mercredi 25 février 2026

The Mastermind, Kelly Reichardt : ironie du titre, il s'agit d'un médiocre qui s'imagine qu'un casse va le remettre à flot et restaurer l'image de loser qui l'affecte aussi bien que sa famille. Un type qui traîne en caleçon chez lui en faisant miroiter des projets de travail alors qu'il prépare le casse de l'année (pas du siècle). Pendant ce temps, sa femme bosse et assure. Sauf que le réel est plus coriace, brutal et résistant que ne peut l'imaginer ou l'encaisser ce minable qui se révèle de plus en plus "pauvre type" au fil de l'histoire. Le filme se déroule en 1970, l'image un peu crasseuse est en tonalité d'époque, on voit passer une Amérique moyenne, banale, pas celle du rêve américain. Le musée est moyen, les maisons moyennes, les banlieues quelconques et ses complices aussi minables que lui, en pire. On voit aussi passer en arrière-plan la guerre du Vietnam, (télé, manifestations, évocation des réfractaires qui passent au Canada...) une réalité à laquelle il est étanche.  L'ambiance est intéressante, intéressante aussi l'idée de prendre le contre-pied du film de braquage, mais certaines scènes sont exaspérantes de lenteur, quand elles sont filmées sans ellipse, comme en temps réel (par ex l'exaspérante scène de l'échelle et du fenil). 

Marty Supreme,  Josh Safdie : film survitaminé, conduit à 100 à l'heure pour décrire les contorsions frénétiques de Marty Mauser, surdoué du ping-pong qui veut à tout prix participer au top des championnats internationaux. On se laisse prendre au jeu avec un mélange de stupéfaction et de répulsion pour  cet arriviste au bagout intarissable, jamais en reste de manipulations, bassesses et trahisons. Rebondissements en cascade, scènes choc etc, ça fait un bon film, mais pas "le" grand film annoncé à grands coups de promo et critiques. 

Palestine 36, Annemarie Jacir : sur fond de colonisation britannique et d'implantations juives, le film raconte les germes du conflit (avec aussi des images d'archives) à travers l’histoire d’une révolte palestinienne ( grève de 36) et d’un village palestinien.  Désespérant. 

Un Monde fragile et merveilleux, Cyril Aris : un long cours tendre et désenchanté, ou comment une histoire d'amour peut-elle, ou pas, survivre au Liban. Personnages justes et attachants, à la limite de la fracture, dans un monde chaotique.

Alter ego,  Ne pas confondre performance d'acteur (Laurent Laffitte est excellent) et qualité d'un film survendu. Tout le monde semble adorer ce film sur le double : c'est convenu et plein de facilités, sauf le dernier 1/4 d'heure où enfin ça déménage. 

Victor comme tout le monde : convenable mais transparent

mardi 24 février 2026

Les Voyages de Tereza = O Último Azul Gabriel Mascaro : délicieuse et horrible histoire d'une vieille femme de 77 ans qui veut échapper à la "Colonie" et à l'avenir radieux qui y est promis aux plus de 75 ans. Ça se passe au Brésil, dans un futur plausible. Atmosphère de traque "soft", flicage et délation pour que personne ne passe entre les mailles du filet. Mais Teresa a du ressort et s'y emploie, enchaînant les "voyages" au fil du fleuve amazonien et les rencontre de marginaux et autres libertaires qui se tiennent en marge de l'ordre et de ses injonctions. Autant d'expériences qui l'ouvrent au monde et l'éloignent de ce destin. Tereza et ce petit vent de subversion qui l'anime sont très attachants. Ainsi que les personnages et paysages de cet étonnant voyage.

dimanche 22 février 2026

Kimmo Pohjonen

 Kimmo Pohjonen : son accordéon casse les clichés, avec en décor la tapisserie Roots, de Kustaa Saksi

En concert à l'Institut Finlandais


samedi 21 février 2026

Films en janvier - février

Les Echos du passé, Mascha Schilinski :
Aïe, gros morceau difficile à commenter parce que c'est riche, ambitieux, obscur et complexe. Et glauque. 4 générations de femmes dans une même ferme sur une petite centaine d'années. Des tranches de vécu/ressenti dans une temporalité fluctuante, on passe volontiers d'une époque à l'autre. Echos du passé. Il est question de la rudesse du monde paysan, de patriarcat, de brutalité, d'inceste, de désir féminin, ou pas, de la violence des hommes (et des femmes), de la mort, de l'enfance, surtout du regard de l'enfant -principalement la géniale petite fille du 1er temps qui interroge le monde et un tas de thèmes abordés principalement sous son regard (le suicide, la mort, le sexe, la guerre...). C'est toujours pointu, intense, jamais bavard, mais c'est labyrinthique et trop long, on s'y ennuie et on s'y perd, rétrospectivement je retiens que c'est quand même ambitieux, intéressant et sinistre.

Los Tigres, Alberto Rodriguez : une histoire de plongeurs de père en fils/fille employés/exploités pour la maintenance des cargos. On découvre le rude monde des plongeurs, vrais OS de la mer et une sombre histoire de détournement de la drogue embarquée dans la coque des cargos. Pas mal dans le genre plombant.

Eleonora Duse : la Sarah Bernard italienne vieillissante et en fin de parcours au moment de l’essor du fascisme mussolinien. Pas mal.

Le Chant des forêts : tout le monde en a dit le plus grand bien, moi aussi.

Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas : pour regarder avec horreur, délices et effroi les rouages et turpitudes du Kremlin.

🎩Au non du père : au théâtre, excellente et touchante  histoire de bâtarde, subtilement mise en route par Ahmed Madani (le catalyseur) puis délicieusement mise en scène par le même : la jeune femme, Anissa, revisite toute son histoire depuis que son père a refusé sa naissance. C'est fin, touchant, intelligent et très plaisant à regarder.

Fevrier 

Le Chasseur de baleines, Philipp Yuryev : Tout au bout de la Russie, en face de l'Alaska, on chasse la baleine. De manière artisanale. C'est ce que fait Leshka. Sinon, rien, rien à faire.  A part se saouler avec son copain et fantasmer sur les belles filles des sites spécialisés. Le miracle internet. Le benêt se lance donc de toute son âme à la poursuite de son rêve, la belle porno-girl dont il est amoureux. Sauf qu'entre lui et la réalité virtuelle de la fille, il y a le détroit de Bering. Le seul obstacle, parmi d'autres, qu'il arrive à peu près à calculer. D'où le récit touchant de cette quête absurde au milieu de nulle part, racontée avec la bienveillance qu'on doit aux adolescents trop puceaux et trop naïfs. Avec en toile de fond l'implacable nature sibérienne. 

La Reconquista, Jonás Trueba. Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent 15 ans après l'adolescence, époque de leurs premières amours. Ils passent la nuit à déambuler à Madrid, revivre ce qui aurait pu être. Joli film 

Grand ciel, Akihiro Hata : une drôle d'histoire de gros chantier de BTP avec son lot de travailleurs sans-papiers et immigrés. Une sombre histoire de disparition mystérieuse au 5 ou 6ème sous-sol du chantier. Des suspicions de malfaçon, à moins qu'une présence obscure et malfaisante soit à l'œuvre ? Le film ne tranche pas, laisse planer le mystère mâtiné des injonctions des chefs qui veulent que ça avance, des réticences des ouvriers qui sentent qu'ils se font avoir, et des contradictions et culpabilités du contre-maître fraîchement promu au détriment du collègue fouteur de merde. Pas mal, mais pas vraiment abouti, cet obscur mystère reste non élucidé au milieu de forces en présence plutôt prévisibles; 

Aucun autre choix, Park Chan-Wook : joyeuse comédie d'une parfaite noirceur sur un sujet on ne peut plus sombre : licenciement expéditif, je m'en foutisme social et humain des dirigeants, vie de cadre prospère sauvagement balayée, tout fout le camp, sauf que le chômeur va déployer des trésors de stratégie pour se débarrasser des concurrents sur le marché du travail. Le sujet est grave, le film est comique et caustique et ne lésine pas sur les gags et rebondissements douteux. Pourquoi bouder son plaisir, c'est rythmé (à part quelques longueurs) et on sort de là avec un grand sourire d'immoralité triomphante même si le "happy end" est désespérant. 

Le Gâteau du président, Hasan Hadi : pauvre parmi les pauvres, Lamia a eu le malheur d'être tirée au sort pour avoir l'honneur de faire le gâteau du président. C'est la tradition dans les écoles pour célébrer l'anniversaire du Raïs. En accompagnant la petite paysanne sortie de sa campagne pour aller à la ville rassembler les ingrédients nécessaires, le film explore le regard de l'enfance en train de découvrir le monde des adultes. Ils sont égoïstes et sournois, au mieux, ou malfaisants et vicieux, sauf exception. Le village flottant, le pays et la ville sont merveilleusement filmés, les scènes sont sobres, intenses sans pathos et la petite fille est scotchante de justesse et de profondeur. Bienvenue au pays de Saddam Hussein et de l'innocence bafouée. 


lundi 2 février 2026

Dreams

 Il rêve de danser aux États-Unis, elle est passionnée par son amant bandant. Ils baisent donc divinement et passionnément, sauf que Jennifer n'envisage pas d’afficher cette liaison avec son sextoy. D'un côté, les misères du pov clandestin sans papiers, de l'autre, la riche bienfaitrice des arts et de la création en son milieu. Le film décrit longuement et platement les deux faces de ces existences ainsi que la relation érotique qui les lie. A condition que le jeune homme reste à sa place. C’est là que la femme de pouvoir se révèle, quand madame trouve une solution pour garder son amant à sa botte et c'est là que le film devient cruel et intéressant. Mais cest le dernier 1/4 d’heure. Jusque là, tout était plat, long et prévisible avec pour se distraire le joli corps du jeune homme et la somptueuse garde-robe de madame. 

 

vendredi 30 janvier 2026

Hamnet

 Hamnet, Chloé Zhao : boursoufflé et lourdingue, centré sur le personnage féminin d'Agnès (il faudrait consacrer une page au portrait qu’en propose le film : elle est indépendante, elle est nature, elle est intense, elle est vaguement sorcière (fille de, mais le thème n'est qu'esquissé)  elle connaît la forêt et les plantes, elle préfère accoucher sauvagement, réfugiée seule dans la forêt qui est son élément -c'est pénible- mais ça doit être une apologie de la femme puissante "fille de la nature". Quand son fils est attaqué par la peste, elle le couvre de baisers en glapissant absurdement que tout va bien maman est là. Mais non, idiote, tout va mal et le gamin meurt quand même. Entretemps, elle a vécu avec Shakespeare (auteur de ses trois enfants) une intense fusion amoureuse mais William, happé par son génie créatif, doit impérativement aller cultiver son art à Londres. Madame reste à Stratford avec les enfants, dont le fameux Hamnet. Allers-retours du géniteur, frustration et manquements, elle souffre, elle patiente, elle endure, il n'est même pas là au décès d'Hamnet, même s'il a fait tout son possible 💣 elle souffre, elle est colère mais oh surprise, Shakespeare expiera ses manquements par la création de son chef d'œuvre Hamlet. Et Agnès, toute tourneboulée, à moité vautrée sur l'avant-scène, se livre encore à une scène bruyante et pénible. J'ai oublié la teneur, mais grosso modo, elle comprend la sublimation du malheur opérée par Shakespeare, elle pardonne et elle aime, tout ça en braillant d'amour/ hennissant d'émotion. Comme s'il n'y avait que cette histoire familiale dans Hamlet ! Pfff tout ça pèse trois tonnes : c'est insupportable. Il paraît que c'est tiré d'un bon livre.

Rêveries de pierres

Exposition « Rêveries de pierres :
Poésie et minéraux de Roger Caillois » 




https://www.lecolevancleefarpels.com/fr/fr/exhibition/exposition-reveries-de-pierres-poesie-et-mineraux-de-roger-caillois#4dfd2a142d36
 

mardi 27 janvier 2026

Otobong Nkanga

 Découverte d'une superbe artiste nigériane multi-pass 






https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-otobong-nkanga

dimanche 28 décembre 2025

Pekka Halonen

Au Petit Palais 




 

samedi 27 décembre 2025

Palmarès 2025

Black dog, Hu Guan Chine
Sirāt Oliver Laxe
Left handed girl, Shih-Ching-tsou Taïwan
Rêves, 1er de Trilogie d’Oslo (Rêves, Amour, Désir) Dag Johan Haugerud, Norvège
Touch (Nos étreintes passées), Baltasar Kormákur, Islande
Valeur Sentimentale, Joachim Trier
Mickey 17, Bong Joon-ho, Corée  


L'Agent secret (Kléber Mendonça Filho) 
Je suis toujours là (diparition ex député Bresil années 70)

Nouvelle vague, Richard Linklater
L'étranger, François Ozon :
L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier.

Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa
The Brutalist, Brady Corbet (l’architecte Laszlo Toth)  
Lettres siciliennes FGrassadonia et A.Piazza
A Normal Family, Hur Jin-ho, Corée
On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Bons films + intérêt ethnographique :
Ce Nouvel an qui nest jamais arrivé, Bogdan Muresanu (Roumanie)
Little Jaffna, Lawrence Valin
Oui Nadav Lapid (Israël)
Chroniques d’Haïfa
Toxic Saule Bliuvaite (Lituanie)
Indomptables Thomas Ngijol (Cameroun)

J'ai raté : 
  • Reflet dans un diamant mort  (agents secrets)
  • Tardes de soledad (corrida)
  • Le Rire et le couteau (Guinée-Bissau)
  • Evanouis (disparition 20 enfants)
  • L’Aventura
  • La Tour de glace 
  • Un Poète 

samedi 20 décembre 2025

Difficile de choisir

J'ai vu tout ça au théâtre en 2025 et pas retenu grand chose :

A part ceux-ci, qui sortent du lot :

  • GUERRE, Céline, seul en scène  par Benjamin Voisin
  • Maintenant je n’écris plus qu’en français, une histoire ukrainienne de et par Viktor Kyrylov, Percutant, excellent auteur et acteur.
  • SUZANNE, trapéziste, aux Amandiers : Délicieuse, inattendue et émouvante enquête sur un couple de stars du trapèze volant des années 50-60, par Anna Tauber et Fragan Gehlker

  • Au nom du ciel , Th. Rond-Point :Yuval Rozman. Trois volatiles enquêtent sur l’assassinat (vu du ciel) d’un Palestinien autiste de 32 ans, tué par la police israélienne en 2020. Comédie noire de haute volée pour explorer le drame. C'est caustique, enlevé, original

De bons spectacles :

  • POLAR(e), enlevé et distrayant = Th du Rond-Point, enquête sur la disparition d'un jeune comédien et procès, (Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent), 
  • PASSEPORT, Michalik, une histoire de migrants, bien fait, efficace
  • Histoire d'un Cid,  malicieux (Amandiers)
  • MACBETT, de Ionesco, Bien (espace Sorano, reprise d'une création des Dramaticules) : https://www.dramaticules.fr/creations/macbett-2/ 

  • T.C.H.E.K.H.O.V aimable évocation de la vie de l'auteur (Théâtre du Ranelagh)

  • Le Penseur, évocation vie de Rodin, pas mal (J.Baptiste Seckler, Lucernaire)

Des spectacles ambitieux, dont je n'ai pas retenu grand chose :

  • Nos âmes se reconnaîtront-elles ? Simon Abkarian, Amandiers (tout oublié)
  • Antoine et Cléopatre Tiago Rodrigues Th Bastille (rien retenu)
  • Golem, Amos Gitai, Th Colline (tout oublié) 
  • Et Jamais nous ne serons séparés, Th Gennevilliers (obscur) 

Les autres :

Bel-Ami Lucernaire (convenu)
La Ménagerie de verre, Tennessee Williams, Lucernaire (convenu)
Mon Jour de chance, Th Fontaine (survendu)
Du Charbon dans les veines, Th Palais Royal (convenu mais touchant)
ADN, Théâtre Michel (survendu)

Concert, ballet :

Gypsy, comédie musicale, d’après mémoires de Gypsy Rose Lee, Philharmonie
Ballet Hofesh Schechter, Opera (j'en attendais bcp, étant fan de ce chorégraphe, c'était un peu décevant)


Moi Ivan, toi Abraham

Yolande Zauberman. Une merveille de film de 1993, heureusement restauré. Une histoire magnifiquement racontée de patelin au fin fond de la Pologne de 1930 où une petite colonie de juifs du shtetl coexiste avec des villageois polonais. La vie dure dans un monde clos où les chrétiens oscillent entre méfiance et haine du juif (et du tzigane accessoirement). 

Mais Ivan et Abraham sortent du moule, ils sont amis malgré l'antisémitisme ambiant. Une anomalie. L’autre ouverture, c’est Aaron, en fuite et recherché pour ses activités politiques. Et la délicieuse Rachel qui aime Aaron et résiste au mariage prévu par le grand-père. 

En quelques tranches de vie (la famille, les enfants, les villageois, le jeune homme en fuite, l'école, la prière, le shabat...) le film montre sans démontrer et questionne l’ordre établi. Il montre aussi l'échappée belle quand les moineaux s’envolent, leur course effrénée dans l’espace, à l’air libre, les étranges rencontres dans la campagne polonaise, où leurs destinées les conduisent  et comment elles s’accomplissent finalement.

Et derrière beauté des images et la beauté des personnages, la dynamique captivante et lumineuse de ces personnages qui cherchent à échapper à l'ordre du monde de la campagne et du shtetl, avec arrière-plan menaçant d'antisémitisme larvé ou affiché ou triomphant.

mercredi 17 décembre 2025

Malina

Werner Schroeter.

Et vas-y que je te fais flamber la philosophe dans une cacophonie (se voulant baroque ?) de plans décousus, d'images obscures, de propos abscons. Elle est philosophe donc et devrait maîtriser la loqique et le language. Que nenni, ce serait oublier qu’elle a eu un papa nazi et terrifiant, fouettard, vaguement sadique et queutard, assurément infidèle, de quoi vous détraquer une âme sensible. La voilà donc passablement déglinguée et en roue libre, passablement graphomane, valdinguant au gré de sa psyché exacerbée entre  un amant fuyard et un garde-fou domestique. (C'est plutôt W.Schroeter qui est en roue libre pour filmer tout et n'importe quoi lui passant par la tête, fleurissant l’exaltation délirante de l'âme de la dame avec les joujoux et obsessions qui meublent la sienne). Il en ressort qu'il aime l’opéra, les appartements vastes, chics et vides, les rues désertes de Vienne, les bals décadents, les robes des dames,  les établissements chics, le whisky, les cauchemars, et foutre un bazar noir dans le bureau de la dame (quand il n'y met pas le feu). Je ne sais pas combien de fois il a filmé la dame en train de fourrager furieusement dans le fatras de ses liasses de papiers et de lettres, combien de fois elle a balayé tout rageusement mais en vain, combien de fois elle y a mis le feu, puisque quelques plans plus tard, la même scène recommence, ses écrits la rendent folle, ou sa folie les lui rend haïssables. C’est une femme en flamme, toute en fêlures et en confusion... et alors ? On a l'impression que l’auteur rembobine pour filmer encore et encore la même chose : diverses variantes et contorsions d'un état de confusion délirante et qu'il y prend un plaisir certain. Isabelle Huppert se sort remarquablement bien de ce rôle impossible, quant aux garçons, Malina et Yvan, très décoratifs, ils font plutôt figure de punching ball au contact desquels la malheureuse n’en finit pas de se désarticuler.

Même si on ne comprend pas trop ce qui se passe, c’est assez intéressant. Surtout quand c'est fini et qu’on est sorti de cette frénésie. (C’est vraiment obscur et long, ce délire cinématographique censé incarner le chaos d'une écrivaine en feu, surtout la fin oû elle n'en finit pas de brûler.)

samedi 13 décembre 2025

Resurrection

Bi Gan

Trop long, trop virtuose, trop obscur. J'ai passé deux heures dans le crépuscule du monde et une trame non moins obscure d'où il ressort un rendez-vous improbable, un agent secret, une mystérieuse valise, des poursuivants tortionnaires, des corps brisés et des grand trous quand j'ai plongé dans le sommeil, normal, c'est une obscure histoire de rêvoleur et d'extinction (du monde ? du cinéma ? des histoires proprement ficelées?) C'est truffé de références qui m'échappent pour la plupart, on sent que le réalisateur a vu beaucoup de films et qu'il a de l'ambition, c'est virtuose, spectaculaire à sa façon, plombé aussi de références à la fin du monde/ d'un monde/ du cinéma et qu'il aime se promener à l'envi dans ce sale monde plein de déchets, d'épaves, de détritus avec de sales personnages qui ont de sales ambitions, à la poursuite de cet étrange rêvoleur qui poursuit je ne sais pas trop quoi, à part le droit de rêver, voler, dissider de la pensée commune/correcte/conforme. En fait, à part le paysage général, je n'ai rien compris (et trop dormi ?) C'est le genre de film à voir avec un mode d'emploi (ce que je ferai peut-être après avoir lu très soigneusement la critique du Monde). Mais j'hésite (2h1/2 quand même) à aller vérifier si ce grand geste de paranoïa cinématographique valait vraiment la peine.


lundi 1 décembre 2025

Lygia Pape




 A la Fondation Pinault, Bourse du Commerce


dimanche 30 novembre 2025

Allons à London

1er jour, en bus depuis Euston>, l’incroyable Wallace Collection puis club sandwich dans  la cour intérieure du musée (bel espace couvert d'une verrière)
En bus puis à pied >Royal Academy :
expo Kerry James Marshall 🤩🤩🤩


Puis secteur Somerset House (patinoire)
Bière dans un pub avant de traverser Covent Garden > quartier chinois, restau Noodles and Beer
Bus >Russel Square 

Jour 2 : Russel Square >Kings Cross et Regents canal Path jusqu'à Lisson Grove > metro Marylebone > Tate Britain 
Expo Constable/Turner 🤩🤩🤩, cafeteria de la Tate (nulle)  puis visite (rapide) des Turner de la collection et autres...   très trop vite. C'est énorme.

Bus + metro >London Bridge, puis balade (surpeuplée) jusqu'à Tower Bridge. Traversée de la Tamise (encore surpeuplé), mais on assiste à l’ouverture du pont. Coup d'œil à London Tower, Four Seasons, Sky Garden (il faut réserver pour visiter et c'est archi-complet) bière au Leadenhall Market, coup d'œil au The Royal Exchange transformé en centre commercial (boutiques, salon de thé (Fortnum &Mason...) puis restaurant de viande Hawksmoor Guildhall (excellent)



Jour 3 : petit dej (Gail’s) puis metro >Canary Wharf et musée des docks "London Museum Docklands. Très bien.


Retour à pied (après traversée du fleuve en bateau) le long du Thames Path. Très bien, belles perspectives, ça se gâte en approchant du Tower Bridge, puis London Bridge,  surpeuplé de touristes. Fuyons. Retour à Russel Square, l'hôtel, les bagages, St Pancras.


 

lundi 24 novembre 2025

FRANZ K

Agnieszka Holland

Un biopic kaléidoscopique est sans doute ce qui convient le mieux pour montrer les figures d'un homme opaque dont les écrits ne sont pas non plus transparents. J'ai vu le petit garçon effrayé, l'employé modèle, le fils écrasé par un père tout puissant, l'amoureux paradoxal, l'épistolier frénétique, l'obsédé d'écriture et de mots, l'ami de Max Brod, le tuberculeux patriote, l'hypersensible, l'hyperanxieux, l'amateur de nature et de sports nautiques, l'écrivain complexé, le végétarien convaincu, l'intolérant au bruit, le traître, l'homme capable d'être une brute... A coup de tranches de vie et de tranches de ses écrits fantasmatiquement surgis (Le Champion de jeûne, La Colonie pénitentiaire, La Métamorphose) ou simplement lus (Le Procès) se matérialise le portrait d'un homme incernable, personnage étrange à la ville comme à l'écrit dont Idan Weiss incarne magnifiquement la figure.

dimanche 23 novembre 2025

La Disparition de Josef Mengele

Kirill Serebrennikov

Intéressante dissection de la descente (même pas aux enfers) d'un personnage pervers, arrogant et antipathique de bout en bout, toujours aussi fermement nazi, toujours convaincu de la justesse de ses choix, de la supériorité des aryens et du système hitlérien, persuadé d'être injustement persécuté par le complot juif. Idéologiquement irrécupérable, c'est humainement une merde, violent, autoritaire, réactionnaire, toujours prompt à abaisser, humilier, insulter. Y compris son fils, venu le visiter pour essayer de comprendre. On constate avec satisfaction que ce tenant de la race supérieure vit une existence médiocre et que l'univers rétrécit autour de lui : sa femme l'a quitté,  il a perdu l'abri d'une sociabilité  convenable quand il a dû quitter son cercle de nazis argentins, il se retrouve réduit à la vie d'une ferme perdue au milieu de nulle part, en compagnie d'êtres inférieurs (les Hongrois d'abord, et en dessous, les ouvriers agricoles indigènes), il n'a plus d'univers où exercer son talent : qu'il est loin le bon vieux temps de la clinique d'Auschwitz, évoqué par la fameuse tranche de film en couleur où sont filmées ses exactions à Auschwitz. (Impossible de regarder ces scènes de sadisme avéré et de pure boucherie. A quoi ça sert, ce voyeurisme ? ) Il ne lui reste qu'un avortement ici ou là, à Buenos Aires et plus tard, dans sa ferme, quelques cochons à saigner et éviscérer. Un univers où il est traqué par la crainte constante d'être rattrapé et démasqué. Le noir et blanc va bien à cette noirceur crépusculaire mais hélas, Mengele ne s'en tire pas si mal : dans sa dernière retraite au Brésil, où son fils vient rendre visite à l'odieux vieillard, il n'en trouve pas moins une femme pour s'occuper de lui et il finit par mourir, bêtement noyé, sans jugement, sans procès. Maigre consolation et juste retour des choses, -puisqu'il envoyait à des instituts de recherche les corps de ses victimes d'Auschwitz- son squelette à été exhumé et sert d'objet d'études à des étudiants au Brésil (les premières images du film).

 

mercredi 19 novembre 2025

Chine, Empreintes du passé




 Un lettré, ou même un Chinois, est évidemment plus à même d'en apprécier l'essence, mais quand même, sans rien y comprendre, l’exposition offre  une perspective  fascinante sur une superposition/juxtaposition de signes au fil des contributions pendant des siècles jusqu'à nos jours. Comme si le passé pouvait se réécrire à l'infini.

Musée Cernuschi

https://www.cernuschi.paris.fr/fr/expositions/chine-empreintes-du-passe-decouverte-de-lantiquite-et-renouveau-des-arts-1786-1955

lundi 17 novembre 2025

Films novembre 25

Nouvelle vague, Richard Linklater : le making of du film À Bout de souffle. Godard,  Jean Seberg,  Belmondo, le producteur et les autres (les cinéphiles reconnaîtront). Les acteurs sont étonnamment crédibles et pleins de charme, le film est très juste et plein de grâce pour raconter le mélange d'improvisation et d'énergie qui ont fait le miracle de ce film de 1959.

L'étranger, François Ozon : plutôt élégant et juste, parfaitement fidèle au roman, mais l'acteur est trop beau pour un personnage aussi indifférent, neutre, étranger à lui comme aux autres. J'aurais vu quelqu'un de plus passe-muraille. Le noir et blanc est sublime.

L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier. Un bel éclairage sur une histoire intéressante : la genèse de ce monument, le Cube, et de sa mise en œuvre. L'architecte, Johann Otto von Sprekelsen, visionnaire et intransigeant, paraît un "albatros" aux prises avec les méandres politico-administratifs d'un grand chantier voulu par le prince.

On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys : l'audition au tribunal des protagonistes d'une sombre histoire de conflit de garde d'enfants sur fond d'accusation d'abus sexuel. Cest scotchant de vérité. La mère, Myriem Akheddiou, est une actrice incroyable

Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa, peinture glaçante de la rencontre des systèmes pénitentiaire, judiciaire et totalitaire. Ou comment un jeune procureur idéaliste et loyal se confronte à la réalité stalinienne.

Les Aigles de la Republique, Tarik Saleh : George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Égypte, est contraint de jouer le role du chef de l'état dans un film commandé par les plus hautes autorités du Pays. De manipulations en complot, l'engrenage pourrait lui être fatal. Un bon moment avec de bien mauvaises personnes. A mon avis, moins credible et moins abouti que La Conspiration du Caire ou Le Caire confidentiel.

Kika, Alexe Poukine : intéressante réflexion sur la sexualité tarifée, la domination, la souffrance, le travail social et le travail du sexe. L'actrice Manon Clavel tient formidablement son rôle, au propre et au figuré, où elle s'aventure timidement avant d'en prendre la mesure.

 Lumière pâle sur les collines, Kei Ishikawa, adapté du premier roman de Kazuo Ishiguro. Une femme, sa fille, deux époques : l’Angleterre des années 80 et Nagasaki des années 50. La fille veut écrire un livre sur l'histoire de sa mère japonaise, épouse modèle à l'époque de Nagasaki qui a émigré en Angleterre. Aller-retours entre les deux époques, (femme au foyer, irradiation , suicide d'une fille...) C’est une interrogation sur la mort, l'identité, le déracinement, la guerre, la condition féminine, le tabou de l’irradiation... c'est juste, sensible, agréable à regarder sans rien de vraiment remarquable, comme la ditribution d'un jeu de cartes. C'est étrange à définir, mais cette juxtaposition de tranches de vie et de temporalités différentes manque de.. corps ? 


Ce que cette nature te dit, Hong Sang Soo. Un jeune couple où le jeune homme, rêveur et poète désargenté, rencontre un peu par hasard et pour la 1ère fois sa belle famille dans leur superbe propriété près de Seoul. Des gens prospères, sensibles, éduqués qui passent au scanner la fragilité ( ou l’inconsistance ?) du jeune homme, qu'ils prennent pour un médiocre et un poseur. 24 heures corrosives scannées avec finesse et humour.