Hu Guan. Ça se passe au fin fond de la Chine, au bord du désert de Gobi, dans un monde en déliquescence (ville minière sinistrée, en passe d'être démolie au nom d'un avenir radieux et d'une idéologie triomphante à la gloire de l'esprit entrepreneurial). On détruit tout pour faire du neuf, au milieu de nulle part tandis qu'au loin, très loin, la Chine célèbre sa puissance, sa lumière, sa grandeur avec les JO de Pékin. Cette ode à la lointaine Chine qui réussit résonne bizarrement dans ce monde improbable et perdu, simple, brutal et compliqué : la ville est aux 3/4 désertée, hantée par des centaines de chiens errants (abandonnés par ceux qui ont quitté la ville) et ce qu'il en reste est bien mal en point : bâtiments vétustes, zoo en deshérence, un vague cirque ambulant de passage, et des équipes de ramassage des chiens errants.
Là dessus, un taiseux, apparemment étanche à tout, et qui revient en ville après 10 ans de taule, mais se prend curieusement d'affection pour un de ces chiens, Black Dog.
Superbe peinture du monde des confins, superbe peinture des paysages et de la ville, superbe film de solitude et de fin d'un monde, discrètement irrigué de liens ténus entre des êtres (le père et son fils, l'homme et le chien, le vieux voisin, la foraine de passage). Avec quelques touches d'un semblant de solidarité/humanité, quelques touches d'un vieux culte des valeurs anciennes, le film montre la fragilité du monde qui disparaît en regard de l'irréalité de la propagande officielle. En fait, le film montre beaucoup de choses avec une grande élégance et une énorme économie de moyens (film à mon avis plus original et plus troublant que l'énorme machine du Brutalist).