vendredi 30 janvier 2026

Hamnet

 Hamnet, Chloé Zhao : boursoufflé et lourdingue, centré sur le personnage féminin d'Agnès (il faudrait consacrer une page au portrait qu’en propose le film : elle est indépendante, elle est nature, elle est intense, elle est vaguement sorcière (fille de, mais le thème n'est qu'esquissé)  elle connaît la forêt et les plantes, elle préfère accoucher sauvagement, réfugiée seule dans la forêt qui est son élément -c'est pénible- mais ça doit être une apologie de la femme puissante "fille de la nature". Quand son fils est attaqué par la peste, elle le couvre de baisers en glapissant absurdement que tout va bien maman est là. Mais non, idiote, tout va mal et le gamin meurt quand même. Entretemps, elle a vécu avec Shakespeare (auteur de ses trois enfants) une intense fusion amoureuse mais William, happé par son génie créatif, doit impérativement aller cultiver son art à Londres. Madame reste à Stratford avec les enfants, dont le fameux Hamnet. Allers-retours du géniteur, frustration et manquements, elle souffre, elle patiente, elle endure, il n'est même pas là au décès d'Hamnet, même s'il a fait tout son possible 💣 elle souffre, elle est colère mais oh surprise, Shakespeare expiera ses manquements par la création de son chef d'œuvre Hamlet. Et Agnès, toute tourneboulée, à moité vautrée sur l'avant-scène, se livre encore à une scène bruyante et pénible. J'ai oublié la teneur, mais grosso modo, elle comprend la sublimation du malheur opérée par Shakespeare, elle pardonne et elle aime, tout ça en braillant d'amour/ hennissant d'émotion. Comme s'il n'y avait que cette histoire familiale dans Hamlet ! Pfff tout ça pèse trois tonnes : c'est insupportable. Il paraît que c'est tiré d'un bon livre.

Rêveries de pierres

Exposition « Rêveries de pierres :
Poésie et minéraux de Roger Caillois » 




https://www.lecolevancleefarpels.com/fr/fr/exhibition/exposition-reveries-de-pierres-poesie-et-mineraux-de-roger-caillois#4dfd2a142d36
 

mardi 27 janvier 2026

Otobong Nkanga

 Découverte d'une superbe artiste nigériane multi-pass 






https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-otobong-nkanga

dimanche 28 décembre 2025

Pekka Halonen

Au Petit Palais 




 

samedi 27 décembre 2025

Palmarès 2025

Black dog, Hu Guan Chine
Sirāt Oliver Laxe
Left handed girl, Shih-Ching-tsou Taïwan
Rêves, 1er de Trilogie d’Oslo (Rêves, Amour, Désir) Dag Johan Haugerud, Norvège
Touch (Nos étreintes passées), Baltasar Kormákur, Islande
Valeur Sentimentale, Joachim Trier
Mickey 17, Bong Joon-ho, Corée  


L'Agent secret (Kléber Mendonça Filho) 
Je suis toujours là (diparition ex député Bresil années 70)

Nouvelle vague, Richard Linklater
L'étranger, François Ozon :
L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier.

Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa
The Brutalist, Brady Corbet (l’architecte Laszlo Toth)  
Lettres siciliennes FGrassadonia et A.Piazza
A Normal Family, Hur Jin-ho, Corée
On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Bons films + intérêt ethnographique :
Ce Nouvel an qui nest jamais arrivé, Bogdan Muresanu (Roumanie)
Little Jaffna, Lawrence Valin
Oui Nadav Lapid (Israël)
Chroniques d’Haïfa
Toxic Saule Bliuvaite (Lituanie)
Indomptables Thomas Ngijol (Cameroun)

J'ai raté : 
  • Reflet dans un diamant mort  (agents secrets)
  • Tardes de soledad (corrida)
  • Le Rire et le couteau (Guinée-Bissau)
  • Evanouis (disparition 20 enfants)
  • L’Aventura
  • La Tour de glace 
  • Un Poète 

samedi 20 décembre 2025

Difficile de choisir

J'ai vu tout ça au théâtre en 2025 et pas retenu grand chose :

A part ceux-ci, qui sortent du lot :

  • GUERRE, Céline, seul en scène  par Benjamin Voisin
  • Maintenant je n’écris plus qu’en français, une histoire ukrainienne de et par Viktor Kyrylov, Percutant, excellent auteur et acteur.
  • SUZANNE, trapéziste, aux Amandiers : Délicieuse, inattendue et émouvante enquête sur un couple de stars du trapèze volant des années 50-60, par Anna Tauber et Fragan Gehlker

  • Au nom du ciel , Th. Rond-Point :Yuval Rozman. Trois volatiles enquêtent sur l’assassinat (vu du ciel) d’un Palestinien autiste de 32 ans, tué par la police israélienne en 2020. Comédie noire de haute volée pour explorer le drame. C'est caustique, enlevé, original

De bons spectacles :

  • POLAR(e), enlevé et distrayant = Th du Rond-Point, enquête sur la disparition d'un jeune comédien et procès, (Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent), 
  • PASSEPORT, Michalik, une histoire de migrants, bien fait, efficace
  • Histoire d'un Cid,  malicieux (Amandiers)
  • MACBETT, de Ionesco, Bien (espace Sorano, reprise d'une création des Dramaticules) : https://www.dramaticules.fr/creations/macbett-2/ 

  • T.C.H.E.K.H.O.V aimable évocation de la vie de l'auteur (Théâtre du Ranelagh)

  • Le Penseur, évocation vie de Rodin, pas mal (J.Baptiste Seckler, Lucernaire)

Des spectacles ambitieux, dont je n'ai pas retenu grand chose :

  • Nos âmes se reconnaîtront-elles ? Simon Abkarian, Amandiers (tout oublié)
  • Antoine et Cléopatre Tiago Rodrigues Th Bastille (rien retenu)
  • Golem, Amos Gitai, Th Colline (tout oublié) 
  • Et Jamais nous ne serons séparés, Th Gennevilliers (obscur) 

Les autres :

Bel-Ami Lucernaire (convenu)
La Ménagerie de verre, Tennessee Williams, Lucernaire (convenu)
Mon Jour de chance, Th Fontaine (survendu)
Du Charbon dans les veines, Th Palais Royal (convenu mais touchant)
ADN, Théâtre Michel (survendu)

Concert, ballet :

Gypsy, comédie musicale, d’après mémoires de Gypsy Rose Lee, Philharmonie
Ballet Hofesh Schechter, Opera (j'en attendais bcp, étant fan de ce chorégraphe, c'était un peu décevant)


Moi Ivan, toi Abraham

Yolande Zauberman. Une merveille de film de 1993, heureusement restauré. Une histoire magnifiquement racontée de patelin au fin fond de la Pologne de 1930 où une petite colonie de juifs du shtetl coexiste avec des villageois polonais. La vie dure dans un monde clos où les chrétiens oscillent entre méfiance et haine du juif (et du tzigane accessoirement). 

Mais Ivan et Abraham sortent du moule, ils sont amis malgré l'antisémitisme ambiant. Une anomalie. L’autre ouverture, c’est Aaron, en fuite et recherché pour ses activités politiques. Et la délicieuse Rachel qui aime Aaron et résiste au mariage prévu par le grand-père. 

En quelques tranches de vie (la famille, les enfants, les villageois, le jeune homme en fuite, l'école, la prière, le shabat...) le film montre sans démontrer et questionne l’ordre établi. Il montre aussi l'échappée belle quand les moineaux s’envolent, leur course effrénée dans l’espace, à l’air libre, les étranges rencontres dans la campagne polonaise, où leurs destinées les conduisent  et comment elles s’accomplissent finalement.

Et derrière beauté des images et la beauté des personnages, la dynamique captivante et lumineuse de ces personnages qui cherchent à échapper à l'ordre du monde de la campagne et du shtetl, avec arrière-plan menaçant d'antisémitisme larvé ou affiché ou triomphant.

mercredi 17 décembre 2025

Malina

Werner Schroeter.

Et vas-y que je te fais flamber la philosophe dans une cacophonie (se voulant baroque ?) de plans décousus, d'images obscures, de propos abscons. Elle est philosophe donc et devrait maîtriser la loqique et le language. Que nenni, ce serait oublier qu’elle a eu un papa nazi et terrifiant, fouettard, vaguement sadique et queutard, assurément infidèle, de quoi vous détraquer une âme sensible. La voilà donc passablement déglinguée et en roue libre, passablement graphomane, valdinguant au gré de sa psyché exacerbée entre  un amant fuyard et un garde-fou domestique. (C'est plutôt W.Schroeter qui est en roue libre pour filmer tout et n'importe quoi lui passant par la tête, fleurissant l’exaltation délirante de l'âme de la dame avec les joujoux et obsessions qui meublent la sienne). Il en ressort qu'il aime l’opéra, les appartements vastes, chics et vides, les rues désertes de Vienne, les bals décadents, les robes des dames,  les établissements chics, le whisky, les cauchemars, et foutre un bazar noir dans le bureau de la dame (quand il n'y met pas le feu). Je ne sais pas combien de fois il a filmé la dame en train de fourrager furieusement dans le fatras de ses liasses de papiers et de lettres, combien de fois elle a balayé tout rageusement mais en vain, combien de fois elle y a mis le feu, puisque quelques plans plus tard, la même scène recommence, ses écrits la rendent folle, ou sa folie les lui rend haïssables. C’est une femme en flamme, toute en fêlures et en confusion... et alors ? On a l'impression que l’auteur rembobine pour filmer encore et encore la même chose : diverses variantes et contorsions d'un état de confusion délirante et qu'il y prend un plaisir certain. Isabelle Huppert se sort remarquablement bien de ce rôle impossible, quant aux garçons, Malina et Yvan, très décoratifs, ils font plutôt figure de punching ball au contact desquels la malheureuse n’en finit pas de se désarticuler.

Même si on ne comprend pas trop ce qui se passe, c’est assez intéressant. Surtout quand c'est fini et qu’on est sorti de cette frénésie. (C’est vraiment obscur et long, ce délire cinématographique censé incarner le chaos d'une écrivaine en feu, surtout la fin oû elle n'en finit pas de brûler.)

samedi 13 décembre 2025

Resurrection

Bi Gan

Trop long, trop virtuose, trop obscur. J'ai passé deux heures dans le crépuscule du monde et une trame non moins obscure d'où il ressort un rendez-vous improbable, un agent secret, une mystérieuse valise, des poursuivants tortionnaires, des corps brisés et des grand trous quand j'ai plongé dans le sommeil, normal, c'est une obscure histoire de rêvoleur et d'extinction (du monde ? du cinéma ? des histoires proprement ficelées?) C'est truffé de références qui m'échappent pour la plupart, on sent que le réalisateur a vu beaucoup de films et qu'il a de l'ambition, c'est virtuose, spectaculaire à sa façon, plombé aussi de références à la fin du monde/ d'un monde/ du cinéma et qu'il aime se promener à l'envi dans ce sale monde plein de déchets, d'épaves, de détritus avec de sales personnages qui ont de sales ambitions, à la poursuite de cet étrange rêvoleur qui poursuit je ne sais pas trop quoi, à part le droit de rêver, voler, dissider de la pensée commune/correcte/conforme. En fait, à part le paysage général, je n'ai rien compris (et trop dormi ?) C'est le genre de film à voir avec un mode d'emploi (ce que je ferai peut-être après avoir lu très soigneusement la critique du Monde). Mais j'hésite (2h1/2 quand même) à aller vérifier si ce grand geste de paranoïa cinématographique valait vraiment la peine.


lundi 1 décembre 2025

Lygia Pape




 A la Fondation Pinault, Bourse du Commerce


dimanche 30 novembre 2025

Allons à London

1er jour, en bus depuis Euston>, l’incroyable Wallace Collection puis club sandwich dans  la cour intérieure du musée (bel espace couvert d'une verrière)
En bus puis à pied >Royal Academy :
expo Kerry James Marshall 🤩🤩🤩


Puis secteur Somerset House (patinoire)
Bière dans un pub avant de traverser Covent Garden > quartier chinois, restau Noodles and Beer
Bus >Russel Square 

Jour 2 : Russel Square >Kings Cross et Regents canal Path jusqu'à Lisson Grove > metro Marylebone > Tate Britain 
Expo Constable/Turner 🤩🤩🤩, cafeteria de la Tate (nulle)  puis visite (rapide) des Turner de la collection et autres...   très trop vite. C'est énorme.

Bus + metro >London Bridge, puis balade (surpeuplée) jusqu'à Tower Bridge. Traversée de la Tamise (encore surpeuplé), mais on assiste à l’ouverture du pont. Coup d'œil à London Tower, Four Seasons, Sky Garden (il faut réserver pour visiter et c'est archi-complet) bière au Leadenhall Market, coup d'œil au The Royal Exchange transformé en centre commercial (boutiques, salon de thé (Fortnum &Mason...) puis restaurant de viande Hawksmoor Guildhall (excellent)



Jour 3 : petit dej (Gail’s) puis metro >Canary Wharf et musée des docks "London Museum Docklands. Très bien.


Retour à pied (après traversée du fleuve en bateau) le long du Thames Path. Très bien, belles perspectives, ça se gâte en approchant du Tower Bridge, puis London Bridge,  surpeuplé de touristes. Fuyons. Retour à Russel Square, l'hôtel, les bagages, St Pancras.


 

lundi 24 novembre 2025

FRANZ K

Agnieszka Holland

Un biopic kaléidoscopique est sans doute ce qui convient le mieux pour montrer les figures d'un homme opaque dont les écrits ne sont pas non plus transparents. J'ai vu le petit garçon effrayé, l'employé modèle, le fils écrasé par un père tout puissant, l'amoureux paradoxal, l'épistolier frénétique, l'obsédé d'écriture et de mots, l'ami de Max Brod, le tuberculeux patriote, l'hypersensible, l'hyperanxieux, l'amateur de nature et de sports nautiques, l'écrivain complexé, le végétarien convaincu, l'intolérant au bruit, le traître, l'homme capable d'être une brute... A coup de tranches de vie et de tranches de ses écrits fantasmatiquement surgis (Le Champion de jeûne, La Colonie pénitentiaire, La Métamorphose) ou simplement lus (Le Procès) se matérialise le portrait d'un homme incernable, personnage étrange à la ville comme à l'écrit dont Idan Weiss incarne magnifiquement la figure.

dimanche 23 novembre 2025

La Disparition de Josef Mengele

Kirill Serebrennikov

Intéressante dissection de la descente (même pas aux enfers) d'un personnage pervers, arrogant et antipathique de bout en bout, toujours aussi fermement nazi, toujours convaincu de la justesse de ses choix, de la supériorité des aryens et du système hitlérien, persuadé d'être injustement persécuté par le complot juif. Idéologiquement irrécupérable, c'est humainement une merde, violent, autoritaire, réactionnaire, toujours prompt à abaisser, humilier, insulter. Y compris son fils, venu le visiter pour essayer de comprendre. On constate avec satisfaction que ce tenant de la race supérieure vit une existence médiocre et que l'univers rétrécit autour de lui : sa femme l'a quitté,  il a perdu l'abri d'une sociabilité  convenable quand il a dû quitter son cercle de nazis argentins, il se retrouve réduit à la vie d'une ferme perdue au milieu de nulle part, en compagnie d'êtres inférieurs (les Hongrois d'abord, et en dessous, les ouvriers agricoles indigènes), il n'a plus d'univers où exercer son talent : qu'il est loin le bon vieux temps de la clinique d'Auschwitz, évoqué par la fameuse tranche de film en couleur où sont filmées ses exactions à Auschwitz. (Impossible de regarder ces scènes de sadisme avéré et de pure boucherie. A quoi ça sert, ce voyeurisme ? ) Il ne lui reste qu'un avortement ici ou là, à Buenos Aires et plus tard, dans sa ferme, quelques cochons à saigner et éviscérer. Un univers où il est traqué par la crainte constante d'être rattrapé et démasqué. Le noir et blanc va bien à cette noirceur crépusculaire mais hélas, Mengele ne s'en tire pas si mal : dans sa dernière retraite au Brésil, où son fils vient rendre visite à l'odieux vieillard, il n'en trouve pas moins une femme pour s'occuper de lui et il finit par mourir, bêtement noyé, sans jugement, sans procès. Maigre consolation et juste retour des choses, -puisqu'il envoyait à des instituts de recherche les corps de ses victimes d'Auschwitz- son squelette à été exhumé et sert d'objet d'études à des étudiants au Brésil (les premières images du film).

 

mercredi 19 novembre 2025

Chine, Empreintes du passé




 Un lettré, ou même un Chinois, est évidemment plus à même d'en apprécier l'essence, mais quand même, sans rien y comprendre, l’exposition offre  une perspective  fascinante sur une superposition/juxtaposition de signes au fil des contributions pendant des siècles jusqu'à nos jours. Comme si le passé pouvait se réécrire à l'infini.

Musée Cernuschi

https://www.cernuschi.paris.fr/fr/expositions/chine-empreintes-du-passe-decouverte-de-lantiquite-et-renouveau-des-arts-1786-1955

lundi 17 novembre 2025

Films novembre 25

Nouvelle vague, Richard Linklater : le making of du film À Bout de souffle. Godard,  Jean Seberg,  Belmondo, le producteur et les autres (les cinéphiles reconnaîtront). Les acteurs sont étonnamment crédibles et pleins de charme, le film est très juste et plein de grâce pour raconter le mélange d'improvisation et d'énergie qui ont fait le miracle de ce film de 1959.

L'étranger, François Ozon : plutôt élégant et juste, parfaitement fidèle au roman, mais l'acteur est trop beau pour un personnage aussi indifférent, neutre, étranger à lui comme aux autres. J'aurais vu quelqu'un de plus passe-muraille. Le noir et blanc est sublime.

L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier. Un bel éclairage sur une histoire intéressante : la genèse de ce monument, le Cube, et de sa mise en œuvre. L'architecte, Johann Otto von Sprekelsen, visionnaire et intransigeant, paraît un "albatros" aux prises avec les méandres politico-administratifs d'un grand chantier voulu par le prince.

On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys : l'audition au tribunal des protagonistes d'une sombre histoire de conflit de garde d'enfants sur fond d'accusation d'abus sexuel. Cest scotchant de vérité. La mère, Myriem Akheddiou, est une actrice incroyable

Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa, peinture glaçante de la rencontre des systèmes pénitentiaire, judiciaire et totalitaire. Ou comment un jeune procureur idéaliste et loyal se confronte à la réalité stalinienne.

Les Aigles de la Republique, Tarik Saleh : George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Égypte, est contraint de jouer le role du chef de l'état dans un film commandé par les plus hautes autorités du Pays. De manipulations en complot, l'engrenage pourrait lui être fatal. Un bon moment avec de bien mauvaises personnes. A mon avis, moins credible et moins abouti que La Conspiration du Caire ou Le Caire confidentiel.

Kika, Alexe Poukine : intéressante réflexion sur la sexualité tarifée, la domination, la souffrance, le travail social et le travail du sexe. L'actrice Manon Clavel tient formidablement son rôle, au propre et au figuré, où elle s'aventure timidement avant d'en prendre la mesure.

 Lumière pâle sur les collines, Kei Ishikawa, adapté du premier roman de Kazuo Ishiguro. Une femme, sa fille, deux époques : l’Angleterre des années 80 et Nagasaki des années 50. La fille veut écrire un livre sur l'histoire de sa mère japonaise, épouse modèle à l'époque de Nagasaki qui a émigré en Angleterre. Aller-retours entre les deux époques, (femme au foyer, irradiation , suicide d'une fille...) C’est une interrogation sur la mort, l'identité, le déracinement, la guerre, la condition féminine, le tabou de l’irradiation... c'est juste, sensible, agréable à regarder sans rien de vraiment remarquable, comme la ditribution d'un jeu de cartes. C'est étrange à définir, mais cette juxtaposition de tranches de vie et de temporalités différentes manque de.. corps ? 


Ce que cette nature te dit, Hong Sang Soo. Un jeune couple où le jeune homme, rêveur et poète désargenté, rencontre un peu par hasard et pour la 1ère fois sa belle famille dans leur superbe propriété près de Seoul. Des gens prospères, sensibles, éduqués qui passent au scanner la fragilité ( ou l’inconsistance ?) du jeune homme, qu'ils prennent pour un médiocre et un poseur. 24 heures corrosives scannées avec finesse et humour.

 

dimanche 2 novembre 2025

Soundtrack to a Coup d'état

 

****

Johan Grimonprez : montage virtuose de documents d'archives et interviews, aussi passionnant qu'un thriller, autour de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Patrice Lumumba en 1961, dans le contexte de l'indépendance du Congo. Et la musique omniprésente (jazz, blues, be-bop...) outil de soft power de la domination américaine

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-du-vendredi-03-octobre-2025-6005130

mardi 21 octobre 2025

Left handed girl

Shih-Ching-tsou

Une petite fille complètement craquante et gauchère, un mère séparée, cuisinière de street food dans un marché de Taipei, une grand-mère magouilleuse, un grand-père traditionnel, une grande sœur rebelle qui essaie de se désengluer... dans un univers où il faut survivre tant bien que mal. Très scotchant de finesse, justesse, tendresse.

Cf l'interview de la réalisatrice, shih-ching-tsou

https://www.semainedelacritique.com/fr/articles/entretien-avec-shih-ching-tsou


samedi 11 octobre 2025

Aferim !

 Radu Jude

Un  'policier', le zapciu Costandin et son fils parcourent à cheval la campagne de Valachie avec pour mission de ramener un esclave rom échappé. Oui, un esclave, c’est comme ça vers 1840 (?). Au fil de leurs pérégrinations ils rencontrent toute la diversité qui peuple la campagne (villageois, roms, orpailleurs, paysans,  aubergistes, marchands, meuniers,  turcs, artisans ...) auprès desquels ils s’enquièrent du fugitif. A chaque rencontre, les dialogues illustrent l’arriération d'une population inculte, pétrie de superstitions et de préjugés, raciste, antisémite, homophobe, aveuglément soumise au culte, aux popes et aux boyards, à tout ce qui est plus puissant que soi. Et les femmes soumises à la toute puissance des hommes. Violence sociale,  domination universelle, loi du plus fort sont inscrits dans l’ordre figé de ce monde où l’esclavage est un simple fait de société et où un boyard peut rendre la justice comme bon lui semble sans procès ni jugement. Malheur à  ceux qui sont tout en bas, les roms, car tel est leur destin.
Pour l'authenticité des propos, il paraît que les scénaristes ont utilisé des œuvres littéraires du XIXe siècle, dont ils ont repris des proverbes, des dictons et d’autres phrases complètes. Ils ont utilisé des archaïsmes se mélangeant aux vocables, insultes et jurons les plus vulgaires encore d'actualité. Autrement dit, l'accent du vrai.
Entre parodie et satire, le film est très captivant, la reconstitution d’un début de 19ème siècle dans une province arriérée est convaincante, et c’est d'une grande beauté.

Bien joué ! Ou Bravo (Traduction du turc Aferim)

Continental 25 du même Radu Jude : dans la Roumanie de nos jours, la culpabilité d'une procureure qui a fait expulser un pauvre gars, lequel en est mort. 

Tout est là : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/24/kontinental-25-en-roumanie-les-tourments-d-une-huissiere-deboussolee_6642738_3246.html

samedi 20 septembre 2025

Oui

Nadav Lapid. Un musicien de jazz précaire, et sa femme, danseuse, animent des soirées de riches israéliens. Sexe, alcool, drogue, excès. Ce sont les fêtards friqués qui mènent le monde et paient leurs valets pour les égayer sur fond de guerre à Gaza. Un jour, on demande à  Y. de mettre en musique le nouvel hymne national à la gloire de cette guerre et de ses combattants. Est-ce qu'il pourrait sauver sa dignité et dire non ?

Nadav Lapid : c’est lui qui en parle le mieux, cf  l'interview sur France Inter :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/oui-un-film-de-nadav-lapid-sortie-en-salles-le-17-septembre-2025-3054054?at_medium=ads&at_ad_platform=google&at_campaign=inter_search_podcasts&gad_source=1&gad_campaignid=17432933951&gbraid=0AAAAACne0eo0bREfSj6kwYkNgZriKyRV2&gclid=CjwKCAiA8vXIBhAtEiwAf3B-gxgiC-9GPy-p5K6QEypPf1vfwy3kMiRiq_4hwzPKiY2t29c9mgDZ1RoCWvcQAvD_BwE


Downtown Abbey, suite et fin, prévisible et distrayant

La Femme la plus riche du monde : prévisible, Isabelle Huppert impériale, il manque sans doute au personnage du photographe - irrévérencieux, goujat, avide et vulgaire-, le "plus" qui l’a rendu irrésistible. Sinon, un aperçu de comment vivent les ultra-riches.

lundi 15 septembre 2025

Sirāt

 Oliver Laxe

Un père et son fils atterrissent dans une rave party au fin fond du Maroc. Il cherche sa fille disparue. Un brave mec égaré au milieu d’une faune marginale, toute aux vibrations de sa musique. Un étrange équipage se constitue quand le duo père-fils dans leur  voiture se greffent à un convoi de deux camions et leurs exotiques occupants : ils sont en quête de la prochaine rave quelque part au sud, et lui en quête de sa fille. C'est parti pour une dérive démesurée, dangereuse et hallucinante au fin fond du désert, deux quêtes improbables sur arrière-plan de guerre et de fin du monde. Un univers extrême, une tension constante, une intensité croissante dans l’immensité du désert qui devient un cul-de-sac, une histoire de fuite en avant vers ce qui ressemble au néant. Hypnotique et sidérant, ça condense assez bien un certain air du temps entre violence du monde, cultures altrenatives et no future.