mercredi 25 février 2026

The Mastermind, Kelly Reichardt : Le titre est ironique, il s'agit d'un médiocre qui s'imagine qu'un casse va le remettre à flot et restaurer l'image de loser qui l'affecte aussi bien que sa famille. Un type qui traîne en caleçon chez lui en faisant miroiter des projets de travail alors qu'il prépare le casse de l'année (pas du siècle). Pendant ce temps, sa femme bosse et assure le reste. Sauf que le réel est plus coriace, brutal et résistant que ne peut l'imaginer ou l'encaisser ce minable qui se révèle de plus en plus "pauvre type" au fil de l'histoire. Le filme se déroule en 1970, l'image un peu crasseuse est en tonalité d'époque, on voit passer une Amérique moyenne, banale, pas celle du rêve américain. Le musée est moyen, les maisons moyennes, les banlieues quelconques et ses complices aussi minables que lui, en pire. On voit aussi passer en arrière-plan la guerre du Vietnam, (télé, manifestations, évocation des réfractaires qui passent au Canada...) une réalité à laquelle il est totalement étanche.  L'ambiance est intéressante, intéressante aussi l'idée de prendre le contre-pied du film de braquage, mais certaines scènes sont exaspérantes de lenteur, quand elles sont filmées sans ellipse, comme en temps réel (par ex l'exaspérante scène de l'échelle et du fenil). 

Marty Supreme,  Josh Safdie : film survitaminé, conduit à 100 à l'heure pour décrire les contorsions frénétiques de Marty Mauser, surdoué du ping-pong qui veut à tout prix participer au top des championnats internationaux. On se laisse prendre au jeu avec un mélange de stupéfaction et de répulsion pour  cet arriviste au bagout intarissable, jamais en reste de manipulations, bassesses et trahisons. Rebondissements en cascade, scènes choc etc, ça fait un bon film, mais pas "le" grand film annoncé à grands coups de promo et critiques. 

Palestine 36, Annemarie Jacir : sur fond de colonisation britannique et d'implantations juives, le film raconte les germes du conflit (avec aussi des images d'archives) à travers l’histoire d’une révolte palestinienne ( grève de 36) et d’un village palestinien.  Désespérant. 

Un Monde fragile et merveilleux, Cyril Aris : un long cours tendre et désenchanté, ou comment une histoire d'amour peut-elle, ou pas, survivre au Liban. Personnages justes et attachants, à la limite de la fracture, dans un monde chaotique.

Alter ego,  Ne pas confondre performance d'acteur (Laurent Laffitte est excellent) et qualité d'un film survendu. Tout le monde semble adorer ce film sur le double : c'est convenu et plein de facilités, sauf le dernier 1/4 d'heure où enfin ça déménage. 

mardi 24 février 2026

Les Voyages de Tereza = O Último Azul Gabriel Mascaro : délicieuse et horrible histoire d'une vieille femme de 77 ans qui veut échapper à la "Colonie" et à l'avenir radieux qui y est promis aux plus de 75 ans. Ça se passe au Brésil, dans un futur plausible. Atmosphère de traque "soft", flicage et délation pour que personne ne passe entre les mailles du filet. Mais Teresa a du ressort et s'y emploie, enchaînant les "voyages" au fil du fleuve amazonien et les rencontre de marginaux et autres libertaires qui se tiennent en marge de l'ordre et de ses injonctions. Autant d'expériences qui l'ouvrent au monde et l'éloignent de ce destin. Tereza et ce petit vent de subversion qui l'anime sont très attachants. Ainsi que les personnages et paysages de cet étonnant voyage.

dimanche 22 février 2026

Kimmo Pohjonen

 Kimmo Pohjonen : son accordéon casse les clichés, avec en décor la tapisserie Roots, de Kustaa Saksi

En concert à l'Institut Finlandais


samedi 21 février 2026

Films en janvier - février

Les Echos du passé, Mascha Schilinski :
Aïe, gros morceau difficile à commenter parce que c'est riche, ambitieux, obscur et complexe. Et glauque. 4 générations de femmes dans une même ferme sur une petite centaine d'années. Des tranches de vécu/ressenti dans une temporalité fluctuante, on passe volontiers d'une époque à l'autre. Echos du passé. Il est question de la rudesse du monde paysan, de patriarcat, de brutalité, d'inceste, de désir féminin, ou pas, de la violence des hommes (et des femmes), de la mort, de l'enfance, surtout du regard de l'enfant -principalement la géniale petite fille du 1er temps qui interroge le monde et un tas de thèmes abordés principalement sous son regard (le suicide, la mort, le sexe, la guerre...). C'est toujours pointu, intense, jamais bavard, mais c'est labyrinthique et trop long, on s'y ennuie et on s'y perd, rétrospectivement je retiens que c'est quand même ambitieux, intéressant et sinistre.

Los Tigres, Alberto Rodriguez : une histoire de plongeurs de père en fils/fille employés/exploités pour la maintenance des cargos. On découvre le rude monde des plongeurs, vrais OS de la mer et une sombre histoire de détournement de la drogue embarquée dans la coque des cargos. Pas mal dans le genre plombant.

Eleonora Duse : la Sarah Bernard italienne vieillissante et en fin de parcours au moment de l’essor du fascisme mussolinien. Pas mal.

Le Chant des forêts : tout le monde en a dit le plus grand bien, moi aussi.

Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas : pour regarder avec horreur, délices et effroi les rouages et turpitudes du Kremlin.

🎩Au non du père : au théâtre, excellente et touchante  histoire de bâtarde, subtilement mise en route par Ahmed Madani (le catalyseur) puis délicieusement mise en scène par le même : la jeune femme, Anissa, revisite toute son histoire depuis que son père a refusé sa naissance. C'est fin, touchant, intelligent et très plaisant à regarder.

Fevrier 

Le Chasseur de baleines, Philipp Yuryev : Tout au bout de la Russie, en face de l'Alaska, on chasse la baleine. De manière artisanale. C'est ce que fait Leshka. Sinon, rien, rien à faire.  A part se saouler avec son copain et fantasmer sur les belles filles des sites spécialisés. Le miracle internet. Le benêt se lance donc de toute son âme à la poursuite de son rêve, la belle porno-girl dont il est amoureux. Sauf qu'entre lui et la réalité virtuelle de la fille, il y a le détroit de Bering. Le seul obstacle, parmi d'autres, qu'il arrive à peu près à calculer. D'où le récit touchant de cette quête absurde au milieu de nulle part, racontée avec la bienveillance qu'on doit aux adolescents trop puceaux et trop naïfs. Avec en toile de fond l'implacable nature sibérienne. 

La Reconquista, Jonás Trueba. Madrid. Manuela et Olmo se retrouvent 15 ans après l'adolescence, époque de leurs premières amours. Ils passent la nuit à déambuler à Madrid, revivre ce qui aurait pu être. Joli film 

Grand ciel, Akihiro Hata : une drôle d'histoire de gros chantier de BTP avec son lot de travailleurs sans-papiers et immigrés. Une sombre histoire de disparition mystérieuse au 5 ou 6ème sous-sol du chantier. Des suspicions de malfaçon, à moins qu'une présence obscure et malfaisante soit à l'œuvre ? Le film ne tranche pas, laisse planer le mystère mâtiné des injonctions des chefs qui veulent que ça avance, des réticences des ouvriers qui sentent qu'ils se font avoir, et des contradictions et culpabilités du contre-maître fraîchement promu au détriment du collègue fouteur de merde. Pas mal, mais pas vraiment abouti, cet obscur mystère reste non élucidé au milieu de forces en présence plutôt prévisibles; 

Aucun autre choix, Park Chan-Wook : joyeuse comédie d'une parfaite noirceur sur un sujet on ne peut plus sombre : licenciement expéditif, je m'en foutisme social et humain des dirigeants, vie de cadre prospère sauvagement balayée, tout fout le camp, sauf que le chômeur va déployer des trésors de stratégie pour se débarrasser des concurrents sur le marché du travail. Le sujet est grave, le film est comique et caustique et ne lésine pas sur les gags et rebondissements douteux. Pourquoi bouder son plaisir, c'est rythmé (à part quelques longueurs) et on sort de là avec un grand sourire d'immoralité triomphante même si le "happy end" est désespérant. 

Le Gâteau du président, Hasan Hadi : pauvre parmi les pauvres, Lamia a eu le malheur d'être tirée au sort pour avoir l'honneur de faire le gâteau du président. C'est la tradition dans les écoles pour célébrer l'anniversaire du Raïs. En accompagnant la petite paysanne sortie de sa campagne pour aller à la ville rassembler les ingrédients nécessaires, le film explore le regard de l'enfance en train de découvrir le monde des adultes. Ils sont égoïstes et sournois, au mieux, ou malfaisants et vicieux, sauf exception. Le village flottant, le pays et la ville sont merveilleusement filmés, les scènes sont sobres, intenses sans pathos et la petite fille est scotchante de justesse et de profondeur. Bienvenue au pays de Saddam Hussein et de l'innocence bafouée. 


lundi 2 février 2026

Dreams

 Il rêve de danser aux États-Unis, elle est passionnée par son amant bandant. Ils baisent donc divinement et passionnément, sauf que Jennifer n'envisage pas d’afficher cette liaison avec son sextoy. D'un côté, les misères du pov clandestin sans papiers, de l'autre, la riche bienfaitrice des arts et de la création en son milieu. Le film décrit longuement et platement les deux faces de ces existences ainsi que la relation érotique qui les lie. A condition que le jeune homme reste à sa place. C’est là que la femme de pouvoir se révèle, quand madame trouve une solution pour garder son amant à sa botte et c'est là que le film devient cruel et intéressant. Mais cest le dernier 1/4 d’heure. Jusque là, tout était plat, long et prévisible avec pour se distraire le joli corps du jeune homme et la somptueuse garde-robe de madame. 

 

vendredi 30 janvier 2026

Hamnet

 Hamnet, Chloé Zhao : boursoufflé et lourdingue, centré sur le personnage féminin d'Agnès (il faudrait consacrer une page au portrait qu’en propose le film : elle est indépendante, elle est nature, elle est intense, elle est vaguement sorcière (fille de, mais le thème n'est qu'esquissé)  elle connaît la forêt et les plantes, elle préfère accoucher sauvagement, réfugiée seule dans la forêt qui est son élément -c'est pénible- mais ça doit être une apologie de la femme puissante "fille de la nature". Quand son fils est attaqué par la peste, elle le couvre de baisers en glapissant absurdement que tout va bien maman est là. Mais non, idiote, tout va mal et le gamin meurt quand même. Entretemps, elle a vécu avec Shakespeare (auteur de ses trois enfants) une intense fusion amoureuse mais William, happé par son génie créatif, doit impérativement aller cultiver son art à Londres. Madame reste à Stratford avec les enfants, dont le fameux Hamnet. Allers-retours du géniteur, frustration et manquements, elle souffre, elle patiente, elle endure, il n'est même pas là au décès d'Hamnet, même s'il a fait tout son possible 💣 elle souffre, elle est colère mais oh surprise, Shakespeare expiera ses manquements par la création de son chef d'œuvre Hamlet. Et Agnès, toute tourneboulée, à moité vautrée sur l'avant-scène, se livre encore à une scène bruyante et pénible. J'ai oublié la teneur, mais grosso modo, elle comprend la sublimation du malheur opérée par Shakespeare, elle pardonne et elle aime, tout ça en braillant d'amour/ hennissant d'émotion. Comme s'il n'y avait que cette histoire familiale dans Hamlet ! Pfff tout ça pèse trois tonnes : c'est insupportable. Il paraît que c'est tiré d'un bon livre.

Rêveries de pierres

Exposition « Rêveries de pierres :
Poésie et minéraux de Roger Caillois » 




https://www.lecolevancleefarpels.com/fr/fr/exhibition/exposition-reveries-de-pierres-poesie-et-mineraux-de-roger-caillois#4dfd2a142d36
 

mardi 27 janvier 2026

Otobong Nkanga

 Découverte d'une superbe artiste nigériane multi-pass 






https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-otobong-nkanga