Qu'est-ce que j'ai vu - et oublié- depuis février 2026 ?
Alter ego, comédie française parfaitement oubliable, (Laurent Lafitte incarne les personnages de deux voisins, l'un solaire, l'autre médiocre). Victor comme tout le monde, Fabrice Lucchini prépare un spectacle sur Victor Hugo et parallèlement, retrouve sa fille. Gentil.
**La Corde au cou , Gus van Sant, une histoire vraie, Allociné : Tony Kiritsis, ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire... Bien vu, haletant.
**La baleine et le musicien, Valentin Paoli : des navigateurs ont envoyé au compositeur Rone des films montrant que les dauphins et cétacés ont un comportement spécial quand ils diffusent sa musique, comme s'ils étaient attirés. Le compositeur embarque donc à La Réunion avec son matériel et la complicité de spécialistes (navigation, plongée, baleines) pour tenter d’établir un dialogue musical en pleine mer avec une baleine à bosse. Assez captivant et émouvant. La démarche est intéressante et la passion du musicien convaincante, communicative et touchante.
***Le Garçon qui faisait danser les collines, Georgi Unkovski. Ahmet, un grand adolescent, arraché au lycée parce que son père veuf a besoin de lui pour garder les moutons. Il a un petit frère étrangement muet et collant et un père rude; ça se passe au milieu de nulle part (les montagnes de Macédoine). Ce qui fait vibrer Ahmet, c'est la musique, électronique de préférence, et sa jeune voisine, d'une famille riche du village et récemment revenue d'Allemagne pour un mariage arrangé. La musique, c'est aussi ce qui occupe la jeune fille, qui répète en cachette une "choré" avec ses 4 copines du village pour un concours local. Ahmet observe, arrive à se rapprocher timidement de la jeune fille, notamment pour lui permettre de jouer la musique de sa choré. Quelques épisodes savoureux de mouton égaré, de découverte d'une "rave", de muezzin qui cafouille en voulant sonoriser le minaret... et de scandale au village. Le film progresse avec justesse pour exposer la connivence timide entre deux jeunes, incompatibles par leurs milieux mais quand même capables d'une amitié complice : le monde des jeunes modernes en butte à la tradition rurale, à la famille, aux "vieux". C'est délicat, sensible, sans caricature, et touchant. (Le Monde livre une critique injuste et assassine de ce film)
*Backrooms, Kane Parsons : un marchand de meubles, architecte raté, découvre un étrange univers labyrinthique derrière une porte du sous-sol de son magasin. C'est flippant comme un mauvais rêve, il y a à l'évidence une menace dont on croit comprendre la teneur à la fin, mais l'entre-deux, où il n'en finit pas d'explorer son univers, est terriblement lent et ennuyeux.
Juillet-août
***La Bataille De Gaulle 1&2, Antonin Baudry : tout a été dit sur ces deux films, c'est très bien fait, documenté et intéressant, j'ai appris plein de choses.
***L'Aventure rêvée, Valeska Grisebach : le monde étonnant des confins, aux frontières de l'Europe, un monde de l'entre-deux où l'ordre et la loi n'ont plus vraiment cours. De drôles de personnages cabossés, des tranches de passé troubles, des trafics en tous genres, et une figure mâle dominante, celle du mafieux et de ses sbires. Sauf qu'en face, il y a Veska, femme puissante (et actrice inconnue, Yana Radeva), archéologue de son état, et Saïd, qui se fait voler sa voiture : troisième figure dominante, mais à sa manière, comme en sourdine, puisqu'il disparaît longuement de la circulation, le temps que Veska se distraie de son chantier de fouilles pour fouiller son passé et régler quelques comptes ou redresser quelques torts. D'un passé commun à ces trois personnages émergent des résonances comme restées en suspens jusqu'à l'heure de leur régler leurs comptes pour aller de l'avant. C'est un beau film puissant et dépaysant, avec un univers et des personnages marquants (mais hélas des longueurs dans les 2h44 que dure le film).
**André is an idiot, Anthony Benna : si seulement il avait fait, comme il se doit, sa coloscopie en temps utile, il n'en serait pas au stade 4 de son cancer, devenu métastatique et incurable. André décide donc de faire le film de sa vie et de sa maladie jusqu'à sa mort, principalement pour le parti d'en rire, et aussi pour convaincre d'autres idiots de prendre soin d'eux quand il en est encore temps . On découvre un personnage attachant, irrévérencieux et farceur, comment il rencontre sa femme, construit sa vie et son métier, puis passe par toutes les étapes de son cancer. Il y déploie une drôlerie et un humour infaillible, le refus de s'apitoyer sur son sort et la profonde humanité d'un personnage et d'une famille attachante. Un formidable pub pour le dépistage du cancer colorectal.
**Le Héros de Berlin, Wolfgang Becker : aimable film sur un propriétaire de video-club plutôt amorphe, au bord de la faillite en sa boutique, jusqu'au moment où son passé d'ex-employé des chemins de fer en ex-RDA le rattrape, ou plutôt une version augmentée de ce passé : à l'occasion de l'anniversaire de la Chute du mur, un journaliste le propulse en héros, celui qui aurait trafiqué un aiguillage pour permettre à un S-Bahnn (metro) de Berlin-est de passer à l'ouest. De mensonges en semi-vérités, l'affaire s'emballe, la télé s'en mêle, le héros n'en peut mais... l'histoire est rondement menée, c'est drôle et très distrayant.
**De la Comédie Française, comédie charmante et enlevée pour décrire les grandeurs et misères de la fameuse troupe. Agréable et distrayant.
**L'Odyssée, Christopher Nolan, du grand spectacle là où il faut comme il faut (à part le look de Charlize Theron en Calypso, comme échappée d'un resort 4* en Grèce, à part l'interminable scène finale où Ulysse dégomme les prétendants et où Antinoos -Robert Pattinson- n'en finit pas de démontrer qu'il est un vilain gros lâche). On regarde tout ça avec une curiosité épatée, ça ne manque pas d'emphase, mais il manque l'émotion, le merveilleux et la magie que suscitaient les aventures d'Ulysse racontées autrefois. Trop grand spectacle ?
**Blue Heron, Sophy Romvari : le film commence au nième déménagement d'une famille, comme une tentative de soustraire leur fils aîné -et eux-mêmes - à la lourdeur de ses antécédents, comme un nouveau départ. Mais l'adolescent quasi mutique continue les infractions aux codes de la famille, de l'école, de la sociabilité. Apparemment étanche aux attentions et inquiétudes des parents aimants et déroutés, comme au malaise de la fratrie, comme aux innombrables consultations pédopsychiatriques et autres... En forme de résurgences des souvenirs et impressions de la petite sœur, le film raconte très bien l'impuissance et le désespoir d'une famille aimante menacée de décomposition à travers celle de l'adolescent étrange, parfois violent, toujours insondable, qui se met en péril et sa famille avec lui. Sans issue et flippant.
**Le Triangle d'Or, Hélène Rosselet-Ruiz : un hôtel particulier très clos au luxe effréné et cameras de surveillance omni-présentes, abrite la sublime Souria, objet de tous ces privilèges : elle est la maîtresse choyée d'un émir saoudien, étanche à ce qui n'est pas son univers et aveugle à ce qui cloche dans ce huis-clos. Elle se voit en presque deuxième épouse, selon les promesses de son amant. Laura, embauchée au service de Souria, dévoile, au gré de son service, tout ce qui cloche dans la prison dorée.
***The Last Viking, Anders Thomas Jensen : quand le grand frère Anker (Nikolaj Lie Kaas) sort de prison, il veut mettre la main sur le butin d'un casse, confié il y a 15 ans à son petit frère Manfred (Mads Mikkelsen). Sauf que Manfred est un peu barge depuis l'enfance. Difficile de lui arracher une vérité qu'il ne connaît peut-être même plus, d'autant plus qu'il se prend pour John Lennon. Entretemps, une brute affreuse, complice d'antan, veut piquer l'introuvable magot. De péripéties en rebondissements, une collection d'improbables personnages se retrouvent dans l'ancienne maison familiale avec l'objectif avoué de reconstituer le groupe des Beatles et celui sous-jacent, de récupérer le butin, et peut-être la mémoire. C'est très bien mené, déjanté, enlevé, loufoque : une comédie absurde et cruelle qui recouvre une réalité d'un pessimisme noir.
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