dimanche 28 décembre 2025

Pekka Halonen

Au Petit Palais 




 

samedi 27 décembre 2025

Palmarès 2025

Black dog, Hu Guan Chine
Left handed girl, Shih-Ching-tsou Taïwan
Sirāt Oliver Laxe
Rêves, 1er de la Trilogie d’Oslo (AMOUR, DESIR) Dag Johan Haugerud, Norvège
Touch (Nos étreintes passées), Baltasar Kormákur, Islande

L'Agent secret (Kléber Mendonça Filho) un homme aux prises avec ses poursuivants, contexte dictature au Bresil)
Je suis toujours là (diparition ex député Bresil années 70)
Mickey 17, Bong Joon-ho, Corée  
Valeur Sentimentale, Joachim Trier
A Normal Family, Hur Jin-ho, Corée Nouvelle vague, Richard Linklater
L'étranger, François Ozon :
L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier.
On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa
The Brutalist, Brady Corbet (l’architecte Laszlo Toth)  
Lettres siciliennes FGrassadonia et A.Piazza


Bons films + intérêt ethnographique :
Ce Nouvel an qui nest jamais arrivé, Bogdan Muresanu (Roumanie)
Little Jaffna, Lawrence Valin
Oui Nadav Lapid
Chroniques d’Haïfa
Toxic Saule Bliuvaite (Lituanie)
Indomptables Thomas Ngijol (Cameroun)

J'ai raté : 
  • Reflet dans un diamant mort  (agents secrets)
  • Tardes de soledad (corrida)
  • Le Rire et le couteau (Guinée-Bissau)
  • Evanouis (disparition 20 enfants)
  • L’Aventura
  • La Tour de glace 
  • Un Poète 

samedi 20 décembre 2025

Difficile de choisir

J'ai vu tout ça au théâtre en 2025 et pas retenu grand chose :

Nos âmes se reconnaîtront-elles ? Simon Abkarian, Amandiers (tout oublié)
Antoine et Cléopatre Tiago Rodrigues Th Bastill (rien retenu
)
Golem, Amos Gitai, Th Colline 
 (tout oublié)
Mon Jour de chance, Th Fontaine  (survendu)
ADN, Théâtre Michel  (survendu)
Les Invisibles, th Bretonneau

Et Jamais nous ne serons séparés, Th Gennevilliers (obscur)
Le Penseur
, J.Baptiste Seckler, Lucernaire (évocation vie de Rodin)

Bel-Ami Lucernaire (convenu)
La Ménagerie de verre, Tennessee Williams, Lucernaire (convenu)
Du Charbon dans les veines, Th Palais Royal (convenu)
T.C.H.E.K.H.O.V Théâtre du Ranelagh, aimable évocation de la vie de l'auteur

Gypsy, comédie musicale, d’après mémoires de Gypsy Rose Lee, Philharmonie
Ballet Hofesh Schechter, Opera (décevant)
Histoire d'un Cid, Amandiers, malicieux
MACBETT, de Ionesco, espace Sorano, reprise d'une création des Dramaticules. Bien

POLAR(e), Rond-Point, enquête sur la disparition d'un jeune comédien et procès, (Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent), enlevé et distrayant
PASSEPORT, Michalik, une histoire de migrants efficace
Sortant du lot :
GUERRE, Céline, seul en scène  par Benjamin Voisin
Maintenant je n’écris plus qu’en français, une histoire ukrainienne de et par Viktor Kyrylov, Percutant, excellent auteur et acteur.
SUZANNE, trapéziste, aux Amandiers : Délicieuse, inattendue et émouvante enquête sur un couple de stars du trapèze volant des années 50-60, par Anna Tauber et Fragan Gehlker
Au nom du ciel , Th. Rond-Point :Yuval Rozman. Trois volatiles enquêtent sur l’assassinat (vu du ciel) d’un Palestinien autiste de 32 ans, tué par la police israélienne en 2020. Comédie noire de haute volée pour explorer le drame. C'est caustique, enlevé, original

Moi Ivan, toi Abraham

Yolande Zauberman. Une merveille de film de 1993, heureusement restauré. Une histoire magnifiquement racontée de patelin au fin fond de la Pologne de 1930 où une petite colonie de juifs du shtetl coexiste avec des villageois polonais. La vie dure dans un monde clos où les chrétiens oscillent entre méfiance et haine du juif (et du tzigane accessoirement). 

Mais Ivan et Abraham sortent du moule, ils sont amis malgré l'antisémitisme ambiant. Une anomalie. L’autre ouverture, c’est Aaron, en fuite et recherché pour ses activités politiques. Et la délicieuse Rachel qui aime Aaron et résiste au mariage prévu par le grand-père. 

En quelques tranches de vie (la famille, les enfants, les villageois, le jeune homme en fuite, l'école, la prière, le shabat...) le film montre sans démontrer et questionne l’ordre établi. Il montre aussi l'échappée belle quand les moineaux s’envolent, leur course effrénée dans l’espace, à l’air libre, les étranges rencontres dans la campagne polonaise, où leurs destinées les conduisent  et comment elles s’accomplissent finalement.

Et derrière beauté des images et la beauté des personnages, la dynamique captivante et lumineuse de ces personnages qui cherchent à échapper à l'ordre du monde de la campagne et du shtetl, avec arrière-plan menaçant d'antisémitisme larvé ou affiché ou triomphant.

mercredi 17 décembre 2025

Malina

Werner Schroeter.

Et vas-y que je te fais flamber la philosophe dans une cacophonie (se voulant baroque ?) de plans décousus, d'images obscures, de propos abscons. Elle est philosophe donc et devrait maîtriser la loqique et le langage. Que nenni, ce serait oublier qu’elle a eu un papa nazi et terrifiant,  fouettard, vaguement sadique et queutard, assurément infidèle,  de quoi vous détraquer la psyché d’une âme sensible. La voilà donc passablement déglinguée et en roue libre, passablement graphomane, valdinguant au gré de sa psyché exacerbée entre  un amant fuyard et un garde-fou domestique. (C'est plutôt W.Schroeter qui est en roue libre pour filmer tout et n'importe quoi lui passant par la tête, fleurissant l’exaltation délirante de l'âme de la dame avec les joujoux et obsessions qui meublent la sienne). Il en ressort quil aime l’opéra, les appartements vastes, chics et vides, les rues désertes de Vienne, les bals décadents, les robes des dames,  les établissements chics, le whisky, les cauchemars, et foutre un bazar noir dans le bureau de la dame (quand il n'y met pas le feu). Je ne sais pas combien de fois il a filmé la dame en train de fourrager furieusement dans le fatras de ses liasses de papiers et de lettres, combien de fois elle a balayé tout rageusement mais en vain, combien de fois elle y a mis le feu, puisque quelques plans plus tard, la même scène recommence, ses écrits la rendent folle, ou sa folie les lui rend haïssables. C’est une femme en flamme, toute en fêlures et en confusion... et alors ? On a l'impression que l’auteur rembobine pour filmer encore et encore la même chose : diverses variantes et contorsions d'un état de confusion délirante et qu'il y prend un plaisir certain. Isabelle Huppert se sort remarquablement bien de ce rôle impossible, quant aux garçons, Malina et Yvan, très décoratifs, ils font plutôt figure de punching ball au contact desquels la malheureuse n’en finit pas de se désarticuler.

Même si on ne comprend pas trop ce qui se passe, c’est assez intéressant. Surtout quand c'est fini et qu’on est sorti de cette frénésie. (C’est vraiment obscur et long, ce délire cinématographique censé incarner le chaos d'une écrivaine en feu, surtout la fin oû elle n'en finit pas de brûler.)

samedi 13 décembre 2025

Resurrection

Bi Gan

Trop long, trop virtuose, trop obscur. J'ai passé deux heures dans le crépuscule du monde et une trame non moins obscure d'où il ressort un rendez-vous improbable, un agent secret, une mystérieuse valise, des poursuivants tortionnaires, des corps brisés et des grand trous quand j'ai plongé dans le sommeil, normal, c'est une obscure histoire de rêvoleur et d'extinction (du monde ? du cinéma ? des histoires proprement ficelées?) C'est truffé de références qui m'échappent pour la plupart, on sent que le réalisateur a vu beaucoup de films et qu'il a de l'ambition, c'est virtuose, spectaculaire à sa façon, plombé aussi de références à la fin du monde/ d'un monde/ du cinéma et qu'il aime se promener à l'envi dans ce sale monde plein de déchets, d'épaves, de détritus avec de sales personnages qui ont de sales ambitions, à la poursuite de cet étrange rêvoleur qui poursuit je ne sais pas trop quoi, à part le droit de rêver, voler, dissider de la pensée commune/correcte/conforme. En fait, à part le paysage général, je n'ai rien compris (et trop dormi ?) C'est le genre de film à voir avec un mode d'emploi (ce que je ferai peut-être après avoir lu très soigneusement la critique du Monde). Mais j'hésite (2h1/2 quand même) à aller vérifier si ce grand geste de paranoïa cinématographique valait vraiment la peine.


dimanche 30 novembre 2025

Allons à London

1er jour, en bus depuis Euston>, l’incroyable Wallace Collection puis club sandwich dans  la cour intérieure du musée (bel espace couvert d'une verrière)
En bus puis à pied >Royal Academy :
expo Kerry James Marshall 🤩🤩🤩


Puis secteur Somerset House (patinoire)
Bière dans un pub avant de traverser Covent Garden > quartier chinois, restau Noodles and Beer
Bus >Russel Square 

Jour 2 : Russel Square >Kings Cross et Regents canal Path jusqu'à Lisson Grove > metro Marylebone > Tate Britain 
Expo Constable/Turner 🤩🤩🤩, cafeteria de la Tate (nulle)  puis visite (rapide) des Turner de la collection et autres...   très trop vite. C'est énorme.

Bus + metro >London Bridge, puis balade (surpeuplée) jusqu'à Tower Bridge. Traversée de la Tamise (encore surpeuplé), mais on assiste à l’ouverture du pont. Coup d'œil à London Tower, Four Seasons, Sky Garden (il faut réserver pour visiter et c'est archi-complet) bière au Leadenhall Market, coup d'œil au The Royal Exchange transformé en centre commercial (boutiques, salon de thé (Fortnum &Mason...) puis restaurant de viande Hawksmoor Guildhall (excellent)



Jour 3 : petit dej (Gail’s) puis metro >Canary Wharf et musée des docks "London Museum Docklands. Très bien.


Retour à pied (après traversée du fleuve en bateau) le long du Thames Path. Très bien, belles perspectives, ça se gâte en approchant du Tower Bridge, puis London Bridge,  surpeuplé de touristes. Fuyons. Retour à Russel Square, l'hôtel, les bagages, St Pancras.


 

lundi 24 novembre 2025

FRANZ K

Agnieszka Holland

Un biopic kaléidoscopique est sans doute ce qui convient le mieux pour montrer les figures d'un homme opaque dont les écrits ne sont pas non plus transparents. J'ai vu le petit garçon effrayé, l'employé modèle, le fils écrasé par un père tout puissant, l'amoureux paradoxal, l'épistolier frénétique, l'obsédé d'écriture et de mots, l'ami de Max Brod, le tuberculeux patriote, l'hypersensible, l'hyperanxieux, l'amateur de nature et de sports nautiques, l'écrivain complexé, le végétarien convaincu, l'intolérant au bruit, le traître, l'homme capable d'être une brute... A coup de tranches de vie et de tranches de ses écrits fantasmatiquement surgis (Le Champion de jeûne, La Colonie pénitentiaire, La Métamorphose) ou simplement lus (Le Procès) se matérialise le portrait d'un homme incernable, personnage étrange à la ville comme à l'écrit dont Idan Weiss incarne magnifiquement la figure.

dimanche 23 novembre 2025

La Disparition de Josef Mengele

Kirill Serebrennikov

Intéressante dissection de la descente (même pas aux enfers) d'un personnage pervers, arrogant et antipathique de bout en bout, toujours aussi fermement nazi, toujours convaincu de la justesse de ses choix, de la supériorité des aryens et du système hitlérien, persuadé d'être injustement persécuté par le complot juif. Idéologiquement irrécupérable, c'est humainement une merde, violent, autoritaire, réactionnaire, toujours prompt à abaisser, humilier, insulter. Y compris son fils, venu le visiter pour essayer de comprendre. On constate avec satisfaction que ce tenant de la race supérieure vit une existence médiocre et que l'univers rétrécit autour de lui : sa femme l'a quitté,  il a perdu l'abri d'une sociabilité  convenable quand il a dû quitter son cercle de nazis argentins, il se retrouve réduit à la vie d'une ferme perdue au milieu de nulle part, en compagnie d'êtres inférieurs (les Hongrois d'abord, et en dessous, les ouvriers agricoles indigènes), il n'a plus d'univers où exercer son talent : qu'il est loin le bon vieux temps de la clinique d'Auschwitz, évoqué par la fameuse tranche de film en couleur où sont filmées ses exactions à Auschwitz. (Impossible de regarder ces scènes de sadisme avéré et de pure boucherie. A quoi ça sert, ce voyeurisme ? ) Il ne lui reste qu'un avortement ici ou là, à Buenos Aires et plus tard, dans sa ferme, quelques cochons à saigner et éviscérer. Un univers où il est traqué par la crainte constante d'être rattrapé et démasqué. Le noir et blanc va bien à cette noirceur crépusculaire mais hélas, Mengele ne s'en tire pas si mal : dans sa dernière retraite au Brésil, où son fils vient rendre visite à l'odieux vieillard, il n'en trouve pas moins une femme pour s'occuper de lui et il finit par mourir, bêtement noyé, sans jugement, sans procès. Maigre consolation et juste retour des choses, -puisqu'il envoyait à des instituts de recherche les corps de ses victimes d'Auschwitz- son squelette à été exhumé et sert d'objet d'études à des étudiants au Brésil (les premières images du film).

 

lundi 17 novembre 2025

Films novembre 25



Nouvelle vague, Richard Linklater : le making of du film À Bout de souffle. Godard,  Jean Seberg,  Belmondo, le producteur et les autres (les cinéphiles reconnaîtront). Les acteurs sont étonnamment crédibles et pleins de charme, le film est très juste et plein de grâce pour raconter le mélange d'improvisation et d'énergie qui ont fait le miracle de ce film de 1959.

L'étranger, François Ozon : plutôt élégant et juste, parfaitement fidèle au roman, mais l'acteur est trop beau pour un personnage aussi indifférent, neutre, étranger à lui comme aux autres. J'aurais vu quelqu'un de plus passe-muraille. Le noir et blanc est sublime.

L'Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier. Un bel éclairage sur une histoire intéressante : la genèse de ce monument, le Cube, et de sa mise en œuvre. L'architecte, Johann Otto von Sprekelsen, visionnaire et intransigeant, paraît un "albatros" aux prises avec les méandres politico-administratifs d'un grand chantier voulu par le prince.

On vous croit, Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys : l'audition au tribunal des protagonistes d'une sombre histoire de conflit de garde d'enfants sur fond d'accusation d'abus sexuel. Cest scotchant de vérité. La mère, Myriem Akheddiou, est une actrice incroyable

Deux Procureurs, Sergeï Loznitsa, peinture glaçante de la rencontre des systèmes pénitentiaire, judiciaire et totalitaire. Ou comment un jeune procureur idéaliste et loyal se confronte à la réalité stalinienne.

Les Aigles de la Republique, Tarik Saleh : George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Égypte, est contraint de jouer le role du chef de l'état dans un film commandé par les plus hautes autorités du Pays. De manipulations en complot, l'engrenage pourrait lui être fatal. Un bon moment avec de bien mauvaises personnes. A mon avis, moins credible et moins abouti que La Conspiration du Caire ou Le Caire confidentiel.

Kika, Alexe Poukine : intéressante réflexion sur la sexualité tarifée, la domination, la souffrance, le travail social et le travail du sexe. L'actrice Manon Clavel tient formidablement son rôle, au propre et au figuré, où elle s'aventure timidement avant d'en prendre la mesure.

vendredi 7 novembre 2025

Lumière pâle sur les collines

Kei Ishikawa

adapté du premier roman de Kazuo Ishiguro. Une femme, sa fille, deux époques : l’Angleterre des années 80 et Nagasaki des années 50. La fille veut écrire un livre sur l'histoire de sa mère japonaise, épouse modèle à l'époque de Nagasaki qui a émigré en Angleterre. Aller-retours entre les deux époques, (femme au foyer, irradiation , suicide d'une fille...) C’est une interrogation sur la mort, l'identité, le déracinement, la guerre, la condition féminine, le tabou de l’irradiation... c'est juste, sensible, agréable à regarder sans rien de vraiment remarquable, comme la ditribution d'un jeu de cartes. C'est étrange à définir, mais cette juxtaposition de tranches de vie et de temporalités différentes manque de.. corps ? 


Ce que cette nature te dit, Hong Sang Soo. Un jeune couple où le jeune homme, rêveur et poète désargenté, rencontre un peu par hasard et pour la 1ère fois sa belle famille dans leur superbe propriété près de Seoul. Des gens prospères, sensibles, éduqués qui passent au scanner la fragilité ( ou l’inconsistance ?) du jeune homme, qu'ils prennent pour un médiocre et un poseur. 24 heures corrosives scannées avec finesse et humour.

dimanche 2 novembre 2025

Soundtrack to a Coup d'état

 

****

Johan Grimonprez : montage virtuose de documents d'archives et interviews, aussi passionnant qu'un thriller, autour de l'assassinat de l'ancien Premier Ministre Patrice Lumumba en 1961, dans le contexte de l'indépendance du Congo. Et la musique omniprésente (jazz, blues, be-bop...) outil de soft power de la domination américaine

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-du-vendredi-03-octobre-2025-6005130

mardi 21 octobre 2025

Left handed girl

Shih-Ching-tsou

Une petite fille complètement craquante et gauchère, un mère séparée, cuisinière de street food dans un marché de Taipei, une grand-mère magouilleuse, un grand-père traditionnel, une grande sœur rebelle qui essaie de se désengluer... dans un univers où il faut survivre tant bien que mal. Très scotchant de finesse, justesse, tendresse.

Cf l'interview de la réalisatrice, shih-ching-tsou

https://www.semainedelacritique.com/fr/articles/entretien-avec-shih-ching-tsou


samedi 11 octobre 2025

Aferim !

 Radu Jude

Un  'policier', le zapciu Costandin et son fils parcourent à cheval la campagne de Valachie avec pour mission de ramener un esclave rom échappé. Oui, un esclave, c’est comme ça vers 1840 (?). Au fil de leurs pérégrinations ils rencontrent toute la diversité qui peuple la campagne (villageois, roms, orpailleurs, paysans,  aubergistes, marchands, meuniers,  turcs, artisans ...) auprès desquels ils s’enquièrent du fugitif. A chaque rencontre, les dialogues illustrent l’arriération d'une population inculte, pétrie de superstitions et de préjugés, raciste, antisémite, homophobe, aveuglément soumise au culte, aux popes et aux boyards, à tout ce qui est plus puissant que soi. Et les femmes soumises à la toute puissance des hommes. Violence sociale,  domination universelle, loi du plus fort sont inscrits dans l’ordre figé de ce monde où l’esclavage est un simple fait de société et où un boyard peut rendre la justice comme bon lui semble sans procès ni jugement. Malheur à  ceux qui sont tout en bas, les roms, car tel est leur destin.
Pour l'authenticité des propos, il paraît que les scénaristes ont utilisé des œuvres littéraires du XIXe siècle, dont ils ont repris des proverbes, des dictons et d’autres phrases complètes. Ils ont utilisé des archaïsmes se mélangeant aux vocables, insultes et jurons les plus vulgaires encore d'actualité. Autrement dit, l'accent du vrai.
Entre parodie et satire, le film est très captivant, la reconstitution d’un début de 19ème siècle dans une province arriérée est convaincante, et c’est d'une grande beauté.

Bien joué ! Ou Bravo (Traduction du turc Aferim)

Continental 25 du même Radu Jude : dans la Roumanie de nos jours, la culpabilité d'une procureure qui a fait expulser un pauvre gars, lequel en est mort. 

Tout est là : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/24/kontinental-25-en-roumanie-les-tourments-d-une-huissiere-deboussolee_6642738_3246.html

samedi 20 septembre 2025

Oui

Nadav Lapid. Un musicien de jazz précaire, et sa femme, danseuse, animent des soirées de riches israéliens. Sexe, alcool, drogue, excès. Ce sont les fêtards friqués qui mènent le monde et paient leurs valets pour les égayer sur fond de guerre à Gaza. Un jour, on demande à  Y. de mettre en musique le nouvel hymne national à la gloire de cette guerre et de ses combattants. Est-ce qu'il pourrait sauver sa dignité et dire non ?

Nadav Lapid : c’est lui qui en parle le mieux, cf  l'interview sur France Inter :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/oui-un-film-de-nadav-lapid-sortie-en-salles-le-17-septembre-2025-3054054?at_medium=ads&at_ad_platform=google&at_campaign=inter_search_podcasts&gad_source=1&gad_campaignid=17432933951&gbraid=0AAAAACne0eo0bREfSj6kwYkNgZriKyRV2&gclid=CjwKCAiA8vXIBhAtEiwAf3B-gxgiC-9GPy-p5K6QEypPf1vfwy3kMiRiq_4hwzPKiY2t29c9mgDZ1RoCWvcQAvD_BwE


Downtown Abbey, suite et fin, prévisible et distrayant

La Femme la plus riche du monde : prévisible, Isabelle Huppert impériale, il manque sans doute au personnage du photographe - irrévérencieux, goujat, avide et vulgaire-, le "plus" qui l’a rendu irrésistible. Sinon, un aperçu de comment vivent les ultra-riches.

lundi 15 septembre 2025

Sirāt

 Oliver Laxe

Un père et son fils atterrissent dans une rave party au fin fond du Maroc. Il cherche sa fille disparue. Un brave mec égaré au milieu d’une faune marginale, toute aux vibrations de sa musique. Un étrange équipage se constitue quand le duo père-fils dans leur  voiture se greffent à un convoi de deux camions et leurs exotiques occupants : ils sont en quête de la prochaine rave quelque part au sud, et lui en quête de sa fille. C'est parti pour une dérive démesurée, dangereuse et hallucinante au fin fond du désert, deux quêtes improbables sur arrière-plan de guerre et de fin du monde. Un univers extrême, une tension constante, une intensité croissante dans l’immensité du désert qui devient un cul-de-sac, une histoire de fuite en avant vers ce qui ressemble au néant. Hypnotique et sidérant, ça condense assez bien un certain air du temps entre violence du monde, cultures altrenatives et no future.

dimanche 14 septembre 2025

Chronique d'Haifa, Histoires palestiniennes

Scandar Copti. Une famille palestinenne bourgeoise à Haifa, le frère aîné Rami et Shirley, sa copine juive enceinte, sa jeune sœur, Fifi, qui a des choses à cacher à sa famille et que son dossier médical (après accident de voiture) pourrait compromettre : les relations amoureuses sont possibles entre juifs et arabes tant quelles sont clandestines ou non officielles, mais tout se complique quand la famille ou la société s’en mêlent. Entre respect des traditions, méfiance ou rejet des familles respectives et conflit de générations. Une impasse intelligemment et sensiblement racontée. Beau film déprimant.

samedi 30 août 2025

Fims de l'été 2025

VALEUR SENTIMENTALE, Joachim Trier, Danois,Norvégien : Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux (Allociné) Puissant, profond, sensible et sans concession. Très beaux portraits de femmes et d'artistes.

REVES, AMOUR, DESIR, ou la Trilogie d'Oslo Dag Johan Haugerud, Norvège : Une lycéenne tombe amoureuse de son enseignante (Rêves). Un infirmier gay et une médecin hétéro confrontent leurs expériences et leurs divergences sur un ferry (Amour). Un ramoneur hétéro perturbe les certitudes de son entourage en révélant une aventure homosexuelle (Désir ). Les chemins de traverse de l’amour et de l’attirance physique. Comme le dit L'Obsl’impact fantasmatique du discours, sa façon de nourrir et de déstabiliser notre imaginaire érotique, ainsi que les limites de notre prétendue libération. Remarquable d’intelligence. Mon préféré reste le premier, Rêves, parce que l'écriture du film est sous-tendue par l'écriture du journal de la jeune fille, d'une remarquable finesse.

TOUCH, Nos étreintes passées, Baltasar Kormákur, Islande : Au crépuscule de sa vie, Kristofer, un islandais de 73 ans, se met en tête de retrouver la trace de Miko, son amour de jeunesse. Il s'envole alors pour Londres, à la recherche de ce petit restaurant japonais où ils se sont rencontrés cinquante ans plus tôt. Kristofer l'ignore, mais sa quête, à mesure que les souvenirs refont surface, va le mener jusqu'au bout du monde (Allociné). Très subtil et émouvant, m'a donné envie de lire des livres de l'auteur Ólafur Jóhann Ólafsson 

A NORMAL FAMILY Hur Jin-ho, Corée : 2 couples ont l'habitude de se retrouver dans un restaurant chic. Sourde rivalité entre les 2 frères (l'avocat riche, le médecin altruiste). Leurs enfants sont impliqués dans un sordide fait divers. Qui va réagir comment ? Froid dans le dos.

BRIEF HISTORY OF A FAMILY Jianjie Lin, Chine: Wei est le fils unique d’une famille aisée, dans la Chine moderne et urbaine. Alors qu’il se rapproche de Shuo, un camarade d’école plutôt mystérieux, celui-ci commence à s’immiscer dans leur quotidien. Peu à peu, sa présence semble perturber l’équilibre familial (Allociné). Efficace et glaçant, de même que l'univers décrit, celui de bourgeois très aisés et occidentalisés 

ISLANDSJan-Ole Gerster Allemagne : ex champion de tennis devenu coach dans un complexe touristique des îles Canaries, Ace lance des baballes, s'emmerde, picole. Jusqu'à l'arrivée d'un couple auquel il sert de guide. Ebauche d'idylle avec l'épouse ? L'a-t-il déjà rencontrée ? Mais le mari disparaît. Intrigue, enquête, fausses pistes, rebondissements... le démarrage est un peu flegmatique et convenu mais ça devient distrayant quand l'enquête commence.

PERLA, Alexandra Makarová : Vienne, dans les années 1980, une artiste qui a fui la Tchécoslovaquie communiste avec sa fille Julia s’est construit une nouvelle vie avec Josef, son mari autrichien. Elle est rattrapée par son passé quand Andrej, le père de Julia, tente de la recontacter. Pas mal, sans surprise.

AMELIE : dessin animé qui raconte l'enfance d'Amélie Nothomb. Pourquoi pas.

7 JOURS, Ali Samadi Ahadi, Iran : Myriam, activiste et militante pour les droits de l’Homme, est emprisonnée depuis des années en Iran loin de son mari et de ses enfants. Lorsqu’elle obtient enfin une permission pour raisons médicales, elle a 7 jours pour décider de fuir le pays et retrouver sa famille ou de rester en Iran pour continuer sa lutte(Allociné). Tout est assez prévisible jusqu'à ce qu'elle arrive à passer la frontière. Et là s'impose la figure de l’héroïque militante imbue d'elle-même et de la très haute opinion de sa mission. Son intransigeace, son non lâcher-prise sont déroutants. Inhumains? Très peu pour moi. 

Alpha

 Julia Ducournau, C’est un film bruyant à tous les sens du terme avec une complaisance pénible à montrer des trucs dégueulasses, à commencer par cette enfant armée d’un gros feutre qui relie des points. Sauf que ce sont des trous de shoots et que l’innocente enfant dessine sur une peau ravagée de drogué en manque (ou qui l’a été ou qui va l’être). « C’est plus joli comme ça », dit-elle. Pour trouver un sens à cette dévastation ? Se protéger du spectacle de ce type inquiétant et vaguement comateux ?
Le deuxième truc dégueulasse, c’est une énorme aiguille qui bâcle, en énorme gros plan, le tatouage d’un A monstrueux sur le bras d’Alpha dans le contexte sordide d’une fête, càd beuverie entre jeunes pleine de bruit, d’alcool, de drogue où la malheureuse Alpha, 13 ans, au bord du coma éthylique, a l’air à moitié inconsciente, à moitié consentante. D’où l’idée subliminale que cette séquence ressemble à un viol. Alpha est donc marquée - c’est Mélissa Boros, la seule vraie réussite du film et héroïne dudit film, avec ou sans jeu de mot - et potentiellement contaminée dans le contexte d’une mystérieuse épidémie (quelque chose entre sida et covid) qui pétrifie peu à peu les malades : effets à moitié fascinants à moitié répugnants de corps marbrés en phase de pétrification, les maquilleurs/effets spéciaux s’en sont donné à cœur joie dans les effets de marbrures, fissures et fractures. Et après, la mort, la mort, la mort sous forme de corps houssés sur des brancards dans les couloirs de l’hôpital. Soit. 
Troisième personnage, la mère (célibataire, bien sûr, et docteure de la misère humaine dans un hôpital débordé de malades à des stades divers de pétrification). En plus de son adolescente de fille, Alpha, elle est affligée d’un frère drogué, qu’on voit complaisamment à toutes les phases de son addiction, entre shoot, catalepsie, manque… tout y passe, mais la sœur veut à tout prix protéger/sauver/aider son frère, même si c’est toxique pour sa fille, même si elle veut aussi la sauver/protéger, et aussi les malades. C’est Mère Courage au cœur universel. Le film bringuebale dans cet univers plombé, sans issue, déglingué. So what, une fois planté ce décor ? Rien, ça tourne en boucle. Quelques scènes intéressantes -ce sont bien les seules - tournent autour de l’adolescence, d’autres sont bruyamment caricaturale (la fête de l’Aïd en famille). C’est quoi, l’histoire ? Protéger Alpha ? Sauver le frère ? Survivre dans un monde saturé ? On attend impatiemment la fin, en se bouchant les oreilles quand la musique joue plus fort pour surligner l’intensité de certaines scènes, et on se demande pourquoi plonger dans ce chaudron infernal. Et pourquoi ces mystérieuses références à l’univers perdu (kabyle ou berbère ?) de la grand-mère, hantée par la malédiction du Vent Rouge. Parce qu’il y a toujours quelque chose qui nous échappe ? Parce l’alpha et l’omega ? Parce que tout a une fin, heureusement, et surtout quand c’est un film m’a-tu-vu  et barbant, trop long et trop lourd.

samedi 28 juin 2025

Enormément bizarre

Enormément bizarre, comme son nom l'indique : https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/g675Pbf

La collection Jean Chatelus fait feu de tout bois et son appartement submergé d'objets (d'art, d'imagination, de provocation, de tout et n'importe quoi) en fait foi : ça méritait une visite, histoire d'y perdre son regard. La logique ? Celle de l'accumulation ? des coïncidences ? Des correspondances ? L'essentiel du cheminement -il y en a un - échappe au profane,  les connaisseurs s'y retrouvent sans doute : "cabinet de curiosités contemporain aussi précis et exigeant que dérangeant et provocateur. On y rencontre des œuvres de Cindy Sherman, Jake & Dinos Chapman, Mike Kelley, Yayoi Kusama, Christian Boltanski ou Gina Pane aux côtés de masques Komo et de bondieuseries. Plus de 600 œuvres et documents – sculptures, installations, peintures, photographies, dessins, objets votifs et vernaculaires – témoignent des obsessions du collectionneur : le corps mis à mal, la poétique des ruines, la mort, l'organique et sa décomposition, le spectre apocalyptique, l'interdit, le religieux et son blasphème". in https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=12042&menu=0 

Plus surréaliste que la rencontre d’un parapluie et d'une machine à coudre

L'Extase du pape Benoît 



Ceci est un nez-applique


OUYANG CHUN 1974, Pékin
       Jour d'expiation 2017




vendredi 27 juin 2025

Corps et âmes

 https://www.pinaultcollection.com/fr/boursedecommerce/corps-et-ames

Quelques rencontres remarquables : 

  •  l'apaisante incongruité du bassin aux bols, dans la rotonde, et les célestes résonances  de leur mouvance au fil de l'eau. Céleste Boursier-Mougeneo
  • Le libanais réparateur de corps (et d'âmes), Ali Cherri, ou comment un buste banal d'époque romaine, laissé pour compte des ventes aux enchères, se voit réhabilité/habité d'une nouvelle histoire quand l’artiste lui attribue une nouvelle tête.  Est-ce Anubis ? en tout cas, c'est une autre histoire et d'un autre monde. Et le résultat hybride - toujours amputé : ni bras, ni jambes- raconte encore autre chose, et interroge : « C'est notre regard qui va restituer l'âme de ces objets » — Ali Cherri

J'aime bien aussi, au r.d.c, l'étonnant film du magma. Un magma semi-crouteux qui se meut, hypnotisant comme la mer, avec musique Isaac Hayes et ... 

A l'étage intermédiaire, des photos énormes, outrées, volontaristes. Deana Lawson. Elle crient très fort, ces photos, mais je ne sais pas ce qu'elles racontent. Trop ! Elles racontent trop. Trop noir, trop blanc, trop kitsch, trop bizarre- cette énorme femme noire dans une posture outrancière, cul par dessus tête, affichant un minuscule slip blanc enfoui entre ses fesses, des photos déroutantes dont on ne décide pas ce qu'elles racontent. 

  • Cantor de coral, Antonio Obá : la voix et l'aura des cheveux blonds : c'est l'affiche de l'exposition.

  • Kerry James Marshall, Beauty Examined (=Sarah Bartman, la "Vénus hottentote ")
  • Marlene Dumas, Dark 

Dandora, Cave, Atom Painting...

  • Kudzanai-Violet Hwami, Atom Painting (2021)
  • Michae Armitage : Cave : le souffle de 2 personnage, apparition de deux figures dans ce qui ressemble à une matrice. Dandora (Décharge, musiciens, animaux)
  • Mira Schor, la lune, le noir, le rouge, le corps de cette femme coupé en deux

  • Peter Doig, House of music (Soca Boat) 2019-24 

et Baselitz, bien sûr : monumentaux corps à l'envers des deux dernières salles 



mardi 17 juin 2025

Indomptables

 


Thomas Ngijol : adaptation d' Un crime à Abidjan (1999), de Mosco Levi Boucault -milieu des années 1990. Ici, c'est Yaoundé : le commissaire Billong, interprété par Ngijol lui-même, intègre et pétri de valeurs est aux prises avec les délinquants, des équipes moyennement fiables, et plusieurs maux endémiques : pauvreté, corruption, coupures de courant, hôpitaux pour ceux qui paient... Aux prises également avec sa famille qui affronte son intransigeance et ses principes d'éducation un poil trop rigides. Sa femme lui reproche d'être prisonnier de son métier et de ne pas voir sa famille. C'est le fatalisme de l'histoire qui est frappant :  les voyous sont comme ça, les policiers  comme ça, les enfants, les  traditions aussi... la vie est comme ça, et chacun se débrouille comme il peut dans un mélange d'actions à entreprendre, d'impuissance et de fatalité. Tout le monde joue son rôle à la place qui est la sienne, (sauf la fille aînée, en conflit avec son père, parce qu'elle essaie de se créer une vie indépendante) et rien ne risque de changer, quel que soit le volontarisme du commissaire. Belles scènes de ville la nuit, de descentes de police, d'interrogatoires musclés. Film prenant et convaincant.