lundi 25 mars 2019

La collection Courtauld à la fondation LVMH

Bien que ce soit encore une expo sur les Impressionnistes,
elle vaut d'y aller ne serait-ce que pour l'envoûtant Lac d'Annecy (Cézanne), et pour le non moins exceptionnel Étang des soeurs à Osny. (Et tous les Cézanne proposés : le portrait du paysan, les Joueurs de cartes, une Montagne Ste Victoire...)



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour tous les Gauguin et ce paysage de la Martinique


Pour le portrait de femme à la fenêtre (Degas). Pour le Bar des Folies Bergères (E.Manet), et le face-à-face avec son étrange serveuse (Suzon)
Pour le Printemps à Chatou et la Yole, qui réconcilient avec Renoir,
Pour l'éblouissante dame de La Loge (Renoir encore). Apothéose d'élégance, d'opulence et d'exubérance bourgeoise demi-mondaine. On nage en plein Nana-Zola.
Pour les Seurat : le Pêcheur, l'homme dans la barque, le Pont de Courbevoie (depuis l'île de la Jatte), Graveline, la femme qui se poudre
Pour les Van Gogh, jamais l'homme à l'oreille coupée ne m'a paru aussi intense et etrange, ni le Champ de blé avec cyprès, fulgurant.
Trop de monde, forcément, mais que de la très très belle peinture. Courtauld avait un oeil exceptionnel.

vendredi 15 mars 2019

Le Chant du loup etc

Oppressant : on peut aller sans hésiter s'enterrer (? pour un sous marin, ce n'est pas approprié, mais s'emmerer ne marche pas non plus ) avec Le Chant du loup. Le suspense est prenant, l'intrigue bien tortueuse, et que ne faut-il pas faire, entre obéissance aux protocoles et instinct de survie, pour échapper à une guerre nucléaire. Le héros est aussi beau gosse qu'il a  l'oreille absolue, ce qui lui permet d'identifier tout ce qui émet des sons dans l'univers sous marin, bien utile pour déjouer les pièges ourdis par les puissances du mal.

Efficace : Vice propose une intéressante enquête sur le rôle et la personne du vice-président des E.U Dick Cheney (sous Bush junior, au moment du déclenchement de la guerre en Irak) L'ascension de l'homme de l'ombre et de ses équipes. Glaçant.

Distrayant : Le Mystère Henri Pick est parfaitement distrayant : un critique littéraire star se met en tête de dévoiler ce qu'il pense être une imposture littéraire.

Tortueux : The  Favourite : intrigues à la cour d'Elisabeth 1ère, reine d'Angleterre. Se laisse voir.

mercredi 13 mars 2019

Green Book


Peter Farrelly. A propos de couleur de peau, voilà un film bien enlevé pour raconter l'histoire vraie des pérégrinations d'un chauffeur blanc-garde du corps Tony Vallelonga (Vigo Mortensen) et de son client noir Don Shirley (Mahershala Ali), pianiste de renom en tournée en 1962 dans le sud ouvertement raciste des Etats-Unis.  C'est léger, drôle, prévisible, touchant, humain, une sorte de feel good movie sur fond de réalité sociale sinistre.

mercredi 6 février 2019

Rijkmuseum

Un drôle de monde un peu familier avec des portraits d'humains trop humains, des vieilles petites filles tristes, des tables chargées de mets, des verres de vin, des notables

Un gros jeune homme, obèse, coquet, suffisant, à mille lieues de son père (Bartholomeus von der ...?) 

Un cygne fou dans une envolée de battements d'ailes et de becs menaçant, il barre la route au chien prédateur (Jan Asselin)

Un paysage de Ruysdaël (1668) fasciné par les chutes d'eau depuis son voyage en Allemagne

 La défaite des gallinacées : Willemevan  (still life with poultry 1658)

a kingfisher and a gamecock ???

Parmi bien d'autres : une Vierge à l'enfant où l'enfant est très attentif à rassurer sa mère

un drôle de triomphe du bourgeois sur la perron de sa maison, sa fille à côté de lui, contenance réservée mais n'en a pas moins l'air d'une peste possible

Deux femmes et leur armoire à linge

Détails d'un intérieur : une jeune femme à sa fenêtre, une autre (lit quelque chose ?), un chien devant la porte, une petite fille dans l'embrasure

une jeune fille avec une lettre, l'ai médusé (Gerard ter Borch)

une petite fille du même peintre, 2 ans environ, harnachée comme une mini-dame

le repas de fête très arrosé, les parents boivent, les enfants trinquent, tout le monde est plus que jovial

Romeyn de Hooghe

Combat de l'empereur Habsbourg contre les Ottomans (aussi des gravures)

Une mère cherche des poux sur la tête de sa fille, un lit-cage à l'arrière plan (armoire), le dallage au sol, une perspective par une porte (ou une fenêtre)

les Rembrandt (et son copain d'ateleir Hen...?), La Ronde de nuit, forcément, un couple biblique (l'homme a une main sur le giron de sa femme en robre rouge); la vieille femme qui lit la Bible avec ses mains ridées

et la fameuse laitière, celle des yaourts, tellement galvaudée, mais en vrai, ça marche

vendredi 1 février 2019

Si Beale street pouvait parler

Et surtout si le film de Barry Jenkins pouvait aller plus vite. Certes ce serait au détriment d'une délicatesse et d'une sensibilité à fleur de peau, et d'une profonde justesse du regard, mais quand même ! On a compris que Tish (la très délicieuse Kiki Layne) et Fonny s'aimaient profondément et que ce qui leur arrive est immonde, raciste, injuste. L'histoire se raconte à coup de flash back, la jeune fille est absolument craquante, quelques scènes sont enlevées et tout est bien vu, mais quand même, on en a marre de cette insistance, de cette lenteur sur fond de réserve massive de bons sentiments, de ces scènes récurrentes où ils se regardent sans faiblir dans le blanc des yeux en échangeant des "je taime/ I love you too" envers et contre tout.

Le Cubisme à Beaubourg.


Le Cubisme à Beaubourg a cette qualité des grandes expositions, qu'elle remet les idées en place. Du cubisme, je n'avais en tête que la caricature, quand Braque et Picasso rivalisent de peintures qui se ressemblent dans des non couleurs gris-jaune-beige terne. Avec des manches ou des hanches de guitare et des superpositions de plans. Ça, cest vers le milieu de l'exposition, mais heureusement il y a bien plus et bien mieux que ça, avec une présentation à la fois chronologique et pédagogique, et une grande richesse de nuances et variantes du mouvement. Des associations remarquables et des découvertes : André Laurens -ses (dessins) et ses sculptures- Michel Gleizes, Les Carnets de guerre d'André Mare, les (dessins) de guerre de Fernand Léger, sculptures de Lipchitz, et par ci par là quelques merveilles qui vous scotchent. Ou des curiosités. C'est d'une profusion et d'une richesse remarquables.

Michel Gleizes



Lipchitz (?)

André Laurens

mardi 22 janvier 2019

Glass

Night Shyamalan. Donc -mais je n'ai pas vu les 2 premiers de ce qui n'était pas encore une trilogie, je disais donc que l'incassable Bruce Willis rodait en ville caché sous une espèce de cape en plastique verdâtre (ça doit se référer à qqch) parce que l'homme aux 24 (ou 36 ou 42) personnalités, avec La Bête en figure dominante, fait des ravages en ville. La Bête ayant des caractéristiques empruntées au loup-garou, à Spiderman (il grimpe au plafond comme personne), peut-être à Hulk (je connais pas trop) et à divers psychopathes de légende. Un authentique esprit criminel. Bref, ça y va de la référence.
Donc, Bruce sauve une brochette de jeunes filles, et met à mal la Bête, mais pas de bol, la police ne fait pas le détail et coffre les deux mabouls hyperviolents, ne comprenant pas qu'Incassable se déchaîne pour le bien commun.
Acte 2 : à l'asile. Une psychiatre glaçante et volontariste s'emploie à éradiquer toute velléité de toute puissance et surhommisme chez ses extravagants pensionnaires. Tout ça, c'est parce qu'ils ont lu trop de comics et vu trop de Superman etc, mais ça peut s'arranger. Notamment avec une petite intervention sur le lobe frontal. Elle a également à sa disposition un ingénieux dispositif de lumières qui flashent le polyvalent quand il est en proie à ses trépidants changements de personnalité. Et vas-y que je te flashe le gus. (Là, il y a un truc obscur avec la lumière qui bloque ses élans). Sinon, sa copine (bizarrement il a une copine, une ex-victime qui l'aurait apprivoisé j'ai cru comprendre...) bref, la fille est la seule à savoir parler au bon gars qui est en lui : le petit Kevin traumatisé par sa maman. Sinon, la psy poursuit sa thérapie réductrice de phantasmes de toute puissance. Entretemps, Glass a fait son entrée en scène : Glass est un catatonique machiavélique, affligé de la maladie des os de verre, donc supercassable, lui, mais super intelligent. Si Glass est là, c'est qu'il a déjà commis d'affreux méfaits, et ce génie du mal nourrit un plan diabolique pour libérer les deux superpuissants et les faire s'affronter au vu et au su de tous. Ajoutons que la gestion du personnel de l'hôpital est désastreuse, ce qui facilite tout de même la tâche à l'équipée des psychopathes... etc etc. Bref on n'est pas au bout de ses surprises, et de découvrir qu'à pervers, pervers et demi.
Ça n'en reste pas moins poussif et laborieux, à part les performances d'acteur de James McAvoy (Kevin-La Bête ) et bien que les scénaristes se soient bien pressé le citron : beaucoup de bruit pour pas grand chose.

(Mais j'ai lu des trucs très élaborés et très enthousiastes pour faire état de la grande profondeur du film, des interrogations qu'il suscite, le doute, la figure, l'image, la fiction, briser la glace...) Ils disent aussi que Split, c'est mieux qu'Incassable.

lundi 14 janvier 2019

JR à la Mep

https://www.mep-fr.org/event/jr/

Il est partout. Il deborde d'idées pour occuper l'espace, raconter des lieux et des gens, les mettre en scène, faire voir ce (ceux) qu'on ne voit pas, inventer des dialogues avec l'espace. Il y a des figures en mouvement  (à bord de trains ou de containers), des athlètes géants sur la ville, des figures imbriquées dans le tissu urbain (Wrinkles of the cities). C'est foisonnant de vitalité créatrice.

dimanche 13 janvier 2019

Qui a tué Lady Winsley ? Hiner Saleem

De Hiner Saleem, avec le beau Memet Kurtuluş et la belle Ezgi Mola. Une bourgade tranquille à quelques encablures d'Istanbul, une écrivaine américaine assassinée, bizarrement installée là pour l'hiver, et "le célèbre inspecteur Fergan" arrivé d'Istanbul pour résoudre l'affaire. Un humour certain et un regard intéressant sur les archaïsmes et tensions de la société turque, à portée de bac d'Istanbul. Le film a beaucoup de charme et des décors intéressants.

vendredi 11 janvier 2019

Géométries Sud

https://www.fondationcartier.com/expositions/geometries-americaines-du-mexique-a-la-terre-de-feu



 Étonnante exposition, une ambiance indéfinissable s'en dégage, l'impression d'aborder un univers, celui d'une civilisation sud américaine. Même si c'est une vue de l'esprit, c'est bien vu, à partir du thème d'une géométrie qui serait non euclidienne. Comme une séquence d'ADN est une géometrie, comme une constellation stellaire. Comme tout ce qui tient d'une organisation organique ou sociale. C'est difficile à exprimer, mais il y a une véritable ambiance et des pièces très remarquables. A ne pas manquer.
Notamment les sculptures de Gego (Gertrud Louise Goldschmidt), les sculptures en fil de Olga de Amaral, les peintures faciales de la communauté Kadiwéu, Luis Zerbini... Il y en aurait bien d'autres à citer.
https://pib.socioambiental.org/en/Povo:Kadiwéu

dimanche 6 janvier 2019

ROMA, Alfonso Cuaron.


Alfonso Cuaron. Excellent film avec pour personnage principal la bonne, quasiment silencieuse, et à travers son regard, la vie d'une famille prospère à Mexico. Une femme à la fois invisible, elle fait partie des meubles, et puissante, sans elle, tout se déglinguerait. C'est grâce à elle que tout tourne rond, même si le père est bizarrement absent. Il y a aussi sa propre vie, ou plutôt ce qu'il en reste quand elle n'est pas dans la famille. Elle vient d'un quartier pourri et est confrontée à la brutalité sociale et au machisme ordinaire. C'est un regard social sur la condition de cette femme, qui n'est pas grand chose à l'extérieur de la famille. Finalement, elle n'a peut-être pas d'autre vie possible en dehors de sa condition : elle vit à travers la vie des autres, elle est le pilier, la nounou, la gentillesse et le dévouement incarné. Difficile d'écrire à quel point c'est fin, juste, triste et tendre, fait des mouvements de  la camera et de notations muettes, à travers son regard qui enregistre tout, comprend tout et ne commente rien.
Plastiquement aussi, c'est un film magnifique. 5*****

vendredi 21 décembre 2018

Par ordre de préférence

Même si c'est absurde de classer des films aussi différents.

Quelques films 2018

Une Affaire de famille, Hirokazu Kore-eda : portrait d'une drôle de famille, en bas de l'échelle sociale, voleurs à l'étalage père et fils, employée de peep-show... qui se tiennent chaud dans le foyer de la grand-mère. On voit de la gentillesse, de la bouffe, des gestes attentifs, affectueux, et une petite fille maltraitée qui atterrit dans la famille. Et on découvre que rien ne va de soi dans cette famille. C'est une histoire de solitudes, c'est juste et émouvant.

Leave no trace, Debra Granick. Une adolescente et son père vivent clandestinement en quasi autarcie dans une forêt près de Portland, Oregon. Avec un minimum de contacts avec le monde moderne. Ils sont repérés et invités à se réadapter : toit, scolarité, travail...

Leto, Kirill Serebrennikov : rock underground à Leningrad. Un charme certain. Même si leur rock n'est pas très convaincant, les ambiances  sont intéressantes.

Burning, Lee Chang-Dong. Un jeune coursier prolo, une copine d'enfance  un riche jeune homme bizarre, la copine disparue, des granges qui brûlent... ambiance étrange

Une pluie sans fin, Dong Yue, 1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. La police piétine, Yu s'obstine. Pluvieux, sombre, et même noir.

I Feel good, Benoît Delépine, Gustave Kerven, avec Jean Dujardin, Yolande Moreau. Le démarrage est poussif et un peu convenu, avec le portrait de Jacques (raté ± délirant qui rêve de faire fortune) qui débarque dans la communauté Emmaüs dirigée par sa sœur. Le film se met à délirer joyeusement quand Jacques finit par embarquer les gars de la communauté dans un périple loufdingue en Bulgarie. C'est hilarant.

Cold war, Pawel Pawilowski,  en Pologne pendant la guerre froide, une jeune femme recrutée dans un orchestre folklorique, le maître de musique, une histoire d'amour qui devient impossible qd il choisit la liberté. Beaux acteurs, belle ambiance noir et blanc,  mais ce film n'a pas la puissance d'Ida, du même auteur.

L'insulte, Ziad Doueiri, A Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. L'affaire prend une tournure explosive, tant elle affecte tout le Liban. Convaincant et intéressant.

BlacKkKlansman, Spike Lee. Comment un officier de police afro-americain réussit à infiltrer le Klan. Drôle, efficace

3 billboards, Martin McDonagh avec Frances McDormand qui s'en prend à l'inertie de la police locale dans l'enquête sur la disparition de sa fille 3 ans plus tôt. Sympa. Prévisible.

Le Grand bain, Gilles Lellouche. Canet + Amalric + Poelvorde... on peut se méfier, mais c'est plutôt plaisant, cette bande de branquignols plus ou moins ratés qui décide de participer à un championnat de gym aquatique.

Amanda, Mikhaël Hers. Touchante histoire d'une petite fille orpheline recueillie par son jeune oncle. Tout est juste et bien, la petite fille (Isaure ....) est extraordinaire, mais il manque quelque chose. Le résultat est un peu... convenu ? trop lisse ?

Première année, Thomas Multi, avec Vincent Lacoste, Wiĺiam Lebghil. L'effroyable 1ère année de médecine. Bien vu.

Pupille, le film fait apparemment le tour de la question de l'adoption sous tous ses aspects,  avec professionnalisme et justesse.

A Star is born, Bradley Cooper, l'émergence d'une jeune chanteuse timide (Lady Gaga) grâce à une rock star qui la prend sous son aile. Déclin de la rock star et ascension de la star. Très classique. Sans plus.

Under the Silver lake, David Robert Mitchell
À Los Angeles, Sam, sans emploi, rêve de célébrité. Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement. S'ensuit une recherche et un dénouement abracadabrantesque. BOF. C'est toc.

En liberté, Pierre Salvadori. Malgré un concert de critiques enthousiastes, c'est une daube (le type condamné injustement sort de prison, la femme du flic -mort- qui l'a fait condamner... Je ne me souviens plus bien, sauf que c'est super lourd et poussif.)


jeudi 15 novembre 2018

Jean-Michel Basquiat et Egon Schiele, Fondation Vuitton

Pourquoi cette (confrontation ? juxtaposition ?) Egon Schiele/JM Basquiat ? Quel rapport entre ce dépressif obsédé de corps anguleux, de sexes béants, de ligne épurée, dont le minimalisme va à l’essentiel mais dans une noirceur et une radicalité sauvages ? Pour avoir vu de loin en loin, quelques peintures d’Egon Schiele ici ou là, je croyais que j’aimais ce peintre. Sa radicalité, justement, son intransigeance. Mais ici, à la Fondation Vuitton, c’est l’overdose, dans une lumière sépulcrale. Il reste ici ou là, quelques fulgurances, des œuvres d’une magistrale économie, qui sautent à la figure par la perfection de leur expressivité, mais l’impression générale est celle d’un relatif ennui. Certes, Le Monde voit dans ce rapprochement leur manière à chacun de briser les règles, certes, de s’affranchir de l’ordre académique ou moral, certes. Mais je vois surtout  ce qui les oppose. Là où Schiele peint ses prostituées, ses nus, ses femmes défaites, ses autoportaits nauséeux, là où exsude une profonde tristesse, Basquiat explose de vitalité créatrice, il associe, il assimile, il digresse avec une joie féroce. Ses peintures fonctionnent comme un rébus où déchiffer des intuitions, des associations, des fulgurances, Basquiat joue avec les formes, les références, les impressions, les instantanés, les obsessions, et l’ensemble donne une véritable joie à scruter, interpréter, changer d’avis, changer de sens de lecture, aller et venir dans la profusion, la pulsion créatrice en liberté. Quelques œuvres, apparemment épurées et simples ne laissent pas non plus d’intriguer, tant elles donnent de sens possibles à travers l’épure proposée.
Bref, j’aime l’un, l’autre pas (ou plutôt je ne l’aime plus, parce que j’y vois une œuvre et une âme entravées).


dimanche 9 septembre 2018

Musée Roybet Fould à Courbevoie


Musée Roybet Fould
 L'ancien pavillon Suède et Norvège, pour l'Exposition Universelle 1878 a été remonté dans le parc de Bécon par le banquier Achille-Fould. Il en a fait don, ainsi que du Pavillon des Indes, à ses deux filles adoptives Consuelo Fould (peintre) et George Achille-Fould.
La ville de Courvevoie a reçu l'ensemble en legs à condition de transformer le pavillon de Suède en musée consacré au peintre Ferdinand Roybet. Metro Pont de Levallois puis 10minutes à pied > Parc de Bécon à Levallois.


Pavillon des Indes



George Achille-Fould (Leon Comerre 1883)
Le marquis de Grasse au Tonkin, par Consuelo Fould

mardi 4 septembre 2018

Mademoiselle de Joncquieres ou Sheherazade ?

Mademoiselle de Joncquieres, Emmanuel Mouret, avec Cécile de France, Alice Isaaz, Edouard Baer. Joli film sur la vengeance d'une femme trahie par son séducteur
Sheherazade Jean-Bernard Marlin. Un jeune délinquant sort de son centre, rencontre Sheherazade, prostituée freelance, veut assurer son coin de trottoir.

Les deux films parlent d'amour, les deux sont bien, chacun dans son monde. D'un côté la langue de la conversation à la française, le siècle des Lumières,  le libertinage, la déchéance sociale, la vengeance...et l'amour. De l'autre, la délinquance juvénile, la misère sociale, la prostitution, le parler djeun... et l'amour.

Les acteurs de Marseille sont superbes, Cécile de France est parfaite, enfin sortie de son rôle de bonne copine, et Edouard Baer ne fait pas trop du Edouard Baer (quoique).
La jeune fille, Mademoiselle de Joncquières (Alice Isaaz,) est sublime

mardi 28 août 2018

Oil Pool et mousse

 Dans le cadre de FUKAMI :
https://japonismes.org/fr/officialprograms/%E3%80%8C%E6%B7%B1%E3%81%BF%E3%81%B8%E2%80%90%E6%97%A5%E6%9C%AC%E3%81%AE%E7%BE%8E%E6%84%8F%E8%AD%98%E3%82%92%E6%B1%82%E3%82%81%E3%81%A6%E2%80%90%E3%80%8D%E5%B1%95
 Etonnante video qui filme une chorégraphie (Solo exhibition) de Noriyuki Haraguchi dans un bain d'huile. Etrange contraste entre l'animal et le minéral, la gestuelle minimaliste, épurée. Magnifique et inquiétant.




Tout aussi étonnant, le sous-sol où prolifère une gigantesque mousse, qui prend des allures de glacier dans une lumière bleu électrique



Ça se passait à l'Hôtel Salomon de Rotschild, à l'angle de la rue Balzac dans le 8ème, un endroit bien classique vs des productions ébouriffantes.


vendredi 24 août 2018

Une valse dans les allées


Thomas Stuber. Pourquoi ce lyrisme dans la traduction du titre ? En allemand, c'est simplement "dans les allées". Les distributeurs se sont sans doute laissé emporter par la première séquence, qui esquisse en effet une sorte de ballet des transpalettes et autres chariots élévateurs à travers les allées de l'hypermarché. Mais de lyrisme, à part cet accès de légèreté, il n'y en a pas, tant l'univers est réduit aux travées de ce temple du discount quelque part au milieu de nulle part, sans doute la région de Dresde, avec juste une autoroute au loin, peut être pour suggérer qu'il existe un ailleurs quelque part.
Donc, le monde est tout petit, dans des couleurs plutôt glauques, un monde minimaliste où l'on ne voit quasi jamais la lumière du jour et où il s'agit de ranger et remanier les rayons à l'infini : prendre dans les réserves, ranger dans les rayons, recommencer. Et apprendre à conduire les engins. Le tout dans une totale économie de parole. D'ailleurs, il n'y a rien à dire. Bruno, le chef de Christian, le prend sous son aile pour lui apprendre le métier, il y a l'autre chef, avec qui Bruno dispute des parties d'échec, la machine à  café, et une timide romance sans parole, et quasiment sans faits ni gestes qui se dessine avec Marion, du rayon confiserie. Malgré tout, le lieu de travail est bien le seul endroit où se dessine un peu de chaleur humaine ou de fraternité ouvrière, ou ce qui en tient lieu. Comme le dit Christian, dès qu'ils rentrent chez eux, tous autant qu'ils sont, ils ne trouvent rien d'autre que la solitude dans le néant de ce trou perdu.
Curieusement, malgré le scénario minimaliste et les infra dialogues, le film est attachant et les personnages aussi, parce qu'avec cette économie de moyens, le réalisateur arrive à leur donner à chacun une personnalité et une épaisseur. Mine de rien, c’est assez profond et touchant. Et poétique, curieusement. Franz Rogowski (Christian) est assez fascinant, dans son mutisme, avec qqch qui fait penser à Joachim Phoenix.

mercredi 22 août 2018

Il faut lire Philip Roth

Ce qu'il y a de bien, quand un (grand) écrivain meurt, c'est qu'on s'intéresse enfin à ce qu'il a écrit. Ayant lu Portnoy il y a longtemps et sans enthousiasme, je me suis procuré 4 romans en 1 volume : Pastorale americaine, J'ai épousé un communiste, La tâche, Le complot contre l'Amérique.
Bien m'en a pris, j'ai passé un très bel été en compagnie de ces histoires, ces personnages, ces anecdotes, ces idées. C'est un formidable brassage où Philip Roth raconte "à tous les étages" : la société et la sociologie de Newark (sa ville d'origine) au fil des années, les valeurs de l'Amérique au sens noble (et au sens dévoyé, par exemple dans le triomphe de la pensée correcte, ou dans les manoeuvres politiciennes), le maccarthysme, l'engagement (diverses formes d'engagement selon qu'on est prolo, "marine", communiste ou professeur), les ressorts et les complexités de l'âme humaine, du couple, la fidélité à soi-même ou la trahison -les trahisons- Ça fourmille, c'est intelligent, drôle, impitoyable, cruel, nuancé. C'est une immersion dans une pensée et une culture riche, profonde, élaborée. C'est un livre qu'on dévore parce que c'est formidablement raconté et agencé, c'est puissant et symphonique, et on a aussi envie de s'arrêter pour réfléchir, approfondir ce qu'il raconte. Évidemment, je choisis la première solution pour aller au bout du récit en laissant au fil de la lecture des pépites qui interpellent, résonnent quelque part avec sa propre expérience. Bref cest un ensemble de romans qui ont une profondeur universelle et arrivent à donner de la densité à sa propre expérience du monde : P. Roth dissèque ce qui fait la trame de l'existence mais qu'on ne prend pas le temps, ou qu'on n'a pas la force ou le courage d'élucider, parce qu'on n'est pas écrivain.

Prochains sur liste : Opération Shylock et Le théâtre de Sabbath

jeudi 9 août 2018

Le Poirier sauvage

Nuri Bilge Celan. Quel adulte devenir ? Quelle vie choisir, si on peut parler de choix dans un univers borné par la pauvreté et la pénurie d'emploi. Le film raconte la promenade de Sinan dans un monde où il ne sait pas encore quelle sera sa place, tout en caressant l'idée de faire publier son livre et devenir écrivain.
Sinan rentre donc chez lui, dans une petite ville quelconque (apparemment, historiquement, c'est Troie) habité d'un mal-être mâtiné d'une légère misanthropie, où il inspecte les possibles d'un regard incomplaisant. Professeur ? Encore faut-il réussir le concours. Et le modèle du père n'est pas concluant. Flic, comme un pote ? Là au moins, il y a du travail. Écrivain ? On ne sait pas, et lui non plus, s'il n'est qu'un plumitif fumeux ou un écrivain en herbe. A propos de "devenir", il y a une scène inaugurale très belle avec une jeune fille du patelin, une amie d'avant, où il s'étonne qu'elle entre si "naturellement" dans l'ordre du mariage de convenance. Quel autre choix ?  "On avait l'avenir à portée de la main," dit-elle, et c'est déjà évanoui. Lui en est encore à l'orée des possibles, si rares et médiocres soient-ils. Il a encore envie de se prendre pour quelqu'un, croisant de sa hauteur les médiocrités ambiantes : le maire et sa langue de bois, l'entrepreneur local et sa haine des intellectuels vs l'esprit d'entreprise. Et dans cette entrevue foutraque qu'il extorque à un écrivain arrivé, on ne sait pas si le jeune homme fait preuve de culot et d'arrogance, ou de lucidité. Maladresse, fausse assurance, immaturité ? Il n'a pas les codes.
Le film interroge aussi la religion (savoureuse balade avec les imams), la paternité (son père instituteur aurait dû être respectable mais, joueur compulsif, il s'est discrédité et doit de l'argent à tout le monde), et la figure de la mère. A part les feuilletons télé qui font rêver, elle a une humanité et une sorte de résistance passive à toutes les usures. Et il y a la nature. Dans cette ambiance noire, la nature rayonne de beauté et de lumière. Dans ce maelstrom de tourments, d'amertume, de déceptions, de contingences, elle affirme sa permanence, son immuabilité à travers le passage des lumières , des intempéries, des saisons... La nature immuablement dure et belle, étrangère aux tourments des hommes, leurs lâchetés, leurs traîtrises.
Au final, quand Sinan rentre chez lui pour la deuxième fois, c'est quelque chose comme ça que le père semble avoir compris, faisant abstraction de son ego pour juste faire ce qu'il y a à faire. Comme sa mère depuis toujours, dailleurs. Et c'est apparemment quelque chose comme ça que Sinan a voulu écrire, avec ses histoires de ruralité et de poirier sauvage, comme une intuition de cette vérité.
La beauté du film, à part la beauté des images, c'est la justesse de la narration, un tissu ample, généreux, et à travers une trame générale ambitieuse, le fil de conversations cousues main : cst fou ce que ces gens ne parlent pas pour ne rien dire.

mardi 7 août 2018

Woman at war

Benedikt Erlingsson. Une merveille de film, de personnage, de poésie, de politique, de cocasserie. Cette femme ressemblerait à tout le monde si tout le monde décidait de mettre ses actes en accord avec ses convictions, donc elle ne ressemble à personne, parce qu'elle lutte toute seule et à sa manière pour la protection de la nature et de l'environnement. Donc, entre autres, avec ses petits bras, elle tire à l'arc pour mettre en panne l'électricité des pylônes haute tension, ou dejouer les poursuites d'un drone, et avec ses grandes jambes, elle arpente les solitudes de l'Islande pour échapper aux poursuites et rejoindre sa petite vie ordinaire de maîtresse de chorale, adepte d'une quelconque discipline orientale de meditation (yoga ? Qi qong ?). Le personnage, comme l'actrice HALLDORA GEIRHARDSDOTTIR sont une merveille de finesse et de détermination. Les situations sont racontées avec humour et légèreté, sans rien de didactique ni convenu. Ce film est un magnifique ovni.