jeudi 16 juin 2022

Men

 

Alex Garland. Classé dans Epouvante/horreur, c'est plutôt sophistiqué et angoissant (même si 2 ou 3 scènes "gore"). Une jeune femme, Harper (Jessie Buckley) part se réfugier dans une belle demeure de la campagne anglaise pour se ressourcer après un drame personnel, sauf que tout a l'air un peu bizarre dès le début, et pas très rassurant : le propriétaire (Rory Kinnear), la promenade dans les environs, cette apparition bizarre dans les bois, le policier, le pasteur, le gamin... (auxquels Rory Kinnear prête son visage : c'est bluffant). Tandis que la tension monte - d'autant plus qu'elle est en butte au machisme ambiant face à une femme seule, séparée, isolée - les souvenirs du traumatisme qui hante Harper refont surface. Tout en interrogeant la violence du rapport homme/femme, le film laisse planer le doute sur une bonne partie du film. Est-ce que la situation est réellement anxyogène, ou bien c'est Harper qui se fait un film ?  Le final est étrange et saisissant (et gore).

mercredi 8 juin 2022

Frère et sœur

 

Arnaud Desplechin. Louis (Melvil Poupaud) et Alice (Marion Cotillard). Deux pôles antagoniste, deux blocs de haine irréductible, dont on ne saisit pas vraiment les ressorts (jalousie d'enfance ? des choses que Louis aurait révélées dans ses livres ?)  Rien n'est jamais très clair dans les relations familiales, il y a même un psy dans le scénario, histoire de rappeler que tout ça se noue loin dans l'enfance ; d'ailleurs, c'est l'accident des parents qui va attirer-repousser le frère et la sœur à l'hôpital. S'ensuit un  ballet d'évitements, souvenirs, syncopes, flash-back, d'excès alcoolique, psychotropique ou médicamenteux, ... Le film juxtapose de belles scènes/tranches de vie (notamment les scènes avec la merveilleuse Golshifteh Farahani), mais le "décousu" fait qu'on reste un spectateur vaguement perplexe devant cette surenchère enfantine à rester le gagnant de la haine la plus tenace et inextinguible. Comme si, à leur âge, ils avaient gardé leur âme/haine d'enfant. Ou alors c'est parce qu'ils sont tous les deux des artistes (de ces gens qui ne se plient pas au sens commun). Sur le coup, c'est long et un peu chiant, on se dit que leurs egos hypertrophiés ne méritent pas ces excès d'attention. Après coup, il reste les beaux acteurs, de belles séquences et quelques étranges scènes paroxystiques.

jeudi 2 juin 2022

La Ruche

 Portrait de  Fahrije, une femme libre dans un monde clos. Ça se passe après les guerres balkaniques (Kosovo / Serbie-Montenegro) la moitié des hommes de ce village kosovar a disparu, exterminés par les Serbes, sans qu'on ait retrouvé les corps de bon nombre d'entre eux. Mais le monde continue comme avant et la survie, comme on peut : les hommes au café, les femmes à la maison, même si les hommes qui subvenaient aux besoins de leurs familles ont disparu. Malheur à celle qui va braver l'ordre ancestral, passer son permis de conduire, et monter une entreprise artisanale de conserves d'ajvar (une sorte de coulis de poivrons). Le film raconte le combat Fahrije pour survivre dans un environnement hostile, où les autres femmes n'osent pas ce qu'elle ose : travailler hors de la maison, ou plutôt faire sortir de la maison le seul travail que ces femmes sachent faire : la cuisine. L'abeille industrieuse  gagne peu à peu l'adhésion d'autres abeilles du village... C'est une histoire vraie, c'est un film dense, dur, sobre et puissant.

Murina

Antoneta Alamat Kusijanovic. La mer, la plongée, la pêche à la murène, le soleil, une magnifique jeune fille, l'emprise du père, Ante, qui ordonne et régente le monde autour de lui : un caillou rocheux, potentiel paradis touristique si investisseur... En l'occurrence, Javier, un ami d'enfance, qui débarque auréolé de sa richesse, sa puissance, et "l'ailleurs" qu'il incarne. Son arrivée sème le trouble dans cet univers contraint. Il ranime l'idée, ou le souvenir du désir (il a été amoureux de la mère), et trouble la jeune fille en suscitant l'idée d'un autre monde, une autre vie, un autre ordre (ou désordre) possible, un monde affranchi du père. C'est sculpté à la perfection : la perfection des corps, leur proximité dangereuse, et l'impression de progresser  à la limite du supportable : l'emprise du père, l'enfermement physique et moral, le sentiment permanent d'une catastrophe imminente.

Birds of America/Les Oiseaux d'Amérique

Jacques Lœuille. Le Mississipi dans la 1ère moitié du 19° siècle et le foisonnement d'oiseaux dont il était peuplé. Jean-Jacques Audubon  a publié le résultat de ses observations en 4 volumes entre 1827 et 1838,  Birds of America : 435 planches d’un format de 1 mètre sur 75 centimètres, gravées sur cuivre et coloriées à la main, 1065 oiseaux représentés grandeur nature, appartenant à 489 espèces. C'est un éblouissant témoignage et hommage à l'incommensurable splendeur de la nature et de la biodiversité. En parallèle, le Mississipi d'aujourd'hui après les ravages successifs des plantations ( déforestation) puis ceux des industries du pétrole... Les images et témoignages du présent sont désespérants : une foultitude d'espèces ont disparu, tout comme ont disparu une foultitude de nations indiennes, tandis que les populations riveraines subissent la pollution ambiante. Un beau documentaire poignant, encore un coup d'épée dans l'eau pour dénoncer la puissance dévastatrice de l'activité humaine hors de contôle.https://dai.ly/x8b8157https://dai.ly/x8b8157

mardi 31 mai 2022

Quelques films

Presque : Bernard Campan, Alexandre Jollien /un entrepreneur de pompes funèbres, une rencontre improbable avec un handicapé moteur, leur périple en corbillard de Lausanne vers le sud de la France. Très bien, sensible et intelligent

Une Affaire d'Etat : Thierry de Peretti. Le patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (=Jacques Billard=Vincent Lindon = affaire François Thierry) expose ses méthodes discutables, mais efficaces selon lui : laisser passer la drogue pour la suivre et remonter aux gros trafiquants, s’appuyant notamment sur un infiltré (Hubert Antoine = Roschdy Zem dans le film). Mais l’infiltré se rebiffe et contacte un journaliste de Libération (Stéphane Vilner=Pio Marmaï) pour dénoncer les méthodes discutables de son patron (un certain laxisme fait que quelques tonnes de drogue disparaissent ci ou là) et ils écrivent « L’infiltré » (à l’origine du film).
Le film se conclut sur le procès en diffamation qui en découle, pour décider s’il y a scandale d’état ou affabulation de l’infiltré. Pas mal, un peu complexe ou confus, quelques longueurs ou séquences parasites.

The Chef : Philip Barantini. Dans les coulisses d'un restaurant étoilé, la dure vie d'un jeune chef qui a investi dans son propre restaurant à Londres.

La Panthères des neiges. Vincent Munier (le photographe) et Sylvain Tesson (l’écrivain) en quête de la panthère des neiges sur les hauts plateaux tibétains. Beau, sensible etc

The Souvenir I et II , Joanna Hogg : deux versions de la même histoire d'amour toxique par la même protagoniste, étudiante en école de cinéma. Complexe, sensible, intelligent, compliqué de rendre compte des qualités de ces deux films. Tout est là :

https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/the-souvenir-part-i-et-part-ii-joanna-hogg-critique-film-10046059/

Nos âmes d'enfants Mike Mills. Un journaliste radio (Joaquim Phœnix)  prépare un reportage sur la jeunesse. Il se retrouve "affligé" de son neveu pendant que la mère doit s'occuper du père de l'enfant. La relation qui se construit...Rien n'est faux mais bof.

Mademoiselle Ogin : Kinuyo Tanaka. À la fin du XVIe siècle, alors que le Christianisme, venu d’Occident, est proscrit, Mademoiselle Ogin tombe amoureuse du samouraï Ukon Takayama, qui est chrétien. Le guerrier refuse ses avances, préférant se consacrer à sa foi, et Ogin prend pour époux un homme qu’elle n’aime pas. Mais quelques années plus tard, Ukon revient et lui avoue son amour. Ogin, qui est la fille du célèbre maître de thé Rikyu, veut reprendre sa liberté. Mais le redoutable Hideyoshi, qui règne sur le pays, a entamé des persécutions anti-chrétiennes... Intéressant pour la reconstitution historique et la narration d'une belle histoire d'antan et d'ailleurs.

La Notte : Antonioni. Tout à déjà été dit-écrit, mais après coup (longtemps après) ... j'ai trouvé vaguement ennuyeuse cette nuit d'ennui et de désenchantement, cette vague errance des corps et des âmes, même si la belle Monica, le beau Marcello... Je suppose qu'il fallait voir ce film quand il était moderne et dans l'air du temps. Mais 50 ans après...

Belfast : cf post

Notre-Dame brûle , Jean-Jacques Annaud : le "making of" de l'incendie. Scotchant

Aristocrats, Yukiko Sode. Hanako, de famille riche et traditionnelle, bientôt 30 ans, est toujours célibataire. Elle accepte un mariage (arrangé) avec une famille encore plus huppée. Mariage ambigu, frustrant. Le mari, également victime des injonctions de son milieu - il sera politicien comme papa- entretient aussi une relation  ambiguë avec Miki, ex-étudiante devenue hôtesse faute de moyens. Portrait de deux manières d'être japonais en général et une femme japonaise en particulier, l'une soumise, l'autre pas. De suivre ou pas la tradition et les injonctions familiales et sociétales. 

Contes du hasard et autres fantaisises, Ryūsuke Hamaguchi. 2 copines rentrent de tournage, l'une raconte à l'autre l'intensité de la relation amoureuse qu'elle vient d'entamer. Il se trouve que l'homme est l'ex de l'autre. / Un étudiant frustré construit une manipulation pour compromettre un professeur d'université/ Deux jeunes femmes se rencontrent par hasard et évoquent des souvenirs de jeunesse. Description aiguisée des relations humaines. 

Un été avec Monika, un Bergman de jeunesse. Milieu prolétaire, naissance d'une idylle entre deux jeunes gens un peu rebelles, insouciants, leurs amours en roue libre (bateau, été, soleil) mais vient la fin de l'été... L'insouciante et troublante Monika ne rentrera pas dans le rang, malgré la naissance d'un enfant. Beau portrait de la jeunesse rattrapée (ou pas) par le principe de réalité. 

Downton Abbey  On retrouve les mêmes avec plaisir. Bien scénarisé, dialogué, filmé... impeccable

Et j'aime à la fureur André Bonzel. En héritant d'une malle de bobines de films amateurs, André Bonzel se sert de ces films pour raconter sa vie, sa famille et son amour du cinéma. On se laisse porter avec plaisir et curiosité pour ces archives de personne, de nulle part et de tout le monde ainsi que par ce récit d'une vie singulière et universelle.

dimanche 6 mars 2022

Belfast

 Kenneth Brannagh. L'enfance nord-irlandaise du réalisateur. Le film démarre en août 1969, quand débutent les émeutes entre protestants et catholiques à Belfast. C'est pas mal, mais un peu convenu à tous points de vue : le petit garçon est adorable de sensibilité enfantine, la maman est touchante d'intelligence maternelle, le père est un peu évasif (il fait des aller-retours entre son travail, loin, et sa famille à Belfast) mais sait se montrer un père quand il le faut, le grand-père est délicieusement grand-père, et tout ça évolue dans un décor de carton-pâte : le quartier où tout le monde se connaît, la rue où il a grandi, bref un monde idyllique (regard d'enfant) jusqu'au moment où éclatent les émeutes (violence incompréhensible, horrible etc) avec la figure du mal : un activiste tordu et malfaisant, les habitants sommés de choisir leur camp... Ça se laisse voir parce que tous ces gens sont touchants et sympathiques, c'est joli en noir et blanc, avec la déco et les vêtements de ces année-là, mais il manque quelque chose qui empêche que ces images parfaitement léchées fassent un film marquant.

samedi 26 février 2022

Les Poings desserrés

Kira Kovalenko (32 ans), prix de la section Un certain regard au Festival de Canne. Regard sur un univers sinistre et verrouillé, dans un pays sinistre proche de la Géorgie (Ossétie du Nord), sans couleur et sans âme, avec une route, une zone minière, une sorte de village- usine pour les travailleurs de la mine, et rien de rien, à part le boulot (à la mine ou à la mairie), un terrain vague où faire rugir les moteurs en dérapages contrôlés, l'école (qui sert aussi de salle de bal local) et une micro boutique-bazar minable, où travaille justement Ada (Adadza), la plus enfermée de tous, tenue en laisse par "l'amour" de son père (dictature patriarcale) et par "ses" hommes : un soupirant vraiment lourd, le petit frère vraiment collant, et le grand frère, figure possible de la libération. Le jeune fille est pieds et poings liés dans les liens de cette micro-société étouffante, où elle va mal à tous points de vue et ne peut que serrer les poings de détresse et d'impuissance en rêvant de partir. Sauf si le retour de l'aîné, parti à Rostof, arrivait à débloquer la situation. C'est très bien ficelé (c'est le cas de le dire) et complètement déprimant. On étouffe devant ce portrait effroyable d'un pays, d'une famille, d'une jeunesse. C'est aussi déprimant qu'un film des frères Dardenne. On est content quand c'est fini.

lundi 21 février 2022

Damon Galgut, L'Eté arctique

 Titre original, Arctic Summer, à ne pas confondre avec Arctic Summer (L'Eté arctique), roman ébauché d'E.M Forster. 

Damon Galgut s’attaque à un monument, le personnage d’E.M Forster : il l’esquisse, l’ébauche, le sculpte, le dessine, l’affine, le peaufine. Approximations et fausses routes, allers vers l’avant, retours en arrière, reniements, engouements, déceptions… Arctic Summer offre un portrait très subtil et profond de la solitude de l’écrivain. Solitude en général, puisque c’est apparemment le propre de l’écrivain de ne pas trouver sa place dans le monde et de s’y sentir en constant porte-à-faux. Pire encore quand l’écrivain est un homosexuel qui peut d’autant moins assumer son homosexualité qu’on est en Angleterre au début du 20ème siècle. S’ajoute à ça, ou plutôt préexiste à ça le carcan de la réalité sociale : les gens de son rang évoluent au cœur d’un sytème de castes, où la hiérarchie et les appartenances se lisent en fonction des clubs, des collèges, des cercles fréquentés. Galgut explore brillamment le dédale ou labyrinthe de ce qu’il convient de faire ou pas, de taire ou dire, à qui le taire et à qui le dire… Toute la société est verrouillée et sécrète à l’infini les codes de la convenance et de la pensée correcte à tous les niveaux. Sans compter l’omniprésence d’un mère qui doit absolument être épargnée de tout contact avec la réalité de ce que vit, ressent, éprouve son fils. C’est donc ce qui anime tout le livre : la quête douloureuse de quelqu’un à qui parler en son âme et conscience, quelqu’un à aimer corps et âme. L’affaire se complique encore dans la confrontation avec l’Inde, où s’ajoute le système colonial et le sytème des castes, doublé de la partition religieuse (hindous/mahométans). Forster en effet, sur la foi d’échanges un tant soi peu authentiques avec Massood, étudiant indien à Cambridge (ou Oxford) s’est pris à rêver d’une autre vie, une vie où il serait en harmonie avec lui-même et avec l’homme qu’il aime. Il entame donc le voyage en Inde. Mais en fait d’authenticité, il rencontre en Inde un homme fuyant, incernable, appartenant d'abord à son pays, son métier, son milieu, et à une société encore plus rigide. Le système britannique sécrète sa domination et ses propres castes tandis que les Indiens sécrètent les leurs : deux systèmes de rigidité qui se juxtaposent et se renforcent quand ils ne s’affrontent pas. Forster traverse l’Inde comme dans un rêve, ou un brouillard, où rien ne s’agence jamais comme il l’a imaginé ou pensé, où les connexions attendues ne se font pas ou se défont. L’Inde est trop complexe et déroutante. Il n’y comprend rien, ou plutôt, il lui faut le temps du recul et de l’élaboration pour « digérer » le choc de ce continent et l’expérience de lui-même. Tout ce qu’il absorbe - une infinité d’impressions, d’anecdotes, de rencontres, de paysages, de situations, de réflexions sur la manière d’être des Anglais et des Indiens - sera la matière du livre à venir, La Route des Indes.
J’aime beaucoup ce roman, son intelligence de l’intimité d’un homme et de la complexité du monde, et la peinture de la dynamique de réagencement permanent de l’articulation entre « moi et le monde », l’intime et le sociétal.
Pour une étrange raison, l’exemplaire que j’ai lu  (acheté sur internet via un site de librairies) vient d’une bibliothèque, avec la mention infamante « EXCLU DES COLLECTIONS ». Quel bizarre et tragique destin, alors qu’il s’agit d’un grand roman. Je me demande d’ailleurs ce qui a conduit à cette exclusion. Le simple fait de ne pas être emprunté ? Beurk. Ils auraient mieux fait de le lire et de conseiller la lecture de cet excellent écrivain sud-africain, auteur également de L'Imposteur, excellent roman, également puni : il  "a fait l'objet d'une élimination des collections du réseau des bibliothèques de la Communauté d'Agglomération Paris-Vallée de la Marne".

vendredi 11 février 2022

Adieu Paris

Edouard Baer. C'est une bande de vieux potes/vieux beaux du monde branché parisien (écrivain, sculpteur, chanteur,  philosophe, acteur...) qui se retrouvent rituellement dans le restaurant (branché intello chic, bien sûr, La Closerie des Lilas) qui les accueille depuis toujours. Une réunion très sélecte et sélective. Ils se retrouvent donc avec leurs vieilles connivences et tout ce qui a pu se forger en au moins 20 ans d'amitié. Quoique. La séquence du début où Pierre Arditi (l'écrivain) éclate de méchanceté  et d'intolérance - même s'il affirme avoir de bonnes raisons de le faire - montre un vieus agressif, intolérant, trop sûr de son bon droit, bref, odieux. On se dit que la réunion des vieux amis commence bizarrement. De fait, derrière les figures imposées, derrière leurs numéros rôdés toute une vie, derrière le prétexte de ce repas stupide, et la bonne humeur affichée, toute à la joie des retrouvailles, Edouard Baer laisse finement percer un tas d'indices sur la mécanique qui grince, les réparties qui patinent, les vacheries qui font mouche, les rancœurs latentes, l'ennui ou le vide qui s'instillent sournoisement dans une conversation sans intérêt. Comme le demande l'un des convives (le plus absent et le plus sympathique de tous),  "est-ce que la conversation n'était pas plus intéressante, avant ?" En effet, ces ex-faiseurs de mode et d'opinion ne font que blablater et faire du bruit. Et quand il y a un blanc, ou un vide, ou une gêne, on porte un toast, et on recommence. Ces vieux ont une descente impressionnante, malgré la collection de maux qui les affligent à des titres divers : c'est la séquence succulente où ils s'informent mutuellement des pilules, comprimés et autres médications qu'ils avalent tous quotidiennement. La prouesse d'Edouard Baer, c'est de laisser infuser et filtrer ce qui est latent : rancœur, jalousie, mépris, mesquinerie... percent ici et là et sont de moins en moins évités ou contournés. Ils ont l'habitude que ça se passe bien, ils se souviennent que c'était bien, ça doit bien se passer bien et tout le déjeuner est une fuite en avant pour ne pas admettre que tout a changé, qu'ils sont vieux, nuls, fatigués, qu'ils s'emmerdent... et que tout ça coûte très cher. Les acteurs excellent dans cette comédie amère et désenchantée (mention spéciale pour le grand numéro de solitude de Benoît Poelvorde). Le jeu de massacre est parfaitement orchestré et exécuté.

mercredi 9 février 2022

Une Jeune fille qui va bien

Quelle arnaque toutes ces aimables critiques. Apparemment, Sandrine Kiberlain est sympathique et on ne veut pas la blesser en disant du mal du film. Mais cette jeune fille qui va (trop) bien génère un ennui durable et profond. Ses inlassables répétitions en vue du Conservatoire, ses inévitables dîners dans sa sympathique famille, son adorable grand-mère complétée d'un adorable papa et d'un non moins adorable frère (tout le monde il est gentil), ses amours naissantes... Tout va bien, même si un beau jour on doit porter l'étoile ou tamponner d'un "juif" sa carte d'identité : donc en effet, en arrière-plan, très très en arrière, il y a un vague soupçon que ça ne va pas si bien (genre antisémitisme) et on ne voit même pas que la France est occupée. Bref, cette jeune fille envahie par sa jeunesse est complètement aveugle à ce qui n'est pas son monde et ses préoccupations d'adolescente. Soit. Ça arrive, surtout à cet âge. Mais alors pourquoi en faire un film et surtout ce film insipide, sans émoi et sans aspérité. Même si l'actrice est charmante (quoique : exaspérante à force de sourire inexorablement, aimablement, charmantement, primesautièrement... Elle est souriante (puisqu'elle va bien). Légère, sympathique et aveugle en toute circonstance. Même quand son partenaire de scène disparaît, ça l'intrigue mais ça ne lui fait pas plus d'effet que ça. Elle ne suppose même pas qu'il a pris la tangente à cause de la montée des mesures antijuives, ni qu'il a pu être arrêté. Ou alors S.Kiberlain voulait montrer que l'adolescence est un âge un peu stupide et borné à ses propres et uniques centres d'intérêt ?

vendredi 28 janvier 2022

Nightmare Alley

 Guillermo del Toro. Au vu de la première scène, c'est un type bizarre qui arrive dans un cirque itinérant. Fauché, aux abois, il y creuse son trou en acceptant les pires petis boulots. Comme il est arriviste, ambitieux et astucieux, il monte en grade peu à peu, et particulièrement après sa rencontre avec la voyante sur le retour et son mari, mentaliste déchu. Il apprend les ficelles du métier etc.... Le film raconte d'abord l'ambition et l'ascension de ce type dans ce monde du cirque. La peinture de ce monde et de ses figures est séduisante et convaincante, colorée, chatoyante et effrayante à la fois, montrant l'envers de violence et de misère qui sous-tend le décor. Les personnages, les péripéties, les monstres, tout est pittoresque, bien senti et bien foutu jusqu'au moment où il quitte le cirque des bouseux pour réussir brillamment en ville, dans des salles chic et prestigieuses. C'est la deuxième partie. A partir de là, c'est toujours brillant et enlevé, toujours aussi parfait visuellement. Il y a  tout ce qu'il faut là où il faut, notamment Cate Blanchett qui apporte sa contribution spectaculaire et vénéneuse, mais c'est trop parfait dans la démonstration. Quelque chose cloche. C'est devenu une mécanique dont on attend le moment où elle va s'enrayer.  Ça devient un peu long, démonstratif, prévisible. Le charme se dissipe et on a bien compris que le monstre n'est pas forcément là où on l'attend ni celui qu'on croit.

vendredi 14 janvier 2022

Twist à Bamako

Twist à Bamako, Robert Guédiguian : le Mali fraîchement indépendant, un sympathique jeune homme,  militant idéaliste et naïf, la clique politique, la classe des marchands, une jeune femme en rupture de mariage forcé. Une histoire d'amour naît sur fond de conflits entre individu et société, ou comment les aspirations individuelles se heurtent aux lois politiques et sociales. Ça se passe à l'époque du twist et à l'âge des boîtes de nuit et c'est joliment raconté : c'est un bon moment.

Rose, d'Aurélie Saada : ou comment la mort de l'époux (40 ans de mariage ou plus) ouvre de nouveau horizons. Assez long, assez bavard et bruyant. C'est une variation très moyenne sur le thème de La Vieille dame indigne. Bof. On peut s'en passer

mercredi 12 janvier 2022

Bad Luck Banging or Loony Porn

Radu Jude. Le mieux, c'est de débarquer sans savoir ce qu'on va voir, parce que c'est assez étonnant et déroutant, surtout la 1ère séquence. Donc, il vaut mieux n'absolument rien lire avant de voir le film pour aller d'indices en surprises, d'autant que la deuxième séquence est bizarre, elle aussi. On a quitté la chambre des ébats, on est en ville, dans la rue, avec une femme convenablement et sobrement habillée d'un tailleur gris, qui marche interminablement dans la ville, prétexte à montrer un paysage moche, dégradé, criard, vulgaire : toutes les images peignent la laideur et la vulgarité ambiante, le bâti est moche, à base de grands ensembles d'immeubles, ou dévasté ; ce qui est ancien est rare et complètement en ruine, les immeubles sont tagués, dégradés, il y a tout le temps des voitures, trop de voitures qui se garent impunément sur les trottoirs, les gens sont agressifs, mal élevés, sexistes, ils s'insultent crûment (genre suce ma bite etc). Bref, on voit une ville criarde, vulgaire et éprouvante et une humanité ordinaire agressive, médiocre et mal élevée. 

On comprend que cette femme s'interroge sur les raisons qui ont conduit un film porno amateur (les ébats d'un couple) à atterrir sur la toile et ruiner son crédit et sa réputation de professeure dans un bon établissement scolaire.  Episode qui se poursuit par une série de saynètes ou images illustrées de proverbes, ou assertions diverses sur les principes et références qui organisent la Roumanie. Un mélange de mise à distance et mise en scène des lieux communs ou du fonds culturel commun. Un regard ironique et désabusé sur le contexte historique, sociétal et politique baigné de pensée correcte.

En fait, et c'est la dernière séquence, cette femme se rend à une convocation-confrontation avec les parents d'élèves pour qu'on juge si on va la laisser enseigner encore. C'est donc un procès où les parents donnent libre cours à leurs plus bas instincts moralisateurs, c'est toute la mauvaise foi de la "bonne éducation", le conformisme petit-bourgeois, les lois de l'ascension scolaire et sociale, les interdits, la religion. A l'arrière plan surgit tout un passé et un substrat / une culture de l'antisémitisme, de l'anti-tziganisme, de la pensée totalitaire, qu'elle soit nazie ou stalinienne, du négationnisme, de la corruption, de la morale la plus réactionnaire. Sur la base d'un discours conformiste, hypocrite et moralisateur, les protagonistes s'affrontent sur les principes de l'éducation et les principes en général.

C'est à la fois une farce, une rigolade, une charge féroce et/ou caricaturale et c'est un peu "too much", mais c'est bien. C'est un ton et une construction différents et rafraîchissants. Un drôle d'exercice de style qui, à partir d'une banale affaire de sex-tape en chambre, la chose la plus intime qui soit, donne au film une vraie dimension critique et politique. 

Cf d'autres films de Radu Jude : Aferim, Peu m'importe si l'histoire nous considère comme des barbares... (YouTube)

dimanche 9 janvier 2022

Tromperie

Arnaud Desplechin. C’est relativement ennuyeux, ce bavardage de couple (adultère) qui parle de tout et de rien (plutôt de rien) et Podalydes n’est pas du tout à la hauteur de Léa Seydoux, qui crève l’écran et captive. Podalydes/Roth fait plutôt pâle figure, alors que son rôle de vampire devrait le rendre électrique et fulgurant. Car il se nourrit de ses conquêtes pour écrire et couche sur le papier leurs (insipides) échanges de couple, il revient aussi à d’anciennes conquêtes qu’il revoit, à qui il téléphone etc.
En plus, Podalydes  n’est pas du tout assez juif. Je ne sais pas ce que j’entends par là, je suppose que j’attendais un peu de « Witz », quelque chose de spirituel et brillant, or ça ne l’est pas.
J’ai hâte de lire le livre pour retrouver la causticité et l’intelligence de Philip Roth, parce que là, le compte n’y est pas. A la rigueur, on pourrait dire que le film prend un peu son essor dans le troisième tiers ?

mardi 21 décembre 2021

Ilya Repine au Petit Palais : Peindre l'âme russe

Découverte intéressante de la société russe à la charnière 19e-20e siècle. Ilya Repine sait regarder l'humain et le peindre et offre une très intéressante promenade dans l'univers russe - la cour - le tsar - les artistes et intellectuels - les paysans- les processions religieuses, - les cosaques ... Toutes les nuances et subtilités des visages, des expressions, des costumes, des étoffes... les faces rubicondes, les paysans déguenillés, tout y est. Une belle immersion.

https://www.petitpalais.paris.fr/expositions/ilya-repine-1844-1930


                  Portrait d'Alexandre Kerenski (1917-18)     Gogol brûlant un manuscrit (détail)






Rattrapage de décembre

Décembre ---------------------

Odeon : Le Passé : cf commentaire assassin le 1er décembre

IMA :Juifs d'Orient : belle expo pédagogique, intéressante consacrée à l’histoire, depuis l'Antiquité, établissements juifs dans le monde arabe et le pourtour méditerranéen.

https://www.imarabe.org/fr/expositions/juifs-d-orient

The Grandmaster Wong Kar-Wai : cf 5 mai 2013 je l'avais vu, oublié, et redécouvert avec grand paisir et admiration.  https://www.blogger.com/blog/post/edit/751059111565963943/1736059874368437982

House of Gucci Ridley Scott : effroyable histoire de privilèges et de cupidité. Je comprends que la famille porte plainte, ils n'en sortent pas grandis. La Patrizia est une manipulatrice avide, l'héritier un dandy paresseux et nonchalant, qui ne sait que se laisser vivre. C'est la génération fondatrice qui s'en sort le moins mal : le père fondateur, austère et efficace, le tonton, vrai businessman. J'ai découvert toutes ces turpitudes avec un plaisir de midinette invitée à contempler le zoo des puissants.

Morphine au théâtre de Belleville : spectacle étonnant, déroutant, plein d'hémoglobine et de loufoquerie morbide. Mis en scène par Mariana Lézin. Passé les premières minutes où l'on a peur de s'être trompé, la pièce devient vraiment intéressante, avec deux comédiens remarquables, Paul Tilmont et Brice Cousin, qui incarnent la descente aux enfers d'un médecin morphinomane, perdu au fin fond de la Russie la plus profonde. Solitude et désolation. (D'après des textes de Mikhail Boulgakov)

Voici une critique judicieuse : https://sceneweb.fr/mariana-lezin-met-en-scene-morphine-dapres-mikail-boulgakov/

Les Choses humaines Yvan Attal. Une histoire de viol qui expose les différences de perception entre le violeur et la violée, soit la zone grise où tout l'art du procès va consister à donner des éclairages concluants. Ça montre donc aussi la brutalité du procès qui dissèque chaque mot, chaque geste, pour obtenir des éclaircissements et un jugement équitable. C'est la deuxième violence du viol, la répétition, comme s'il fallait rejouer la scène à l'infini, verbaliser, rectifier, recommencer, répondre à l'infini à une infinité de questions. D'abord aux enquêteurs, ensuite au procureur, aux juges. C'est à dire revivre la scène à l'infini, au point qu'on se demande si on aurait vraiment envie de s'exposer à ça après le traumatisme d'un viol. Mais peut-être qu'à force de répéter, rabâcher les mêmes réponses, tout ça finit par se mettre à distance ?

Madres paralelas : comme son titre l'indique, deux femmes accouchent en même temps, leur destin se trouve lié, avec à l'arrière-plan une quête de vérité historique sur les massacres de la guerre civile. Pénélope Cruz sur les traces du passé de sa famille, son village. Pas mal, mais un peu volontariste et laborieux


lundi 20 décembre 2021

Rattrapage de septembre-octobre-novembre

Paresse, paresse. Il est temps de mettre tout ça à jour, avant que j'oublie complètement

Cinéma----------------------------

Deux films de Dino Risi : Au nom du peuple italien : que je n'avais jamais vu, et qui est une réjouissante description de l'affrontement, à partir du meurtre d'une call-girl, entre un juge honnête (Ugo Tognazzi) et un PDG corrompu et affairiste (Vittorio Gassman). Drôle et amer, enlevé, spirituel.

Parfum de femme : que j'avais vu et bizarrement oublié. Je crois me souvenir que je n'avais pas trop aimé (???). Alors que c'est un excellent, subtil, tendre à sa manière et amer film. Un officier à la retraite, aveugle et aigri, (Vittorio Gassman), un jeune soldat qui l'accompagne dans son voyage en train jusqu'à Naples, une réunion familiale, joie de vivre, insouciance, affection familale et Gassman toujours grincheux, qui poursuit son idée...  La vitalité de la jeunesse, l'amertume d'un presque vieux, une terrasse de rêve sur la baie de Naples, diverses péripéties : 40 ans après, le film garde un charme acide et n'a pas vieilli.

Un espion ordinaire, Dominic Cooke. Un représentant de commerce anglais, ses allers-retours entre Londres et Moscoi au cœur de la guerre froide, ses contacts avec le colonel soviétique Oleg Penkovsky (éviter un affrontement nucléaire et désamorcer la crise des missiles de Cuba). C'est prenant et intéressant.

L'origine de monde, Laurent Lafitte. Lourd, très lourd: le fils, affligé d'une insupportable épouse -Karine Viard-  doit obtenir une photo du vagin/vulve de sa mère pour déjouer je ne sais quelle malédiction. Même pas drôle, même si on sourit ici et là.

Illusions perdues, Xavier Giannol. Tout ce qu'il faut là où il faut, et même un peu plus. C'est survolté (comme l'époque sans doute) et bien vu, donc un bon moment de cinéma. Mais par comparaison et par contraste l'adaptation pour le théâtre de Pauline Bayle (au théâtre de la Bastille) n'en est que plus saisissante : ramassée, condensée, toute cette comédie humaine repose sur 5 comédiens et comédiennes et quasiment aucun décor. C'est épuré, élégant, intense, original et excellent. On reçoit autant, et peut-être plus, qu'avec l'esbroufe du cinéma. 

Octobre -------------------------------------------------------------------------------

 L'étang du démon, Masahiro Shinoda. Poétique, onirique et fantastique. Complètement étranger à tout ce à quoi on est habitué. Une envoûtante histoire qui mêle légende et exotisme japonais, avec toute une séquence fantastique et magique et magnifique pour évoquer la vie des démons de l'étang : une vraie cour princière d'un faste inouï. J'ai adoré la poésie débridée et les excès de ce film. Et aussi le sentiment d'un monde perdu (ou en train de s'effondrer). Les croyances qui maintiennent le village sain et sauf sont pietinées balayées par l'appétit de profit qui fait irruption dans une société traditionnelle. 

https://carlottafilms.com/films/letang-du-demon/

Stillwater,  Tom McCarthy. Matt Damon sur la Canebière pour "sauver" sa fille, emprisonnée à Marseille, et qui s'acoquine avec Camille Cottin. Ça se laisse voir sans grand entrain, ça n'a pas grand intérêt, c'est un peu bâtard. Deux mois plus tard, j'ai eu du mal à me rappeler de quoi il s'agissait.

Theo Angelopoulos : Ulysses Gaze/ L'Eternité et un jour : deux films d'exception. Un jour, j'écrirai mieux que 2 lignes...

 

 Novembre ------------

Une vie démente, Ann Sirot et Raphaël Balboni : un film réussi pour montrer avec sérieux mais non sans humour et légèreté comment la démence sénile qui se déclare chez la mère et belle-mère d'un couple vient perturber leur vie. C'est un sujet casse-gueule, ils s'en sortent très bien. Le film a du charme, de la drôlerie et de l'émotion.

Tre Piani : ce film mériterait aussi un petit effort de compte-rendu. J'ai adoré la finesse, la sensibilité et un certain désenchantement avec lequel Nanni Moretti raconte le genre humain, à travers 3 histoires qui se déroulent à trois étages d'un immeuble. La jeune mère très seule, le fils déviant, le père obsédé par la mésaventure de sa fille...

Compartiment n°6, Juho Kuosmanen. Etrange film, étrange rencontre sur la ligne Moscou-Mourmansk. Entre une jeune femme archéologue, partie observer de fameux pétroglyphes vieux de 10000 ans, et un jeune homme travailleur des mines du Grand Nord. Une intello + un prolo, deux solitudes que tout oppose et qui a priori sont incompatibles, voire intolérantes l'une à l'autre, mais curieusement et contre toute attente ils vont s'apprivoiser. Chacun dépassant ses propres clichés et aversions de "l'autre", le parfait étranger à sa culture et à ses habitudes. C'est délicat, voire tendre, et ça évite les clichés dans un  contexte brutal d'inconfort physique et moral (voyage interminable, climat glacial, perte de ses repères - la jeune femme quitte un milieu chaleureux et protégé à Moscou, et sent qu'elle s'est fait larguer). Tout le film a une ambiance originale et personnelle.

The French Dispatch, Wes Anderson : c'est censé être plein d'humour, plein de fantaisie, plein de références, cet hommage au journalisme vaguement délirant et foutraque est tout à fait exaspérant. On sourit au début, haha, quel style, quel talent, mais on déchante vite. Et c'est interminable.

007 : le dernier James Bond, je me laisse toujours faire

 L'Evénement, Audrey Diwan d'après le roman dAnnie Ernaux. Film sensible et cérébral/ intelligent sur la nécessité d'avorter et la solitude d'une jeune femme libre (ou qui essaie de l'être) dans un milieu conformiste et bourgeois (la fac vers 1965 vs une jeune femme indépendante d'esprit  issue d'un milieux inférieur). Mais bizarrement, je suis restée assez extérieure à tout ça. L'actrice Anamaria Vartolomei est remarquable. 


------------Expos---------------

WANG BING, L'ŒIL QUI MARCHE, au BAL, exposition d'un photographe/cinéaste chinois : "les films anthropologiques où le cinéaste s’attache à suivre les pas des exclus du miracle économique chinois et les films historiques où est recueillie la parole des derniers survivants des campagnes anti droitières de Mao Tsé Toung". Un grand moment de déprime, même si on ne regarde que quelques minutes des films présentés. Noir c'est noir...

https://www.le-bal.fr/2021/03/wang-bing-loeil-qui-marche


Collection MOROZOV à la Fondation  LVMH : grand messe de la culture qui m'a vaguement ennuyée. J'ai visité ça sans entrain, j'attendais le même enthousiasme qu'avec la collection Chtchoukine, mais ça n'a pas marché. A part quelques russes intrigants, deux ou trois Cézanne ou Gauguin, et sans doute quelques autres, je n'ai rien imprimé. C'était peut-être un mauvais jour.


                             Gauguin                                                           Cézanne


Soutine/De Kooning à l'Orangerie. ****

Baselitz ****

Signac collectionneur *** au Musée d'Orsay

 

 

------------------Théâtre---------------------------

Comme tu me veux, Théâtre de l'Odéon, mise en scène Stephane Braunschweig : aussitôt vu, aussitôt oublié, du théâtre dans tout ce qu'il a de barbant et convenu, mais voici une bonne critique positive : https://www.la-croix.com/Culture/Comme-veux-lOdeon-femme-quete-didentite-2021-09-28-1201177754


Dissection d'une chute de neige ***Théâtre des Amandiers :

https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/dissection-dune-chute-de-neige-de-sara-stridsberg

Il y a un peu tous les thèmes à la mode (femme et pouvoir, homosexualité...) mais c'est un belle mise en scène de Christophe Rauck, enlevée, créative, inventive avec d'excellents acteurs, notamment l'extraordinaire Marie-Sophie Ferdane. On  sort de là conquis, séduit, réveillé par tout ce remue-méninges.  Parce que c'est foisonnant, aussi. Bref on ne regrette pas de s'être traîné à Nanterre. 

vendredi 17 décembre 2021

Eva Jospin au Musee de la Chasse et de la nature



https://www.chassenature.org/expositions/galleria?gclid=Cj0KCQiAoNWOBhCwARIsAAiHnEjcKbXZzGkA6Fm4XITVGhE2aBkuv5xWStYASSeLQh6S2LmgIG1Gx8oaAvSnEALw_wcB

Une découverte, ou comment le carton devient un matériau fabuleux dans les mains de l'artiste. L'œuvre principale, Galleria, a un pouvoir fascinant, merveilleux et évocateur. De quoi ? difficile à préciser. On est doucement attiré par l'étrangeté de ce que l'on perçoit, c'est indescriptible, incernable et pourtant familier. Ça ressemble à une galerie Renaissance avec ses plafonds caissonnés, mais c'est tellement foisonnant et déroutant, cette matière qui se renouvelle à l'infini, ces vraies-fausse figures végétales, ces superpositions, surimpressions, ouvertures. Le regard et l'attention sont complètement surpris et charmés, on ne sait plus à quel détail se consacrer, à quel angle se vouer. C'est fascinant, harmonieux, voire rassurant : on se sent protégé au cœur de cette matière douce, chaleureuse, et qui trouve ici une élégance inattendue, complètement insoupçonnable. 

 

 Etrange paroi rocheuse, toujours du carton !
  


J'avais déjà repéré une magnifique création dans une galerie d'accès à Beaupassage (par le boulevard Raspail) mais je ne savais pas que c'était Eva Jospin : elle a créé une forêt magique, qui s'étire derrière une vitre tout le long de cette galerie, ça s'appelle La Traversée, c'est un fourmillement, un enchevêtrement de branches, mousses, racines, c'est surnaturel et d'une grande beauté, d'un grand pouvoir évocateur, on a l'impression de s'enfouir dans la profondeur et la mythologie d'une forêt, c'est tout juste si on ne sent pas les odeurs de feuillage et d'humus, si on ne devine pas quelque mystérieux animal de la forêt. Elle a l'art de nous dérouter en nous attirant dans quelque chose d'a priori familier. C'est un grand plaisir de se balader chez elle.

jeudi 2 décembre 2021

Le Passé, Julien Gosselin

Lu sur le site du théâtre de l'Odéon : "Ovationnée vivement par le public, la pièce Le Passé de Julien Gosselin, d'après les textes du dramaturge et écrivain russe Léonid Andreïev, [...] un exploit de mise en scène, de jeu d'acteurs, de scénographie, de tournage...» « Tous [les comédiens] se révèlent magistraux d'exactitude et d'intensité."

J'ai peur de ne pas avoir vu la même pièce. Mais qu’est-ce que ça braille, ces voix qui s’entrechoquent dans les amplificateurs des micros, ces gens qui courent dans les couloirs, se crient dessus, se tirent dessus, s’engueulent, se pourchassent, se désespèrent, avec, comme s’il fallait souligner la stridence et la pénibilité de la scène, une espèce de couinement aigu continu qui accompagne toute l’action (c'est la musique), vrille le cerveau et les oreilles, bref, ça ressemble à un cauchemar, c’en est un, c’est du théâtre. Sauf que c’est du cinéma, parce que le metteur en scène tient un discours fumeux sur le présent et le passé, je n’ai pas bien compris, alors il fait filmer son théâtre en direct et fait projeter ça sur un écran au dessus de la scène. Il paraît que ça suffit à transformer le présent en passé (une histoire des microsecondes que le son met à passer dans les fils électriques), et de toute façon le passé est là pour nous dire qu’il est bien passé : ces personnages qui s’agitent à l’ancienne, comme quand on faisait du théâtre braillard russe et bavard, eh bien c’est ça, c’est du théâtre russe braillard et bavard dans des couleurs presque sépia. Le problème est absurde, ou absurdement posé, un mari soupçonne sa femme de l’avoir trompé, il lui tire dessus, il la rate, elle s’enfuit , elle ne revient pas, il est désespéré, il revient la chercher - blablabla-, tout ça avec des voix braillardes et insupportables, tout le monde braille en même temps, et aussi le mari aime bien se promener tout nu et se mettre dans sa baignoire. Allez comprendre. Je ne sais plus comment ça finit, dans la confusion générale.
Après, il y a une sombre histoire (la scène est noire, ce sont des voix avec les dialogues en surtitres sur l’écran) c’est donc un obscur dialogue entre La Clarté et le Directeur du théâtre, je n’ai pas compris leur problème, il est question de choses factices, de scène vide, de spectateurs pantins, morts, en bois (on se sent visés, d’ailleurs, c’est bien de nous qu’il parle puisque la lumière s’allume pour regarder dans la salle). C’est peut-être une histoire de mort du théâtre ? Il serait bien capable de nous faire le coup de la mise en abysse. Un truc du genre grosse subtilité, kolossale finesse.
Après, on part à la campagne, on retrouve la bande du début, le mari vient cherche sa femme qui veut qui veut pas qui veut quand même qui l’aime trop, pas assez, beaucoup trop, pas du tout, on comprend rien, ça a l’air de s’arranger, on s’en fout, et puis il y a une histoire de balade en forêt, qui ? Je ne sais plus comment se fait la transition. Ce sont les mêmes ? Ceux qui étaient dans la maison avec le couple et qui sont partis se promener ? En tout cas, il reste un homme et une femme dans la forêt et 3 hommes avinés qui attaquent l’homme et l’assomment. Quand il se réveille et qu’il voit une femme étendue à demi-morte, quelque chose dans l’inertie de cette femme (sans doute l’inertie consécutive à un viol multiple) le pousse à son grand désarroi et à l’insu de son plein gré à lui aussi abuser d’elle et c’est comme ça qu’on assiste en direct au viol, enfin, au récit du viol. Assez criant de vérité et de noirceur. Je ne sais pas ce que ça souligne. Qu’un comble de malfaisance est toujours possible chez l’homme ? Tout ça se raconte + ou - dans le noir (devant le rideau de théâtre, en avant-scène et une quasi obscurité). Bref, ça fait encore une grande séquence où il n’y a rien à voir. (De fait, je n'ai jamais vu une pièce de théâtre où il y avait si peu à voir : la moitié est à l'écran, l'autre moitié dans le noir.)
Après, ça reste bien sombre un bon moment, avec des fumées qui sortent de terre, la brume et tout ça, et quand elle se dissipe, on est dans une masure, chez « la »  famille. Des pantins caricaturaux qui disent des choses caricaturales, notamment un certain Pavel, affligé des tourments d’adolescence et d’un amour frénétique pour une certaine Katia, alors forcément, il se masturbe dans sa chambrette, tout est possible, puisqu’il peut astiquer consciencieusement sa bite en chiffon, quelle audace. Bref ces pantins ne disent et ne font que des choses convenues, même s’ils le disent avec la distance et le décalage induit par leur aspect de poupées de son, bref, on s’en fout, mais qu’est-ce que c’est long et sans surprise, ça n’en finit pas de ne pas finir, c’est d’ailleurs le propre de chacune des séquences, elles sont effroyablement longues, étirées, exploitées jusqu’à la trame, la moelle, usées jusqu’à la corde, ça n’en finit pas de ne pas finir. Et le son n'en finit pas de nous striduler dans le oreilles. Jusqu’à ce que le miraculeux « entracte »  apparaisse sur l’écran. Ouf, je suis partie sans demander mon reste : j'ai trouvé ça verbeux, ampoulé, prétentieux, pénible.


Mais bizarrement, La Terrasse est contente :

https://www.journal-laterrasse.fr/le-passe-de-de-leonid-andreiev-adaptation-et-mes-julien-gosselin/

lundi 25 octobre 2021

Drive my car



Ryusuke Hamaguchi.
A priori, il est question d’un couple bien assorti, cultivé, intello, branché. L’épouse est scénariste, l’époux metteur en scène, leur relation est harmonieuse, mais une faille s’ouvre quand Yusuke découvre par hasard l'infidélité de son épouse et elle se creuse avec le décès accidentel de l’épouse. Aux prises avec sa jalousie, ses interrogations, sa culpabilité d’être arrivé trop tard pour la sauver, trop tard pour parler avec elle, Yusuke arrive à Hiroshima pour mettre en scène Oncle Vania.
La production a mis à sa disposition une voiture avec chauffeure, Misaki, une étrange jeune femme, difficile à cerner, quasi mutique. A travers les péripéties de la mise en scène d’Oncle Vania et au fil des trajets, une étrange relation se crée entre deux solitudes, celle de Yusuke, bardé de mots, de signes, de culture, de références et de douleur, et celle de Misaki, silencieuse, incernable, qui s’imprègne peu à peu des dialogues enregistrés de la pièce, des paroles de Yusuke et de son histoire.

Cette matière complexe, douloureuse, fragmentée s’imprime sur Misaki comme sur un page vierge comme si son silence faisait émerger une vérité sous-jacente, comme si cet afflux de signes et de langages, l’amenait elle aussi, la mutique, à révéler son histoire. Ils agissent l’un envers l’autre à la fois comme confident et révélateur. En questionnant l’amour, le couple, le désir, le sexe, la création, le théâtre et le mystère que chacun abrite derrière sa façade, en racontant le deuil, la jalousie, la culpabilité, la solitude, le non-dit, à force de silences et d'écoute, le metteur en scène et la chauffeure se révèlent l'un à l'autre et à eux mêmes.

Conduis-moi, mets toi à ma place, regarde ce qu’il y a au fond de moi, au fond de toi…

C'est magistral, subtil, nuancé, percutant. C’est fluide, léger, complexe ; on entend les non-dits, ce qui est suggéré ou latent dans les échanges humains, ce qui se dit en surface et ce qui se joue en sous-texte. Le film raconte l’humain opaque à lui même et la connaissance de soi et de l’autre par le biais de la fiction ou du théâtre.

vendredi 20 août 2021

Onoda, 10000 nuits dans la jungle

 Arthur Harari. Etonnant comme on s'attache au destin de ces hommes isolés dans la jungle et dans une folie qui n'en est pas complètement une. Etonnant comme on se laisse captiver par ce récit de 30 ans de refus de la défaite et de survie dans la clandestinité de la jungle. 

Onoda a été formé à une école spéciale de la guerilla et envoyé sur une île des Philippines à la tête d'un détachement. Puis survient l’impossible, la capitulation du Japon, une aberration qui ne peut pas entamer son inoxydable logique de résistance, même si l'ennemi devient de plus en plus abstrait, fantasmé.

Harari filme un idéal de la résistance : habité par la fidélité à ses engagements, Onoda accomplit un voyage intérieur où l'idée de résistance se stylise et s'épure à mesure qu'elle se dépouille d'adversaires et de péripéties. Il ne se passe rien ou presque pendant 30 ans, Onoda vit en totale immersion au cœur de sa logique et au cœur de la jungle. Plus le temps passe, plus le cercle de ses compagnons se restreint, plus c'est radical, minimaliste, l'idée de résistance se réduit à sa plus simple expression, la lutte contre les éléments, la faim, la survie, et une forme de communion méditative avec la nature. Par moments, on pense à Terence Malick, le bavardage en moins. 

Un des attraits du film, c'est qu'on croit plus ou moins deviner à quoi s'attendre, alors qu'on est emmené tout à fait ailleurs, dans un univers étrange et radical, à côtoyer la solitude absolue d'un soldat fou de loyauté dans un univers désespérément vide et muet. 

samedi 14 août 2021

In the mood for love

Wong Kar-Wai. Ce film n’a pas vieilli, définitivement et magnifiquement ancré dans son esthétique des années 60 et un inexorable sens de la fatalité. On est subjugué par l'élégance suprême de cette femme - Mme Chan (Maggie Cheung) - dans ses sublimes robes ajustées, à l'étroit dans sa vie d'épouse bafouée. La musique géniale, obsédante, de Shigeru Umebayashi rythme la lente parade amoureuse des deux époux trahis, illustre l'intensité de leur passion contenue dans les espaces exigus d'une pension de famille, souligne la fatalité de l'impasse où ils reviennent sans cesse, la limite où ils sont sur le point de chavirer. Le temps est suspendu dans l'attente d'une conclusion qui ne vient jamais. C'est un chef-d'œuvre d'érotisme fait de frustration, de-non dit et de pulsions élégamment tenues à distance.