaissance avec ses superstitions,
ses exaltations, son mysticisme et sa foi. Je voulais montrer non seulement
l’essence de Michel-Ange, mais également les couleurs, les odeurs,
et les saveurs de son époque, et de la capacité de l’oeil humain à capturer
l’éternelle beauté du monde et de l’humanité, qui devrait être transmise
aux générations à venir. ANDREÏ KONCHALOVSKY

dimanche 23 août 2020

Jardin intérieur à ciel ouvert

 

L’entrée dans cet univers est inattendue et surprenante, ça pourrait être un labyrinthe où l’on est constamment dérouté ou dépaysé, c’est bien mieux parce qu’on est toujours ailleurs mais jamais perdu, parce qu’aucune perspective n’est banale ni prévisible ni convenue, et qu’on en rencontre une infinité : on chemine dans une surprise et un émerveillement continus. Même la haie bocagère qui borde une extrémité du jardin (et qui existait avant lui) oublie d’être ordinaire et crée des vues étonnantes sur un simple pré habité par des vaches. Ce jardin est un ravissement où l’infinité des essences, le mystère des sentiers, le jeu des points de vue, des recoins et bifurcations déjouent la banalité du déjà-vu.
Au détour d’une pierre, d’un arbuste, d’un ruisseau, on découvre des retraites inattendues, des associations déroutantes, des micro-climats. On a du mal s’arracher à ce jardin, chaque station opère un charme étrange, né d’une profusion d’impressions, de formes, d’ombres et de lumières changeantes, mouvantes, graciles, vives comme l’eau vive, dans le bruissement des feuilles, le murmure des fontaines, le ramage des essences dans le vent. On ne sait pas où l’on va ni ce qu’on va rencontrer mais chaque pas, chaque regard est neuf. Tout le jardin cultive l’art de se renouveler sans cesse, comme une ode aux infinies variations sur le thème du branchu, du feuillu, du touffu, de l’aérien, de l’aquatique, de l’unique, du simple, du multiple, du symphonique… La rencontre de plantes étranges ou familières crée des impressions  inédites, captivantes, comme un enchantement. On a l’impression de renouer avec l’essence du végétal, dans une nature élégamment construite et déconstruite. C’est mystérieux, mouvant, familier, captivant.


 


http://www.jardin-interieuracielouvert.com/le-jardin/

jeudi 13 août 2020

Eté 85

François Ozon. Le film a un charme certain, charme de la nostalgie, nostalgie de l'adolescence, du premier amour, de la fascination pour une personnalité solaire qui affiche hédonisme, anticonformisme, envie de vivre sans entrave, et un soupçon de perversité ? A moins de mettre ça sur le compte de l'insouciance de l'adolescent pressé de séduire et de recommencer. Pour Alexis, qui devient Alex, tout est nouveau, surtout cette aisance personnelle et sociale. L'adolescent (16 ans) tombe évidemment sous le charme du jeune bourgeois "affranchi" (David, 18 ans) il tombe même violemment amoureux, sauf que les deux jeunes gens ne sont pas sur la même longueur d'onde. Au fil des séquences-clé d'une idylle naissante (la fête foraine, la moto, le cinéma, les premiers moments d'intimité...) le filme capte parfaitement la fraîcheur de la rencontre et des premiers émois, l'atmosphère de vacances sur une plage normande, le charme sexy des garçons. C'est bien vu, bien senti, aussi bien entre les deux personnages que dans leurs milieux sociaux respectifs, et la  narration est habile : pour expliquer ce qui s'est passé, Alex doit revenir sur l'enchaînement des faits et démêler ainsi ce qui a été un maëlstrœm d'émotions, comme un film qui est allé trop vite. Et même si on connaît la fin, on se demande tout le temps ce qui a bien pu se passer. Donc, c'est bien avec un bémol : ici ou là, un soupçon d'artificialité chez David et sa mère. Ils sont un peu trop parfaits dans leurs rôles respectifs. Mais après tout, c'est peut-être aussi cet excès qui éblouit le jeune Alex. Tellement loin de la bienséance de son milieu et des braves gens que sont ses parents.


mardi 4 août 2020

Beloved

 
Yaron Shani. On s’attend au pendant de Chained, la même histoire vécue par Avigail, la femme de Rashi. Ça l’est en effet, mais c’est autre chose car Beloved prend une dimension plurielle en gravitant autour de divers personnages féminins. Autant Chained est focalisé sur Rashi, le mâle dominant, autant Beloved gravite autour d’Avigail et des femmes qu’elle rencontre et qui deviennent ses amies, principalement la sage-femme. Comme si la femme (ou ses ancrages) était plus complexe ou multiple que l’homme.
La sage-femme exerce une version new-wave de son métier, où l’écoute et le « care » dominent (avec une empathie quasi gourouesque sur ses patientes/groupies/suiveuses). Etre à l’écoute de soi, son corps, ses besoins, ceux du bébé. Aussi bien les besoins physiologiques que relationnels. On est loin de Rashi qui compte seulement sur la technologie pour avoir son enfant et qui d'ailleurs sent bien que sa femme lui échappe. Elle doit louvoyer pour justifier ses absences et sorties avec ses nouvelles copines.
Cette vision intime des relations humaines donne de très belles scènes : entre les femmes, avec les bébés, la naissance, les cheveux... Avigail se libère de ses chaînes subtilement, presque timidement et réalise avec beaucoup de grâce et de douceur que toute sa vie avec Rashi est en porte-à-faux, à l'encontre de ce qu'elle est et veut vraiment.
Le « care » est le thème omniprésent du film : prendre soin de la femme et du bébé avant, pendant et après l’accouchement, mais aussi soin des vieillards (Avigail est infirmière dans un Ehpad) et aussi, le plus compliqué : prendre soin de soi. Au delà des bonnes intentions, il reste le mystère des personnes cachées derrière les non-dit, conventions, rancœurs de l'histoire familiale... La sage-femme et sa sœur pètent un câble, deviennent des blocs d'émotions, violemment opposées dans leur manière d’être au monde, de vivre leur filiation, leur relation à leur père et à leur mère. Leur histoire prend de plus en plus de place dans le film, qui d’ailleurs tourne court ; ça finit bizarrement en queue de poisson, sans même aboutir au final de Chained (qu’on connaît déjà). Mais on retient que la quête de soi est une aventure douloureuse.

Chained. Yaron Shani. Un flic israélien intègre et balourd mène sa vie professionnelle et familiale sans douter de ses valeurs ni de la manière de faire respecter la loi : il braque ses suspects, se met à dos sa belle-fille adolescente et la met en porte-à-faux avec sa mère, et sème conflits et tensions sur son passage. Le film raconte son enfermement dans sa vision de ce qui est bien, et sa manière de l'appliquer jusqu'à l'impasse. Son amour pour sa femme et sa volonté bornée d'agir selon ses principes le mènent droit dans le mur.

lundi 3 août 2020

Tout simplement noir

Jean-Pascal Zadi. J'y suis allée avec une petite méfiance, craignant les blagues franchouillardes convenues, j'ai découvert un auteur et acteur intelligent, plein de dérision et d'autodérision, qui invite à une aimable pérégrination dans toutes les nuances du noir, à commencer par celles du mot lui-même : noir, ce n'est pas black, ni nègre, chaque terme renvoyant à des acceptions différentes, c'est tout simplement noir.
Quant au fait d'être noir, Zadi en épluche un certain nombre de spécificités en faisant défiler une galerie de personnages plus ou moins noirs : de scène en scène, chacun renvoie à une identité, une histoire, une expérience, une revendication, une manière différente d'être et de se sentir noir : africain, antillais, américain, d'origine, de France, de banlieue... chacun a sa façon d'être noir et sa manière de le porter : fière, agressive, militante, communautaire, opportuniste, politique... ou de le nier.
Ça se complique quand deux identités (ou plus) s'affrontent et se disputent la manière d'être le plus légitimement noir ; s'ensuivent prises de bec, joutes oratoires savoureuses, voire empoignades dans une série de séquences drôlatiques, traversées par les gaffes et bévues du héros, passablement naïf ou gentiment ahuri, quand ce ne sont pas ses personnages qui s'emmêlent les pinceaux et s'enfoncent dans des contradictions douteuses. Bref, c'est excellent

mercredi 29 juillet 2020

The Climb

Michael Angelo Corvino. Et voilà comment les méfaits d'une bande annonce efficace, de quelques critiques volubiles, dont le mystérieux TTT de Télérama (il faut payer et s'abonner pour en savoir plus), et de distinctions comme "Prix du Jury au festival de Deauville" et "accessit au festival de Cannes", peuvent tromper le chaland. On se dit qu'on va voir du lourd. Et on a raison, parce que pour être lourd, c'est lourd. Passé la 1ère séquence (la montée du col est bien vue - et encore, le tabassage par l'homme à la 2CV rouge est totalement inutile, à moins que ce ne soit la lourde métaphore du châtiment que Kyle voudrait infliger à Michael). Bref, on devrait déjà se douter que le réalisateur se laisse aller à des facilités regrettables. Ensuite, on revisite les temps forts de l'american way of life : la scène des funérailles, Thanksgiving, l'enterrement de vie de garçon etc, etc. On devrait y trouver des sommets de drôlerie, de "décalage", de bien vu - bien senti... D'ailleurs, j'ai lu quelque part "Succession désopilante de saynètes" MAIS NON. Rien de désopilant. Que des clichés et des lieux communs. Que du blabla visuel et verbal. On se met assez vite à aspirer à la fin qui n'en finit pas d'advenir, tellement on est englué dans ce cauchemar de répétition : de séquence en séquence, le méchant et toxique Michael vient encore mettre des bâtons dans les roues du gentil Kyle.
Tout est convenu, sans surprise, sans ressort, même le lien étrange qui unit ces deux gars reste improbable et non-élucidé. Bref, c'est à fuir. Sans parler d'une étrange bande musicale avec des chansons françaises bruyantes, et un certain nombre de références au cinéma français (ce qui est plutôt inquiétant pour le cinéma français).
Bref, c'est A FUIR

mardi 28 juillet 2020

The King of Staten Island

Judd Apatow. Portrait drolatique d'un glandeur professionnel et de ses potes. Une bande de bras cassés allergique à toute forme de sérieux, de travail ou de projets d'avenir, à moins qu'ils ne soient particulièrement fumeux. En attendant, le héros parasite éhontement sa mère, avec pour justification diverses séquelles post-traumatiques consécutives au décès de son pompier de père, ce héros. L'équilibre foireux se disloque quand un homme entre dans la vie de sa mère. Les dialogues et situations cocasses s'enchaînent à un bon rythme, c'est drôle et bien mené, et la rédemption possible se dessine dans la deuxième partie du film, moins surprenante.

Lands of murders

Lands of murders, Christian Alvart : une adaptation de La Isla minima (2014, Espagne), à savoir une enquête sur la disparition de deux jeunes fiĺles. Ça se passe dans l'ex Allemagne de l'Est, pas longtemps après la réunification. La collaboration est délicate entre le flic de l'Ouest, plus jeune, et le flic local, plus âgé, aux méthodes musclées. L'enquête donne une peinture sociale déprimante de ce trou du cul du monde dont on n'a qu'une envie, se tirer. Bonne ambiance, c'est à dire que l'atmosphère glauque est efficacement dépeinte, il y a des fausses pistes et des rebondissements, c'est bien mené. (Mais à revoir l'excellente La Isla Minima, c'est étonnamment calqué sur ce modèle, et étonnamment réussi).

Madre, Rodrigo Sorogoyen ; une mère espagnole chez elle, son fils de 6 ans est en vacances avec son père. Il l'appelle au téléphone depuis une plage française déserte, son père l'a planté là, il est censé revenir. Le gamin a peur, sa mère encore plus, le téléphone s'éteint. 10 ans plus tard, la mère vit en France dans le secteur où son fils a disparu et travaille dans un bar de plage. Elle se laisse troubler par un adolescent qui pourrait avoir l'âge du fils. Le film raconte l'histoire de leur relation avec une certaine finesse, chacun dans sa bulle et ses projections, ils arrivent pourtant à se rencontrer sur un fil délicat et intense, et dans l'incompréhension générale des témoins (les amis de la plage, la famille du jeune homme...) Le compagnon de la mère est un personnage intéressant, plutôt subtil. Il y a de jolies scènes, mais... il manque quelque chose pour que ce soit émouvant ou captivant.


dimanche 8 mars 2020

Le monde selon Roger Ballen

A la Halle Saint-Pierre.
Une exposition dérangeante avec une esthétique de la décharge, des bas-fonds et de la marge, comme si Roger Ballen regardait à côté de l'apparence, au delà du normal ou du réel, du côté du rebut et de la frontière. Frontière sociale ou mentale. L'étrange artiste borderline porte un drôle de regard sur un monde glauque, inquiétant, cassé, dévasté, dérangeant. Des têtes crevées ou coupées, des bras cassés, des orbites vides, des pieds déformés, des oiseaux pourris ou morts, des cadavres d'hommes ou de chien, des rats, des chats, des pantins comme des enfants et vice-versa. Au 1er étage, ce sont principalement des photos, toutes étranges, proposant des images inconvenantes, c'est à dire qui déroutent, suscitent l'inconfort du regard comme si elles montraient quelque chose d'obscène. Comme si on se demandait en permanence "mais qu'est ce que je suis censée voir, quel est cet envers du décor dans cette absence de décor : un pied de poupée, un ressort cassé, un vieux grillage tordu, une ficelle qui traîne sur le sol suffisent à générer le bizarre et le malaise. Comme une promenade dans la zone, à la marge du monde civilisé.
Au rez-de-chaussée, il donne corps à cet univers, il l'incarne en un décor de décharge, toujours bizarre et déglingué, et bizarrement, l'univers qu'il a construit en photo à l'étage prend ici du volume et offre une autre dimension de la dévastation.

https://www.hallesaintpierre.org/2019/05/21/roger-ballen/

jeudi 5 mars 2020

La Communion


Jan Komasa. Délinquants, ivrognes et bigots. Sur la base de cette trilogie typiquement polonaise (?) voici un film qui s'élève comme une flamme dans un univers dévasté, celui d'un jeune délinquant, a priori voué, à titre de réhabilitation post-incarcération, à un travail de merde dans une scierie au fin fond de la Pologne.
Dévasté, son univers l'est dès les premières scènes du film qui montrent la violence qui régit son univers : il s'y passe d'infinies violences et turpitudes à l'abri de la loi du silence carcéral. Il se trouve que le héros, meurtrier au demeurant, - on apprendra par la suite que c'est le fait d'un enchaînement stupide de conséquences lié à la stupidité de la jeunesse et à un machisme ontologique hypertrophié par l'alcool- , donc, ce délinquant semble frappé par... quoi ?  la grâce ? ou simplement la lumière émanant de la liturgie, ou peut-être la foi ? Bref, il se sent une vocation pour le séminaire, mais vu ses antécédents, c'est exclu. A sa sortie du centre de délinquants, il devra se contenter de la rédemption par la scierie. Le voilà donc qui débarque au fin fond de la Pologne. Devant l'univers de merde auquel il est voué, il renâcle, et se retrouve chez le curé local, auquel, dans un éclair de génie, ou de démence, il se présente comme prêtre.
Un concours de circonstances fait qu'il devient très vite le curé remplaçant. C'est là qu'il révèle un vrai talent, ou une vraie résonance pour rencontrer les villageois, via une parole authentique, c'est à dire débarrassée des scories, hypocrisies et convenances du culte ordinaire. Il sait parler vrai, du fond de son cœur, et toucher ainsi la communauté de ses paroissiens. Il les rencontre au fond de leur âme, et entre littéralement en communion avec cette communauté dans un registre qui relève aussi bien de l'humanité que de la foi chrétienne. Ou plutôt, il réconcilie l'humanité et la foi chrétienne. En somme, il restitue la puissance de la parole de Dieu. Après, évidemment, le réel le rattrape, et le film suit son cours, sauf qu'entretemps, il y a eu cette communion entre un curé et sa paroisse.
Le titre original est "corpus christi", ce qui est bien plus juste au regard des dernières scènes, (et qui est l'essence de la communion : incarnation et sacrifice / offrande du corps du Christ à la communauté). La fin du film développe d'ailleurs une étrange dimension fatale et sacrificielle. Une forme de réponse (la seule réponse possible ?) quand on atteint le fond de l'impasse.
L'acteur Bartosz Bielenia (Daniel ou le père Tomas) est un personnage magnétique, il crève l'écran, mais tous les personnages du film ont une présence, une réalité extraordinaire. Ce film est un chef d'œuvre de puissance, de densité et de tension.
10/10

mercredi 4 mars 2020

La Lettre à Franco


Alejandro Amenabar.
Film historique montrant la position, plutôt fluctuante et indécise, de l’écrivain Miguel de Unamuno (1864-1936), recteur de l'Université de Salamanque, face à la montée en puissance de Franco, dont le rôle était censé se limiter au renversement de la République, "tant que durerait la guerre". Cette prise de pouvoir se fait dans un contexte de luttes d'influence et de pouvoir au sein de la junte militaire qui semble instrumentaliser un Franco apparemment falot.
Miguel de Unamuno, d'abord favorable aux Républicains, s'en est éloigné, au nom de la civilisation chrétienne menacée par le communisme. D'où son soutien initial au soulèvement contre la République. Le film montre ses indécisions, ses revirements, son incompréhension de ce qui se passe réellement quand son ami le maire de Salamanque est arrêté, puis son jeune collègue à l'université. Avec un leit-motiv dans le film : ouvre les yeux, Miguel".
Le titre original du film est : Mientras dure la guerra = Tant que durera la guerre/ Le temps que durera la guerre. Cette phrase figurait dans le brouillon du texte donnant les pleins pouvoirs à Franco. Elle était censée limiter ces pouvoirs à la durée de la guerre contre les Républicains (guerre civile espagnole). Elle a été supprimée. Le traducteur a choisi un autre angle pour le titre : Lettre à Franco, sans doute plus accessible au public français, en référence à la scène finale.
Très intéressant.

samedi 29 février 2020

La fille au bracelet, Stephane Demoustier. Lise porte un bracelet électronique jusqu'au procès qui jugera si oui ou non elle a assassiné sa meilleure amie un lendemain de fête. Qui est elle vraiment, que pense-t-elle, que ressent-elle ? C'est assez efficace, tout en sobriété, pour tenter de cerner l'opacité de l'adolescence, et la complexité d'un jugement.

Lara Jenkins, Jan-Ole Gerster. Un jour dans la vie d'une femme froide et antipathique, en l'occurrence le jour du premier concert de son fils, pianiste et compositeur. Elle est glaciale et glaçante dans son mépris du monde et son absence totale d'empathie, monstrueuse dans sa manière d'interférer avec "la" soirée de son fils qui a pris ses distances. Le film est tendu de A à Z, on se demande sans cesse quelle indélicatesse ou vacherie perverse - son registre est étendu- elle est capable d'infliger et on finit par comprendre le ressort de son immense frustration (on s'en doutait un peu).

It must be heaven, Elia Suleiman. Délicieux et improbable film, super subtil, en une succession de saynètes en Palestine, à Paris, NewYork... Un air à la Tati
7/10


vendredi 28 février 2020

Invisible man

Leigh Whannel; se laisse voir avec plaisir, et un léger frisson d'horreur, tant la machination mise en œuvre par le mari pervers est efficacement ourdie et sophistiquée. On a peur, on s'effraie, on s'apitoie, on s'horrifie, on en a pour son argent. Ou comment un génie de l'optique peut traquer sa femme jusqu'à la faire passer pour folle. En extrapolant, ça montre aussi comment une femme harcelée a du mal à rendre crédible sa parole.

bof bof

Un divan à Tunis, Manele Labidi. L'installation à Tunis d'une psychanalyste tunisienne de France. C'est mignon, avec bien des embûches prévisibles et convenues. L'actrice est fort jolie.
5/10

1917, Sam Mendes. Un message qui doit arriver à tout prix pour empêcher une attaque piège, qui sera meurtrière. Les aventures des deux soldats messagers au cœur des lignes, en 1917. Tout ce qu'il faut là où il faut comme il faut. Gros moyens, gros effets, mais ça reste convenu. Il manque quelque chose.
5/10

mardi 11 février 2020

3 films chinois

Le Lac aux oies sauvages, Diao Yinan. Hem, vu il y a (2?) mois, mémoire de poisson pour un scénario embrouillé entre chefs de gangs qui s'embrouillent, au moment de se partager les zones de rackett, prostituées qui s'en mêlent, flics en chasse, et un magot planqué quelque part. C'est un film bien noir, qui se passe souvent la nuit, sous la pluie, avec une humanité avide et sale. Ou plutôt très peu d'humanité dans le monde de la pègre. Meutres, trahisons, courses-poursuite, c'est très bien ficelé et complètement déprimant, avec une super image ultra-noire. Le personnage principal est joli garçon.
8/10

L'Adieu, Lulu Wang : la grand-mère et mère est atteinte d’une maladie incurable. Ses proches décident de lui cacher la vérité, mais organisent le mariage du petit-fils  pour provoquer une réunion de famille et être une dernière fois tous ensemble. Billi, la petite fille, née en Chine et élevée aux Etats-Unis, a du mal à accepter ce mensonge fait à l'aïeule. C'est pas mal, intéressant comme enquête sociologique : la vie, l'amour, la mort : comment font les Chinois.
7/10

Séjour dans les monts Fuchun, Gu Xiaogang.
Une autre vision du quotidien en Chine, à travers la chronique d'une vie d'une famille. Ils sont quatre frères : un restaurateur prospère, un pêcheur qui vit sur sa barque avec sa femme et son fils, un frère poursuivi par la mafia locale pour ses dettes de jeux et son fils trisomique et le 4ème ?... ? Ils ont des problèmes d'argent, de logement, de mésalliance (projet de mariage compliqué entre deux jeunes) et doivent s'occuper de leur très vieille mère (qui la prendra en charge ? avec quel argent ?). C'est la chronique douce du quotidien d'une famille de la classe moyenne, leurs usages et traditions. Une peinture ample, harmonieuse qui montre à la fois la Chine active et moderne (la ville en pleine reconstruction) et en arrière-plan une Chine éternelle, ancestrale, codifiée. Une image de la Chine presque sereine, voire poétique dans cette majestueuse peinture au fil du temps, des saisons et de la rivière Fuchun.
8/10


dimanche 9 février 2020

Psychomagie

Un art pour guérir.  Jodorowski met en scène plusieurs séquences / exemples de sa thérapie qui permet de libérer des blocages (pas par les mots ni la parole, mais par des actes théâtraux et poétiques = action directe sur l'inconscient.) On voit entre autres un bègue qui cesse de l'être, un patient qui mime sa renaissance (un peu dégueu) et d'autres fantaisies jodorowskiennes.
"Il s’agissait de proposer à une personne de faire quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Un acte poétique, toujours constructif, jamais destructif. Très vite, j’ai senti que cela avait une vertu thérapeutique".
... "la Psychomagie [...] a le même but, rendre à la personne la conscience de soi, éliminer ce qui l’empêche d’être soi. [...] J’ai envisagé la Psychomagie comme un acte guérisseur, qui permet de toucher en soi son véritable être". Cette thérapie artistique est gratuite et s'adapte à chaque patient. Chaque acte est différent du précédent.

C'est curieux et intéressant, mais il n'y a que Jodorowski pour mettre en œuvre un truc pareil.

mardi 4 février 2020

El Greco, Cardinal Fernando Niño de Guevara

Peint en 1600. Metropolitan Museum of Arts, New

S’il n’était pas le Grand Inquisiteur, on pourrait lui trouver l’air simplement sérieux d’un chirurgien, ou le regard sans concession d’un avocat. L’oeil d’un homme de pouvoir, froid ou sévère. Mais c’est l’Inquisiteur : une sévérité sans concession lui sied d’autant mieux. Pas une once de moëlleux chez cet homme. On peut voir une nuance d’amertume ou de mépris dans le dessin de la bouche. L’austérité de la figure contraste extraordinairement avec le chatoiement du costume, sa matière opulente et somptueuse. La délicatesse des mains dément elle aussi la rigueur du visage : bagues, dentelles, et un mol abandon pour l’une tandis que l’autre se crispe, dans un reste de vigilance, ou bien un reste de contrariété causée par la lettre qu’il a laissée tomber. Est-il réellement assis, ou sur le point de se lever pour donner un ordre fatal, son regard en biais visant celui qu’il a dans le collimateur. En fait, tout est biaisé chez cet homme, il est là, pétri d’arrière-pensées, en train de préparer le coup d’après. On pourrait aussi lui trouver l'air simplement désabusé et le regard dessillé d'un homme qui ne se fait pas d'illusions sur le genre humain.
C'est fou toutes les complexités que propose le peintre dans ce tableau éblouissant.









lundi 3 février 2020

Histoire d'un regard

Et quel regard : celui du photojournaliste Gilles Caron, disparu à 30 ans en 1970 au Cambodge.  En 6 ans, il a couvert pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, le conflit nord-irlandais ou encore la guerre du Vietnam. La réalisatrice Mariana Otero  plonge dans les 100 000 clichés du photoreporter pour lui redonner une présence et raconter l’histoire de son regard.
8/10

vendredi 17 janvier 2020

Les Siffleurs

Assez déroutant, vu que tout le monde trahit tout le monde, tout le monde espionne tout le monde, à coup d'écrans de filatures ou de vidéosurveillance, et tout le monde ment à tout le monde. En gros, flics et truands sont sur la piste du magot de la drogue, qui a disparu, mais tout le monde parle double ou triple langage, et plus encore quand il s'agit de parler la langue des siffleurs, qu'eux seuls comprennent, pour communiquer de loin et à l'insu des autres. Donc personne ne sait plus qui en est où, pour quoi et contre qui.
L'histoire va et vient de personnages en circonstances et revient sur des points de vue différents, selon les personnages. C'est assez virtuose, dans un univers tout aussi déroutant que le déroulé de l'intrigue : paysages étranges des Canaries, décors improbables et non sans poésie lugubre, motel bizarre avec un non moins bizarre tenancier de motel et fan d'opéra, et des références multiples au cinéma et aux studios de cinéma,
Le tout dans une lumière et une ambiance limite sinistre avec des studios de tournage à l'abandon, des salles d'interrogatoire glauques, des appartements aussi glauques, le paysage minéral des Canaries...
Ajoutez une dérision certaine, avec une tonalité entre cynisme et humour noir... Ça donne ce drôle de film intelligent, irracontable et somme toute assez drôle.

dimanche 12 janvier 2020

Le Mans 66


James Mangold. Je n'ai jamais eu le moindre intérêt pour les automobiles, les courses automobiles ou les 24 Heures du Mans, mais j'ai adoré ce film plein de tension et de suspense qui raconte comment un ex-pilote devenu ingénieur-artisan mécanicien, Carroll Shelby (Matt Damon) recyclé dans le business automobile conçoit, avec un pilote de génie, Ken Miles (Christian Bale), une Ford capable de damer le pion aux Ferrari etc.
En gros, une histoire où la passion et le génie des deux "potes", des free-lance, affrontent l'autorité du boss (Henri Ford 2) et de son staff hiérarchisé et manipulateur. Deux versions antagonistes de l'esprit d'équipe, deux visions du monde et un excellent moment de cinéma, avec une solide facture classique, de l'adrénaline et des personnages bien campés, qui racontent à la fois l'Amérique pionnière et l'Amérique industrielle et capitaliste.

vendredi 3 janvier 2020

Brooklyn affairs

(Motherless Brooklyn), Edward Norton : New York années 1950. Lionel Essrog est détective privé. Il enquête sur le meurtre de son mentor et ami Frank Minna. Est-ce parce qu'il souffre du syndrome de la Tourette qu'il est si vigilant et efficace pour détecter de rares indices, et en tirer de brillantes déductions. Au fil d'incursions dans les clubs de jazz de Harlem, les taudis de Brooklyn, le très chic Manhattan, il découvre des secrets compromettant sur l'administration de la ville de New York…  Bien prenant et scotchant
8/10