jeudi 19 décembre 2019
Une Vie cachée, Terrence Malick
Ce film est un immense point d'interrogation sur la plénitude et la gratitude (rendre grâce de ce miracle) et ce qu'il advient quand survient le Mal. Comme un conflit, une rupture, une solution de continuité entre sa vérité intime et la réalité du monde. Les scènes du début mettent en image l'harmonie d'un couple dans son monde, une petite communauté où les hommes vivent à la sueur de leur front, engendrent des enfants et des récoltes. Une vision idyllique, quasi biblique, troublante et presque gênante dans un monde de scepticisme et de doute. Le Franz, pétri de l'harmonie et de l'ordre (divin, ou moral ?) du monde, entre donc en opposition quand survient l'inacceptable, l'abus de pouvoir qui rompt la justice et l'équilibre, l'isole de la communauté villageoise et le désigne aux autorités militaires. L'Anschluss est cette fracture, la trahison de la souveraineté, de la légitimité, de l'autorité morale : inacceptable et non négociable.
S'ensuit ce dialogue en images, Fani dans sa campagne, Franz dans sa caserne ou sa prison, leur solitude, leur amputation l'un de l'autre, leur amour et leur foi l'un en l'autre, et l'infini questionnement de Franz. L'apothéose est cet entretien bouleversant avec le juge qui lui demande s'il a le droit de faire ça (s'obstiner à refuser l'allégeance aux nazis, comme un orgueil insensé qui met tout le monde - à commencer par sa famille- dans l'embarras ou la douleur). Franz lui demande en retour "s'il a le droit de ne pas le faire". La Passion de Franz, comme celle du Christ, dans un univers muet où ses interrogations restent sans réponse. Le film comme un immense point d'interrogation sur ce qu'on se doit à soi, sa conscience, ou à ce Dieu caché.
On sort de là la gorge serrée par l'absolue, démente pureté de cet homme et en se demandant où et combien de fois on a trahi sa propre conscience.
mercredi 18 décembre 2019
Lillian
Etrange film, étrange personnage porté par son idée fixe, son obsession, sa folie, sa clôture sur son objectif : retourner en Russie à pied.
Elle trace, sans interférer, enfermée dans son mutisme et son isolement (elle ne parle pas anglais ou si peu), ou son "dérangement"
Elle trace
et c'est prétexte à revisiter les paysages de la mythologie et de la réalité américaine à ras de bitume, de poussière, de champ de maïs, de trous du cul du monde
Elle traverse des paysages et des scènes de genre qu'on a vus mille fois, mais son regard ne s'arrête pas, ne comprend pas, n'interfère pas,
c'est définitivement une étrangère sur un territoire immense, même pas hostile, juste inhumain où elle organise sa survie au jour le jour
On voit ainsi passer l'Independance Day dans un patelin lambda, des high way et des free ways qui s'effacent à mesure qu'elle s'enfonce au milieu de nulle part, c'est à dire de l'Amérique profonde, on voit passer le MidWest et ses champs (de maïs), le pervers de l'Iowa, les Badlands, les bouseux du Montana, le flic de comté, les charity shops, les Indiens des réserves, et la grande, l'immense nature où elle avance
et elle regarde tout ça sans équipement, sans voiture, à hauteur d'humain et à distance de pieds.
On revisite aussi la mythologie des hobos, des supertramps, de La Route, sauf que c'est débarrassé de tout lyrisme, de toute emphase, de toute littérature
et il s'en dégage une étrange poésie sauvage, une sorte de mysticisme de la quête, ou de folie, et de grande liberté ou de grand enfermement.
C'est un beau film poignant.
samedi 2 novembre 2019
Joker
Quel film bizarre et dérangeant. Autant j'ai détesté la bande-annonce qui ne rend que le pire du film, autant j'ai adoré le film. Outrance clownesque et cascade de malheurs. Et pourtant c'est un excellent film où on avance constamment sur le fil du rasoir entre l'outrance, justement, et une tristesse profonde devant une réalité sociale désespérée et déprimante, avec une certaine empathie pour les laissés pour compte. Ce qui est fascinant, c'est cette peinture de la mutation d'Arthur Fleck, ou comment, de clown miteux, il devient Joker. Chaque séquence du film est une pure tranche d'horreur et de séquence en séquence, on s'affranchit de toute convention pour entrer dans la peau et le mental d'un maboul, dont la folie est effroyablement logique, comme la conséquence d'un fatal enchaînement de circonstances.
Donc, Athur Fleck est un paumé, un minable, un raté, rêvant de percer dans le "stand up". Et c'est aussi un être humain naïf et psychotique à la fois. Il scanne le réel et en tire les conclusions délirantes qui s'ensuivent. On en est à la fois horrifié et de son côté. Et on finit par transgresser tous les codes quand on se réjouit de ses exactions. Le clown triste devient un fou de plus en plus lucide et de moins en moins naïf qui jubile et qui danse, et on se retient d'applaudir des deux mains (expression idiote, comment pourrait on applaudir autrement) devant cette étrange prise en main de son destin de sociopathe.
vendredi 1 novembre 2019
Martin Eden, Pietro Marcello
Étonnant Martin Eden (magnifique Luca Marinelli) transposé dans une Italie du 20ème siècle avec une tonalité dominante années 50 et une référence aux mouvements sociaux du siècle. Le film est ponctué de séquences photos, comme des arrêts sur image de visages, de scènes de rue populaires comme des rushes de vieux films sur la réalité de la misère, de la rue. Ce qui brouille la stricte référence historique mais renforce l'empathie humaine et sociale du fim. L'ascension de Martin Eden est une peinture subtile de la lutte des classes, a priori le travailleur inculte vs le bourgeois, et montre plus finement au sein d'une même classe, les divers étages de conflits entre plus ou moins pauvres et plus ou moins dominés. Les ouvriers, les tout petits commerçants et entrepreneurs... et l'ex marin devenu fainéant (il écrit et ne gagne rien au début).
Au déterminisme de classe s'oppose la détermination de l'individu qui émerge au sein du groupe social. A lire ça, on pourrait s'attendre à un film didactique, mais c'est vraiment une peinture riche et complexe d'un individu dans une époque, un milieu et sa propre histoire. Comment va-t-il se démarquer et se déterminer, appartenir ou pas, intervenir ou pas. Ainsi la première scène où "il s'en mêle" et sauve un jeune bourgeois en train de se faire tabasser. Ce qui le propulse dans un nouveau monde et une dynamique d'ascension sociale par la culture et d'exclusion de son propre milieu. Martin Eden trahit sa classe en sauvant ce bourgeois et à partir de là ne trouvera plus sa place nulle part. Ni chez les bourgeois, ni chez les socialistes. Son credo, c'est l'individu. Le personnage lumineux, solaire, puissant perd sa vitalité et son éclat à mesure qu'il gagne son statut d'écrivain, son argent et sa notoriété. Mais il n'appartient plus. Ni aux pauvres ni aux bourgeois. Dans un film où chacun, les sympathiques comme les antipathiques, appartient à un groupe, sa classe ou son camp, il y a deux ovnis : l'écrivain Martin Eden et l'étonnant personnage du mondain, génie et poète à ses heures, Russ Brissenden. Très beau film.
lundi 21 octobre 2019
Chambre 212, Christophe Honoré
mardi 15 octobre 2019
Sonnenallee
Dans la série comédie "ostalgique", ce film vu sur Arte est très plaisant. Voici la présentation d'Arte :
Côté Est, Micha, Mario et leurs copains mènent une vie d'ados ordinaires. Ils fantasment en permanence sur la mode et la musique venues de l'Ouest. Il faut dire que Micha a bien du mal à trouver des modèles dans son entourage, entre une mère prête à usurper l'identité d'une touriste pour passer de l'autre côté, un oncle de l'Ouest pourvoyeur de bas nylon et un voisin informateur de la Stasi.
Et c'est aussi la nostalgie de l'époque foisonnante de l'adolescence et du premier amour.
lundi 14 octobre 2019
Phèdre de Michel Hermon
Vibrante, chancelante, émouvante, troublante, Phèdre se fourvoie et chancelle sur les variations infinies du sentiment amoureux, elle va trop loin, elle se reprend, se repent, elle y revient et fait inlassablement le tour de l'impasse qu'est sa passion pour Hippolyte. Elle se fourvoie, mais rien ne peut l'empêcher d'avancer au bord du précipice, de revenir sans cesse à l'inéluctable, et c'est la commune Oenone, responsable et garante de l'ordre établi, qui la rattrape au bord de l'irréparable. Elle l'empêche de se suicider, et pour que tout rentre dans l'ordre, elle construit la perte d'Hippolyte en inversant les propositions : ce serai lui le fourbe séducteur, le fauteur de désordre, le bafoueur de l'honneur du père : elle construit ainsi la perte du fils.
Au fil du texte, on rencontre les tirades les plus célèbres qui retrouvent soudain une beauté, un éclat, une résonnance oubliée. On est suspendu au fil de ces mots qui sculptent l'espace de l'ordre et de la passion, du désordre amoureux, du déshonneur, de la fatalité. Et on découvre aussi une sorte de folie de Racine, que l'on croyait policé dans le maniement des alexandrins, mais qui joue à merveille de la peinture des circonvolutions, complexités, délires et excès de l'âme.
vendredi 27 septembre 2019
Bacon en toutes lettres

La distorsion, la dissolution, l'éjaculation.
Une porosité organique.
Des figures solitaires, des corps à corps.
De la chair, de la chair, de la matière et des idées.
De la nonchalance aussi, dans le balancement d'un corps.
Le cru de la vie, selon Picasso, ou selon le cri de la nurse (Eisenstein dans Le Cuirassé Potemkine)... explique Bacon, quand il parle des peintres ou des œuvres qui l'ont marqué. "Trap" la réalité, dit-il, dans l'excellent film à la fin de l'exposition, qui donne des clés de lecture. Réinventer le réalisme, pour qu'il soit intense et abrégé. Abréger pour faire un concentré de réalité.
Je ne sais pas ce que j'aurais vu si je n'avais pas suivi une visite guidée, je pense que j'aurais aussi beaucoup aimé cette expo, mais j'ai trouvé l'éclairage particulièrement utile et intéressant (avec des clés que l'on retrouve en partie dans ce fameux film à la fin)
mercredi 25 septembre 2019
Bacurau
Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, coréalisateurs de « Bacurau »
Excellent, déroutant, plein de références à plein de genres cinématographiques (western, film de mercenaires/action, science-fiction, conte social, fable politique... tout ça). On est embarqué on ne sait trop où et comment, et on est régulièrement surpris, intrigué, inquiet...
C'est surprenant, attachant, un très bon film au fin fond de nulle part, (Nordeste) dans un patelin en butte aux manoeuvres d'un politicien pourri (pleonasme ?). Là dessus, un arrière-plan culturel et social bien brossé. C'est une excellent surprise qui fait un tabac au Brésil.
vendredi 30 août 2019
Inception, Christopher Nolan
L'idée (et la conception) virtuose, c'est de pénétrer l'esprit d'autrui via le rêve pour y soutirer des secrets (genre espionnage industriel). C'est la spécialité de Cobb (Leonardo di Caprio) et son équipe. Jusqu'au jour où il va plus loin. Son donneur d'ordre (asiatique) veut circonscrire l'extension de l'empire Fischer. Cobb assure qu'il peut implanter une idée chez un sujet, en l'occurrence le fils Fischer, pour obtenir le comportement adéquat. Inception. Ce à quoi il s'emploie avec son équipe en créant le scénario de plusieurs niveaux de rêve, en fonction des résistances rencontrées. Avec le concours de l'architecte des décors (Ariane -Ellen Page). Plus on descend dans les niveaux de rêve, plus c'est complexe et dangereux évidemment, avec le risque de s'y perdre. Et le film ne va pas manquer de faire planer la menace, d'évoquer les fantômes et souvenirs de Cobb, et les frontières perméables entre rêve et réalité. Au point de s'y perdre. C'est du grand cinéma.
lundi 26 août 2019
So long my son, Wang Xiaoshuai
Wang Xiaoshuai
C'est un maelström d'images, de moments, de références, d'émotions, et un fil continu d'humanité. De A à Z le film est à fleur de peau, de sensibilté, d'impression. De touche en touche, les personnages acquièrent densité, profondeur et humanité. Il y a des lieux clés (le barrage, l'appartement ouvrier, l'atelier) qui cristallisent les émotions, événements, souvenirs, et à force de voir et de revoir divers angles ou époques d'une scène, ou de multiplier les versions, ou les points de vue, à force d'avoir des regards différents selon les protagonistes, le film prend toute sa dimension.En plus, c'est une formidable mine de renseignements sur l'évolution de la Chine des 30 dernières années, qui commence au moment où la Chine engage la politique de l'enfant unique et finit quand la spéculation immobilière enrichit les plus malins (ou simplement les plus avisés ; le film est tellement peu manichéen qu'on peut admettre que tout est possible chez tout un chacun, sans qu'il se soit forcément livré aux pires turpitudes ? Quoique. Le pouvoir et la réussite sociale sont toujours du même côté).
Le scénario (ou le montage, virtuose) est assez intelligent pour rendre les acteurs beaux, intéressants, émouvants, intelligents, et encore une fois, d'une formidable humanité, une valeur magnifiquement mise en scène (alors qu'elle semble absente du cinéma occidental, tout en noirceur, désespoir, amertume...) Bémol : ça change aussi de la plupart des films chinois que j'ai vus, qui montrent une société désespérante, gangrenée par l'avidité et l'argent.
Et puis c'est aussi une magnifique manière de parler de la filiation et du fait d'être père ou mère.
Bref, ce film est un chef d'œuvre
lundi 12 août 2019
Une Grande fille
Puis arrive Masha, on apprend peu à peu ce qui les lie, au delà des horreurs de la guerre, et l'étrange protocole de réparation qui se met en place : il faut que naisse un enfant pour des raisons à la fois claires et obscures : l'enfant comme réparation et reconnaissance de dette, et aussi le besoin qu'elles ont l'une de l'autre, à moins qu'il ne s'agisse de désir homosexuel non abouti. Le film détaille les péripéties pour arriver - ou pas - au résultat. C'est interminable, et l'idée même du film est suspecte : obliger une femme à lui faire un enfant ?
dimanche 11 août 2019
Fanny et Alexandre
C'est aussi le monde de la magie et de l'illusion, de l'imaginaire et de la création, à la fois dans la vie de ce petit théâtre dont le directeur meurt subitement, et à travers le personnage d'Isaac, le vieux juif usurier, collectionneur et brocanteur, le vieil ami-amant de la grand-mère, qui souligne dans le film la dimension magique et mystérieuse de la vie. Les scènes et les décors de son magasin-caverne d'alibaba sont extraordinaires, notamment celle où Alexandre rencontre Ismaël, le "possédé".
Et bien sûr, s'il est question de la puissance de l'esprit et de l'imagination, le personnage d'Alexandre, supra-imaginatif et supra-sensible aux moindres ondes de ce qui l'entoure, et où l'on devine en filigrane la figure de Bergman enfant.
Le film commence par cette incroyable fête de Noël dans cet incroyable décor de maison opulente et théâtrale, avec tout le luxe et la sérénité que donne l'argent, et où l'on est littéralement inondé par la joie de cette fête familiale, affectueusement entourée des soins des servantes. Un époque et une ambiance d'antan, tout comme est perdu le monde des fêtes de l'enfance qui laissent une empreinte indélébile
Dans ce concentré d'émotions et de notations, dans cette profusion, cette opulence, Bergman raconte la générosité des personnages, et l'amour pour les acteurs, leur sensibilité, leurs débordements, leur posture sur le fil, à la frontière du rêve et de la réalité, du masque et de la vérité, du vrai et du faux semblant, du jeu et du drame. Un monde où la vérité porte plusieurs masques.
Bergman raconte alors comment l'univers soudain rétrécit et se glace, perd ses couleurs en basculant dans l'univers atroce de l'évêque, un univers où la vérité n'a qu'une figure, celle du Christ, et qu'une revendication, la pureté. Un monde totalitaire où la pensée doit être transparente, où la liberté de penser est une menace, l'imagination un vice. Dans ce monde, Alexandre devient forcément l'adversaire à soumettre. Le Malin.
Les personnages déroulent une magnifique galerie de caractères, à commencer par la grand'mère, pilier et référent de la famille, ses 3 fils (l'homme d'affaires et sa débonnaire épouse Alma, l'homme de théâtre et sa femme, la belle Emilie, mère de Fanny et Alexandre, l'horrible Carl, toujours fauché et amer, et sa pitoyable épouse), le monde des servantes, la vieille Esther, la délicieuse Maj... L'irruption de l'extraordinaire évêque et de sa maisonnée (famille et servantes), un monolithe de noirceur et de cruauté, n'en est que plus angoissante.
Il faudrait aussi parler des décors, des couleurs, des lumières... et détailler chaque scène pour raconter l'incroyable richesse de ce film incroyable : beau, prenant, émouvant, merveilleux, angoissant, touchant, léger, profond.
lundi 5 août 2019
Les Faussaires
Donc elle est financièrement aux abois, et trouve une combine lucrative pour survivre, avec son pote Jack Jack, homosexuel drôle, solitaire et fauché. Regard caustique sur une société où les losers sont condamnés. Pas mal, dans un genre assez mordant.
mardi 2 juillet 2019
Le Daim, Quentin Dupieux
vendredi 28 juin 2019
La Femme de mon frère
vendredi 21 juin 2019
Vus
ZOMBI CHILD : d'après l'histoire vraie d'une zombification à Haïti. A travers l'histoire de la petite fille du zombifié avec ses copines au pensionnat de la Légion d'honneur à Saint-Denis. Étrange, intéressant, des longueurs, une ambiance.
SYBIL : une psychanalyste aux prises avec le démon de l'écriture casse tous les codes du métier en se laissant embarquer dans l'histoire tordue de sa patiente, actrice aux prises avec ses ambitions professionnelles, son amant, qui est aussi celui de la réalisatrice du film où elle joue, un début de grossesse... Entre identification (souvenirs d'une passion ancienne) et vampirisation pour l'écriture de son roman, Sybil déconne sérieusement. Dommage que le film s'égare un peu dans des diverticules parasites. La partie à Stromboli est la plus réussie.
NEVADA, film un peu prévisible sur la réhabilitation de prisonniers par un programme de dressage de chevaux sauvages. Pas mal
dimanche 26 mai 2019
Douleur et gloire
Dans son présent de solitude voulue et de corps douloureux et vieillissant, divers personnages reviennent de son passé, il les revoit à la lumière de leurs présents respectifs. Ces rencontres ont la saveur des routes séparées qui se recroisent avec une indulgence, une tendresse et une saveur nouvelles. C'est un très beau film de maturité, voire de "seniorité". Avec l'exceptionnel Antonio Banderas (et tous ses acteurs magnifiques).
jeudi 23 mai 2019
Dans le film 3, le tout début, en forme d'histoire d'amour muette entre espions, garde un peu de la saveur nostalgique et déroutante de cette œuvre inclassable. La suite de l'histoire des espionnes se noie un peu dans l'immensité (siberienne) comme un requiem pour les films l'espionnage à l'ancienne.
Bref, c'est long.
lundi 13 mai 2019
La Flor 1 et 2
Mariano Llinas
C'est tout comme il a dit, le critique. (Et pourtant, on se demande parfois où ils vont chercher leur satisfecit quand ils se mettent à encenser des films nuls). Un film magique, donc, poétique, foisonnant, envoûtant, qui opère comme une drogue. On en veut encore et encore de cette floraison infinie d'images, d'idées, de poésie sans fin ( au fait on pourrait penser au magique Poésie sin fin de Jodorowski). Des scènes d'une beauté inouïe, par exemple quand le prisonnier rêve en scrutant le ciel, l'immeuble Casterman la nuit (haha, ce cher Tintin), les images de la jungle dans le récit de la Niña... On peut pas tout retenir, il y a tellement de plans sublimes, de poésie, ou de vacuité, ou de densité, et de distance amusée. Il galope sur tous les registres avec une virtuosité de compositeur, la musique d'ailleurs, fait partie intégrante du film, non seulement dans le sublime (! Encore) épisode du couple de chanteurs et son ambiance noire et intense, tragique et désespérée, avec l'hyperviolence d'un couple qui se déchire. Là, ça fait cliché, alors qu'il n'y en a pas un atome. C'est juste magique et tragique. Bref j'en suis qu'à l'épisode 2, les espionnes (complètement) barrées dans une histoire abracadabrantesque, pleine de tiroirs et de ressorts, j'attends la séance 3 avec impatience (demain) avec la fin de cet épisode échevelé. Et évidemment les 4 actrices qu'on aime de plus en plus. Belles ou pas, selon les plans, intéressantes, toujours, captivantes, de plus en plus.
Quant au 1er épisode ( la momie) disons qu'il sert de préambule, pour donner le ton d'un film inclassable, puissant et magique. Vivement demain
jeudi 2 mai 2019
Gloria Bell vs Gloria
Et bizarrement, les critiques sont plutôt bonnes.
Gloria (2014) : portrait juste d'une femme seule, âgée, intelligente et sympathique (Paulina Garcia) qui prend ce que la vie peut encore lui offrir. Le quotidien, les réunions de famille, les enfants, le dancing, éventuellement l'amour. C'est fait avec finesse et empathie.
mardi 16 avril 2019
Notre-Dame de Paris a brûlé

Imposante, presque sévère quand on regarde l'admirable géométrie de la façade, elle exerce une fascination évidente pour ce qu'on a envie d'appeler le génie français : une haute exigence spirituelle et intellectuelle, habillée de raffinement et d'élégance formelle. A moins que ce ne soit le génie de la foi.
Elle dévoile sur ses flancs toute sa puissance de séduction : l'élégante conception de la nef gracieusement soutenue par les arc-boutants, la somptueuse rosace, et l'incommensurable richesse de toute la décoration. Admirable de jour comme de nuit, de près dans les jardins, de plus loin sur la Seine ou sur les ponts qui l'enclosent. Protégée sur son île comme en un écrin, exaltée par l'infinie richesse des dessins de la pierre, on peut la scruter sans se lasser ou la survoler d'un regard distrait, elle est immanquablement là, immanquablement belle et chérie au cœur de Paris.
lundi 1 avril 2019
Ma vie avec John F.Donovan
Pourquoi X. Dolan a-t-il la manie de filmer ses personnages en très gros plan, à en scruter les pores de la peau ? Autre travers, le coup de la musique (genre tube) qui emballe et embarque dans un tourbillon d'images, genre maelström d'émotions.
Ces détails déplaisants mis à part, quelle daube. Il a vraiment envie de démontrer quelque chose. A savoir qu'il faut pas mentir, se mentir à soi-même, vivre et être vrai. Ou vivre sa vérité. Bref.
Donc, il raconte une touchante histoire (ça aurait dû être la bonne idée du film) d'un gamin authentique, profond, sensible et intelligent, c'est Rupert, qui, grâce à leurs échanges épistolaires, sert de confident/faire-valoir au pov' gars qui a oublié tous ces basiques et s'est perdu dans le mensonge, affligé d'une maman hyper lourde (grenouillesque Susan Sarandon). Ce jeune prodige de sensibilité, d'intelligence et de maturité, comme ne manque pas de le faire remarquer sa maîtresse (d'école), lui aussi affligé d'une maman surpuissante (Nathalie Portman, diablement banale, c'est le rôle qui veut ça), est omniprésent, omniconscient, comme un rappel de l'enfant blablabla, dont il ne faut pas renier l'authenticité, blablabla.
Bref c'est une tête à claques qu'on retrouve, devenu adulte et acteur (il en rêvait), aux prises avec la journaliste sévère mais juste, blablabla qu'il va convaincre d'écouter son histoire / sa vie avec John F.Donovan.
Ce film est fastidieux, lourd, convenu, malgré ses apparences de liberté de ton et de composition, et n'en finit pas de tourner en rond. Mortel.
lundi 25 mars 2019
La collection Courtauld à la fondation LVMH
elle vaut d'y aller ne serait-ce que pour l'envoûtant Lac d'Annecy (Cézanne), et pour le non moins exceptionnel Étang des soeurs à Osny. (Et tous les Cézanne proposés : le portrait du paysan, les Joueurs de cartes, une Montagne Ste Victoire...)
Pour tous les Gauguin et ce paysage de la Martinique
Pour le portrait de femme à la fenêtre (Degas). Pour le Bar des Folies Bergères (E.Manet), et le face-à-face avec son étrange serveuse (Suzon)
Pour le Printemps à Chatou et la Yole, qui réconcilient avec Renoir,
Pour l'éblouissante dame de La Loge (Renoir encore). Apothéose d'élégance, d'opulence et d'exubérance bourgeoise demi-mondaine. On nage en plein Nana-Zola.
Pour les Seurat : le Pêcheur, l'homme dans la barque, le Pont de Courbevoie (depuis l'île de la Jatte), Graveline, la femme qui se poudre
Pour les Van Gogh, jamais l'homme à l'oreille coupée ne m'a paru aussi intense et etrange, ni le Champ de blé avec cyprès, fulgurant.
Trop de monde, forcément, mais que de la très très belle peinture. Courtauld avait un oeil exceptionnel.
vendredi 15 mars 2019
Le Chant du loup etc
Efficace : Vice propose une intéressante enquête sur le rôle et la personne du vice-président des E.U Dick Cheney (sous Bush junior, au moment du déclenchement de la guerre en Irak) L'ascension de l'homme de l'ombre et de ses équipes. Glaçant.
Distrayant : Le Mystère Henri Pick est parfaitement distrayant : un critique littéraire star se met en tête de dévoiler ce qu'il pense être une imposture littéraire.
Tortueux : The Favourite : intrigues à la cour d'Elisabeth 1ère, reine d'Angleterre. Se laisse voir.
mercredi 13 mars 2019
Green Book
Peter Farrelly. A propos de couleur de peau, voilà un film bien enlevé pour raconter l'histoire vraie des pérégrinations d'un chauffeur blanc-garde du corps Tony Vallelonga (Vigo Mortensen) et de son client noir Don Shirley (Mahershala Ali), pianiste de renom en tournée en 1962 dans le sud ouvertement raciste des Etats-Unis. C'est léger, drôle, prévisible, touchant, humain, une sorte de feel good movie sur fond de réalité sociale sinistre.
mercredi 6 février 2019
Rijkmuseum
Un drôle de monde un peu familier avec des portraits d'humains trop humains, des vieilles petites filles tristes, des tables chargées de mets, des verres de vin, des notables
Un gros jeune homme, obèse, coquet, suffisant, à mille lieues de son père (Bartholomeus von der ...?)
Un cygne fou dans une envolée de battements d'ailes et de becs menaçant, il barre la route au chien prédateur (Jan Asselin)
Un paysage de Ruysdaël (1668) fasciné par les chutes d'eau depuis son voyage en Allemagne
La défaite des gallinacées : Willemevan (still life with poultry 1658)
a kingfisher and a gamecock ???
Parmi bien d'autres : une Vierge à l'enfant où l'enfant est très attentif à rassurer sa mère
un drôle de triomphe du bourgeois sur la perron de sa maison, sa fille à côté de lui, contenance réservée mais n'en a pas moins l'air d'une peste possible
Deux femmes et leur armoire à linge
Détails d'un intérieur : une jeune femme à sa fenêtre, une autre (lit quelque chose ?), un chien devant la porte, une petite fille dans l'embrasure
une jeune fille avec une lettre, l'ai médusé (Gerard ter Borch)
une petite fille du même peintre, 2 ans environ, harnachée comme une mini-dame
le repas de fête très arrosé, les parents boivent, les enfants trinquent, tout le monde est plus que jovial
Romeyn de Hooghe
Combat de l'empereur Habsbourg contre les Ottomans (aussi des gravures)
Une mère cherche des poux sur la tête de sa fille, un lit-cage à l'arrière plan (armoire), le dallage au sol, une perspective par une porte (ou une fenêtre)
les Rembrandt (et son copain d'ateleir Hen...?), La Ronde de nuit, forcément, un couple biblique (l'homme a une main sur le giron de sa femme en robre rouge); la vieille femme qui lit la Bible avec ses mains ridées
et la fameuse laitière, celle des yaourts, tellement galvaudée, mais en vrai, ça marche
vendredi 1 février 2019
Si Beale street pouvait parler
Le Cubisme à Beaubourg.
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André Laurens |
mardi 22 janvier 2019
Glass
Donc, Bruce sauve une brochette de jeunes filles, et met à mal la Bête, mais pas de bol, la police ne fait pas le détail et coffre les deux mabouls hyperviolents, ne comprenant pas qu'Incassable se déchaîne pour le bien commun.
Acte 2 : à l'asile. Une psychiatre glaçante et volontariste s'emploie à éradiquer toute velléité de toute puissance et surhommisme chez ses extravagants pensionnaires. Tout ça, c'est parce qu'ils ont lu trop de comics et vu trop de Superman etc, mais ça peut s'arranger. Notamment avec une petite intervention sur le lobe frontal. Elle a également à sa disposition un ingénieux dispositif de lumières qui flashent le polyvalent quand il est en proie à ses trépidants changements de personnalité. Et vas-y que je te flashe le gus. (Là, il y a un truc obscur avec la lumière qui bloque ses élans). Sinon, sa copine (bizarrement il a une copine, une ex-victime qui l'aurait apprivoisé j'ai cru comprendre...) bref, la fille est la seule à savoir parler au bon gars qui est en lui : le petit Kevin traumatisé par sa maman. Sinon, la psy poursuit sa thérapie réductrice de phantasmes de toute puissance. Entretemps, Glass a fait son entrée en scène : Glass est un catatonique machiavélique, affligé de la maladie des os de verre, donc supercassable, lui, mais super intelligent. Si Glass est là, c'est qu'il a déjà commis d'affreux méfaits, et ce génie du mal nourrit un plan diabolique pour libérer les deux superpuissants et les faire s'affronter au vu et au su de tous. Ajoutons que la gestion du personnel de l'hôpital est désastreuse, ce qui facilite tout de même la tâche à l'équipée des psychopathes... etc etc. Bref on n'est pas au bout de ses surprises, et de découvrir qu'à pervers, pervers et demi.
Ça n'en reste pas moins poussif et laborieux, à part les performances d'acteur de James McAvoy (Kevin-La Bête ) et bien que les scénaristes se soient bien pressé le citron : beaucoup de bruit pour pas grand chose.
(Mais j'ai lu des trucs très élaborés et très enthousiastes pour faire état de la grande profondeur du film, des interrogations qu'il suscite, le doute, la figure, l'image, la fiction, briser la glace...) Ils disent aussi que Split, c'est mieux qu'Incassable.
lundi 14 janvier 2019
JR à la Mep
Il est partout. Il deborde d'idées pour occuper l'espace, raconter des lieux et des gens, les mettre en scène, faire voir ce (ceux) qu'on ne voit pas, inventer des dialogues avec l'espace. Il y a des figures en mouvement (à bord de trains ou de containers), des athlètes géants sur la ville, des figures imbriquées dans le tissu urbain (Wrinkles of the cities). C'est foisonnant de vitalité créatrice.
dimanche 13 janvier 2019
Qui a tué Lady Winsley ? Hiner Saleem
vendredi 11 janvier 2019
Géométries Sud
Étonnante exposition, une ambiance indéfinissable s'en dégage, l'impression d'aborder un univers, celui d'une civilisation sud américaine. Même si c'est une vue de l'esprit, c'est bien vu, à partir du thème d'une géométrie qui serait non euclidienne. Comme une séquence d'ADN est une géometrie, comme une constellation stellaire. Comme tout ce qui tient d'une organisation organique ou sociale. C'est difficile à exprimer, mais il y a une véritable ambiance et des pièces très remarquables. A ne pas manquer.
Notamment les sculptures de Gego (Gertrud Louise Goldschmidt), les sculptures en fil de Olga de Amaral, les peintures faciales de la communauté Kadiwéu, Luis Zerbini... Il y en aurait bien d'autres à citer.
https://pib.socioambiental.org/en/Povo:Kadiwéu
dimanche 6 janvier 2019
ROMA, Alfonso Cuaron.
Alfonso Cuaron. Excellent film avec pour personnage principal la bonne, quasiment silencieuse, et à travers son regard, la vie d'une famille prospère à Mexico. Une femme à la fois invisible, elle fait partie des meubles, et puissante, sans elle, tout se déglinguerait. C'est grâce à elle que tout tourne rond, même si le père est bizarrement absent. Il y a aussi sa propre vie, ou plutôt ce qu'il en reste quand elle n'est pas dans la famille. Elle vient d'un quartier pourri et est confrontée à la brutalité sociale et au machisme ordinaire. C'est un regard social sur la condition de cette femme, qui n'est pas grand chose à l'extérieur de la famille. Finalement, elle n'a peut-être pas d'autre vie possible en dehors de sa condition : elle vit à travers la vie des autres, elle est le pilier, la nounou, la gentillesse et le dévouement incarné. Difficile d'écrire à quel point c'est fin, juste, triste et tendre, fait des mouvements de la camera et de notations muettes, à travers son regard qui enregistre tout, comprend tout et ne commente rien.
Plastiquement aussi, c'est un film magnifique. 5*****